Mort
tragique de Martin Luther King
Martin Luther King (39 ans) est assassiné dans un
motel de Memphis le soir du 4 avril 1968. Son meurtrier est un repris de justice blanc,
James Earl Ray. Il sera condamné à la prison à vie.
La mort tragique et ô combien prévisible du pasteur noir soulève une immense émotion
aux États-Unis et dans le monde entier... cependant que les ghettos noirs des
grandes villes américaines sombrent dans des émeutes d'une extrême violence.
Un apôtre de la
non-violence
Pendant une douzaine d'années, Martin Luther King avait lutté
contre la ségrégation raciale pratiquée dans le sud des États-Unis.
Il s'était fait connaître à Montgomery (Alabama), à l'occasion d'un boycott de la
compagnie d'autobus de la ville, coupable de tolérer la ségrégation dans ses
véhicules.
Ce boycott avait été entrepris après qu'une couturière noire, Rosa Parks, eut refusé
de céder sa place à un Blanc, le 1er décembre 1955.
Martin Luther King junior, jeune pasteur baptiste de la ville, avait été élu
à la tête du mouvement. Il avait aussitôt jeté les bases d'une action non-violente, à
l'image de Gandhi, en lutte aux Indes contre le
colonisateur britannique.
L'affaire prend une ampleur nationale et la Cour constitutionnelle déclare la
ségrégation dans les bus inconstitutionnelle!
Martin Luther King prend la tête du Mouvement des droits civiques. Il triomphe
le 28 août 1963, sous la présidence de John F. Kennedy,
à l'occasion de la Marche sur Washington.
Devant 250.000 sympathisants, il prononce alors son plus fameux discours: «I have a
dream...» («Je fais le rêve...»).
Extrait: «I have a dream that one day little black boys and black girls will be able
to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers...» (Je
fais le rêve qu'un jour, les petits enfants noirs et les petits enfants blancs joindront
leurs mains comme frères et soeurs...).
Mais la haine a bientôt raison de la non-violence. Le président Kennedy est assassiné
et de premières émeutes éclatent dans les ghettos noirs tandis que le nouveau
président, Lindon Baines Johnson, signe le 2 juillet 1964, en présence de Martin Luther
King, la loi sur les droits civiques mettant fin à toute forme de ségrégation.
Le 14 octobre 1964, Martin Luther King reçoit le Prix Nobel de la paix. Mais son Mouvement
est de plus en plus contesté et concurrencé par des mouvements qui prônent la violence,
comme les Black Muslims (Musulmans noirs), dont le chef, Malcolm X, est
assassiné le 21 février 1965.
Année après année, les émeutes raciales rythment désormais la marche des noirs vers
l'émancipation civique. Après Watts, faubourg de Los Angeles, en août 1965, voici que
flambent les ghettos de Chicago, en juillet 1966, puis de Detroit et Newark, en
juillet 1967.
Aux Jeux Olympiques de Mexico, qui suivent de quelques semaines la mort de Martin Luther
King, des champions noirs américains lèvent le poing sur le podium et tournent le dos à
la bannière étoilée.
La même année, des professeurs admettent le principe de développer la place des noirs
et des minorités dans l'enseignement de l'histoire. C'est le début du mouvement PC
(«politically correct»).
La décennie qui suivra sera marquée par un profond bouleversement des esprits et une
crise morale sans précédent.
Les tensions raciales vont s'apaiser peu à peu. Aujourd'hui, l'intégration des noirs,
qui représentent un dixième de la population étatsunienne, ne soulève plus guère
d’opposition même si ce groupe reste handicapé par un grand retard économique et
social.
Tous les troisièmes lundi de janvier, les Étatsuniens commémorent le jour de Martin
Luther King junior.