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Aliénor
d'Aquitaine achève une vie bien remplie
Née en 1120 ou 1122, la reine Aliénor accueille la mort à
quatre-vingts ans passés dans sa chère abbaye de Fontevrault, près de Saumur, qui
deviendra la nécropole des Plantagenêt.

Peu de vies furent aussi remplies que celle
d'Aliénor d'Aquitaine.
La duchesse a été successivement reine de France et reine d'Angleterre. Deux de ses
fils, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre, furent
eux-mêmes rois d'Angleterre.
Elle a eu deux filles du roi de France et huit enfants de celui d'Angleterre. Le dernier
de ses enfants, le futur Jean sans Terre, est né dans l'année de ses 45 ans.
Petite-fille du troubadour Guillaume IX d'Aquitaine, qui célébrait
l'amour courtois et accueillait les poètes à la cour de Poitiers, Aliénor ne faillit
pas à la tradition familiale et sa vie durant, entretient autour d'elle une cour de
poètes.
Aliénor à la Croisade
L'adolescente hérite vers 15 ans, en 1137, du comté de Poitiers et des duchés
d'Aquitaine et de Gascogne.
La même année, à l'instigation de l'abbé Suger, conseiller de la monarchie
capétienne, elle épouse l'héritier de la couronne de France, Louis le Jeune (17 ans).
Quelques jours après le mariage, son beau-père Louis VI le Gros décède. La voilà
reine!
Aliénor a le privilège d'assister à la consécration de
l'abbatiale de Saint-Denis, première révélation de l'art gothique.
En 1147, la reine prend part à la deuxième Croisade, traversant l'Europe et l'Anatolie
à cheval, la Méditerranée en bateau.
On la soupçonne de n'avoir pas été indifférente à quelques seigneurs moins tristes
que son royal mari («J'ai cru épouser un homme, non un moine», aurait-elle
confiée).

Le roi Louis VII le Jeune était ainsi
surnommé parce qu'il était le fils cadet de Louis VI le Gros.
Il avait été élevé à l'abbaye de Saint-Denis
car il n'était pas destiné à régner avant que ne meure son frère Philippe.
De son éducation, il a gardé l'empreinte monastique
et peu de goût pour les armes.
De retour en France, brouillée avec Louis VII, Aliénor obtient le
divorce sous le vague prétexte d'une parenté trop proche (cousinage au 9e degré!).
L'Église, en ce domaine, savait se montrer accommodante avec les puissants.
Louis VII se remarie et a la chance d'engendrer le futur Philippe Auguste, qui sortira la
monarchie capétienne de la médiocrité et lui donnera le premier rôle en Europe.
Sans attendre, Aliénor épouse de son côté Henri Plantagenêt (le nom de famille vient
de ce que le grand-père avait coutume de planter une branche de genêt dans son chapeau
!).
Henri est l'héritier de la Normandie et de l'Anjou. Il est aussi, par sa mère, le
petit-fils du roi d'Angleterre Henri 1er Beauclerc. Il est devenu son héritier direct par
un concours de circonstances extraordinaire.
Henri Plantagenêt est bientôt appelé à la tête du royaume d'Angleterre sous le nom de
Henri II.
C'est ainsi qu'Henri et Aliénor se retrouvent en quelques mois souverains de l'Angleterre
et de tout l'Ouest de la France, de Calais à Bordeaux. Un véritable «Empire angevin»!
Aliénor contre Henri
Henri II Plantagenêt, beau et fougueux, de dix ans le cadet d'Aliénor, a le front de
tromper celle-ci avec plusieurs courtisanes dont la plus célèbre, la Belle Rosamonde (Fair Rosamund) mourut mystérieusement
empoisonnée. Son destin légendaire inspira de grands poètes comme Chaucer.
Aliénor, qui a la rancune tenace, se retire à Poitiers où elle
entretient un cercle brillant de troubadours et d'artistes, comme Bernard de Ventadour.
Elle soulève ses fils contre leur père. Henri II trouve moyen de
se saisir de sa femme, tandis que celle-ci voyage sous un déguisement de page! La reine
est reléguée pendant de longues années dans un couvent à Winchester.
Mais la guerre parricide se poursuit jusqu'à la mort misérable de
Henri II, en 1189, abandonné par presque tous et tourmenté par le remords d'avoir
commandité l'assassinat de son fidèle ami, le pieux archevêque Thomas Becket.
Libérée par le nouveau roi, Richard Coeur de Lion, Aliénor a encore fort à faire pour
sauver la mise de son cher fils tandis qu'il est fait prisonnier en Allemagne, à son
retour de Croisade. Son frère Jean n'hésite pas en effet à s'associer à Philippe
Auguste pour le dépouiller de son pouvoir.
Après ces épreuves, Aliénor peut finir sa vie dans la plénitude de ses fonctions de
reine mère. Sa petite-fille, Blanche de Castille,
sera la mère dévouée du roi Saint Louis. Elle gouvernera la France de 1226 à 1242.
Libre comme au Moyen Âge
Tout en étant exceptionnelle, la vie d'Aliénor témoigne du comportement très libre des
femmes au Moyen Âge, du moins dans les classes
supérieures. Elles suivent leur mari à la croisade, étudient, animent des cours etc.
Elles sont néanmoins handicapées dans la conduite de la guerre. Comme Aliénor, elles
doivent dans ces occasions se faire épauler par un mari, un fils ou un fidèle vassal.
On peut noter que l'abbaye de Fontevrault
réunissait deux communautés d'hommes et une communauté de femmes sous l'autorité...
d'une abbesse.
Les femmes perdront leur autonomie à la Renaissance, quand les juristes ressusciteront le
droit romain et le statut d'infériorité féminine qui
s'y attache. Le Code civil de Napoléon, plus romain que nature, aggravera encore cette
situation.
Bibliographie
L'historienne Régine Pernoud a beaucoup écrit sur le Moyen Âge (et les femmes de cette
époque). Elle est l'auteur d'une biographie agréable à lire: Aliénor d'Aquitaine,
tout simplement (Livre de poche).
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