18 septembre 1898

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

La reculade de Fachoda

 
Le 18 septembre 1898, une armée anglo-égyptienne de 20.000 hommes, conduite par le général Lord Kitchener, remonte le Nil après avoir vaincu les Soudanais au terme d'une campagne brutale et meurtrière à Omdourman.

A Fachoda, sur les bords du Nil blanc, au cœur du Soudan, elle rencontre une expédition française arrivée sur place trois mois plus tôt.

Cette expédition, baptisée Congo-Nil, comprend huit gradés et plus de 250 tirailleurs sénégalais sous les ordres du capitaine Jean-Baptiste Marchand. Elle vient de Brazzaville, un poste français près de l'embouchure du fleuve Congo.

Lequel, de l'Anglais ou du Français, cédera la place? La possession du Soudan et la continuité des empires coloniaux sont en jeu. 

Au bord de la guerre

La République française voudrait relier Dakar, sur l'Atlantique, à Djibouti, sur la mer Rouge. L'Angleterre, de son côté, rêve de constituer à son profit un axe nord-sud Le Caire-Le Cap. Les Britanniques ne peuvent d'autre part tolérer la présence d'une puissance rivale aux portes de l'Egypte et du canal de Suez par lequel passe le trafic maritime entre Londres et les Indes britanniques.

A Paris, la République est présidée par Félix Faure et le gouvernement dirigé par le radical d'extrême gauche Henri Brisson. L'affaire Dreyfus bat son plein. Devant l'ultimatum de Londres ordonnant à la colonne Marchand de se retirer, l'opinion publique, surexcitée, s'apprête à en découdre avec l'ennemi héréditaire. 

Le ministre des affaires étrangères, Gabriel Hanotaux, veut profiter des difficultés des Britanniques face aux insurgés Boers d'Afrique du sud. Il esquisse un rapprochement avec l'Allemagne en vue d'une guerre contre la «perfide Albion».

Mais face à l'inflexibilité du Premier ministre anglais, Robert Salisbury, le gouvernement français doit composer. Gabriel Hanotaux est remplacé aux Affaires étrangères par le ministre des colonies, Théophile Delcassé. Ce dernier veut par-dessus tout reprendre aux Allemands l'Alsace-Lorraine perdue en 1871. Il a besoin pour cela de l'alliance anglaise.

Le 10 novembre, il donne l'ordre à la colonne Marchand de se retirer de Fachoda cependant que l'opinion publique se détourne de l'Afrique et n'a plus d'yeux que pour l'Affaire Dreyfus.

Il ne reste de l'expédition qu'un monument discret dans le bois de Vincennes, aux portes de Paris. Le Soudan sera anglais... et l'on oubliera très vite que deux grandes nations proches et prétendument civilisées faillirent se jeter l'une contre l'autre pour la possession d'une région que les protagonistes avaient eux-mêmes décrits comme «un pays de marécages et de fièvres» (Salisbury) ou «un pays peuplé par des singes et par des Noirs pires que des singes» (Hanoteaux).

Sans plus de raison, les Français et les Anglais entreront côte à côte en guerre,15 ans plus tard, contre les Allemands.

Bibliographie


Sur l'incident de Fachoda et les rivalités coloniales en Afrique, je recommande une très passionnante étude: Le partage de l'Afrique 1880-1914 (Henri Wesseling, Denoël 1996).

Sur l'humeur des élites à la veille de la Grande guerre, il vaut la peine de lire le livre clé de Marc Ferro: La grande guerre 1914-1918 (collection Idées).

 

Mise à jour le 23 février 2003