La police évacue la Sorbonne

Le 3 mai 1968, la police évacue par la force 500 étudiants qui occupent la Sorbonne. Des barricades font leur apparition sur le boul'Mich du Quartier Latin, à Paris.

L'agitation avait débuté le 22 mars à l'Université de Nanterre quand un groupe d'étudiants conduits par un certain Daniel Cohn-Bendit avait réclamé le droit d'accès aux dortoirs des filles en invoquant les mânes de Wilhelm Reich!

Le 13 mai, les salariés vont se joindre aux étudiants dans un vaste mouvement de grève, aux cris de «Dix ans, ça suffit!» La Ve République, qui commémore son dixième anniversaire, vacille sur ses bases.

Par les négociations de Grenelle, le Premier ministre Georges Pompidou augmente le salaire minimum de 35% et le porte à... 500 francs par mois.

Le président Charles de Gaulle disparaît pendant plusieurs heures. On apprendra plus tard qu'il a eu une entrevue mystérieuse avec le général Massu à son quartier général de Baden-Baden et s'est interrogé sur l'éventualité d'une intervention de l'armée.

À son retour, le président annonce à la radio la dissolution de l'Assemblée nationale. Le lendemain, le 30 mai, un million de gens remontent les Champs-Élysées en signe de soutien enthousiaste au régime gaulliste.

Le frisson rétrospectif amène à l'Assemblée nationale une écrasante majorité de droite.

Les événements de Mai 68 sont terminés. Un an plus tard, le Général tire sa révérence. Il démissionne suite au rejet par les Français d'un référendum sur la régionalisation.

Révolution pacifique et sans résultat tangible, Mai 68 marquera profondément les années 70 avec son idéologie contestataire, tiers-mondiste, anti-capitaliste, anti-américaine et anti-productiviste.

Une année brûlante


L'année 1968 traduit un tournant dans les mentalités. Des penseurs comme Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Louis Althusser, Noam Chomski et Herbert Marcuse «relookent» les vieux dogmes du marxisme. On manifeste dans tous les campus d'Occident contre l'Amérique en guerre au Vietnam. La cause palestinienne et Yasser Arafat sont encore ignorés.

Le psychanalyste Wilhem Reich, mort une décennie plus tôt, est invoqué par les tenants de la libération sexuelle. L'individu est porté au pinacle. La minijupe, les seins nus sur la plage et la pilule entrent dans la vie quotidienne.
 


Wilhelm Reich est né à Vienne en 1897. Psychanalyste, il se forme à l’école de Sigmund Freud avant de rompre avec ce dernier. Exalté par la Révolution d’Octobre, il participe avec les bolcheviks à l’apologie de la liberté sexuelle. Selon beaucoup d’idéologues marxistes de sa génération, la répression sexuelle est un stratagème qui permet aux capitalistes d’orienter vers la production l’énergie vitale des travailleurs.
Mais Reich ne tarde pas à se détourner des communistes dès le début des années 1920, lorsque ces derniers s’orientent vers un moralisme plus strict que n’en ont jamais connu les sociétés traditionnelles, dans le dessein, précisément, de ne pas disperser l’énergie des révolutionnaires. Déçu, Reich, bien que d’origine juive, est un temps séduit par le national-socialisme, qui récupère à son profit les idéaux de la gauche révolutionnaire. «Le national-socialisme exprime par son idéologie, de façon mystique, ce qui constitue le noyau rationnel dans le mouvement révolutionnaire: l’idée d’une société sans classe et d’une vie en harmonie avec la nature», écrit-il en 1935 (1).
Wilhelm Reich achève son parcours erratique en 1957 dans une prison américaine, pour cause de charlatanisme. Il est revenu à la mode en 1968 grâce aux étudiants de Nanterre.

 
En 1968, l'économie vit sur la lancée des «Trente Glorieuses» d'après-guerre. Le chômage ne touche guère que 2% de la population active. Mais en 1967, l'échouage du pétrolier Torrey Canyon dans la Manche a révélé à l'opinion publique les dangers d'une croissance industrielle effrénée. Ce sont les débuts du mouvement écologique. Des démographes discernent en Europe les premiers signes d'une chute de la natalité qui.annonce la crise des années 70.

Le tiers-monde fait figure d'avant-garde de la civilisation. La révolution culturelle chinoise et son chef Mao Tsé-toung suscitent une vague d'idôlatrie dans les rangs de l'extrême-gauche. L'Algérie et la Yougoslavie sont présentés comme des modèles d'économie autogestionnaire par certains courants de gauche comme le PSU de Michel Rocard.

Cette année-là, le monde entier bouillonne et frémit.

L'offensive du Têt, en février, au Vietnam, constitue le moment le plus dur de la deuxième guerre d'Indochine.

En Tchécoslovaquie, Alexandre Dubcek a cru un moment qu'il était possible d'instaurer un «socialisme à visage humain». Mais en août, les chars soviétiques mettent fin brutalement à sa tentative de libéralisation du régime communiste. Fin du Printemps de Prague.

A Mexico, les Jeux Olympiques, ont été précédés par de sanglantes répressions policières. Ils donnent l'occasion à des athlètes noirs des États-Unis de signifier leur révolte en levant le poing sur le podium. Les ghettos noirs des grandes villes américaines flambent.

Les États-Unis pleurent cette année-là la disparition tragique de Martin Luther King et de Bob Kennedy (le frère de l'ancien président), tous deux assassinés.

(1) Wilhelm Reich, La Révolution sexuelle, éditions Christian Bourgois, 1982, page 331 [retour]

 

Mise à jour le 26 septembre 2004