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Les
Françaises votent pour la première fois
Le 29 avril 1945, tandis que la guerre contre l'Allemagne
tire sur sa fin, les élections municipales donnent l'occasion
aux Françaises de voter pour la première fois de leur Histoire.
Le vote des femmes résulte d'une ordonnance du 21 avril 1944
prise par le Gouvernement provisoire du général de Gaulle, à
Alger. Il n'était que temps.
Les Françaises sont en effet parmi les dernières femmes du monde
occidental à acquérir le droit de voter et le droit de se faire
élire.
Aux premiers temps de la démocratie, le droit de vote était
réservé aux propriétaires de sexe masculin. On considérait que
les femmes, les domestiques et les pauvres, du fait de leur
dépendance économique, n'étaient pas en situation d'exercer
un choix libre.
Les militaires eux-mêmes étaient exclus du droit de vote (on
ne souhaitait pas qu'ils prennent parti dans les luttes politiques)
et l'armée avait gagné le surnom de «Grande Muette».
C'est seulement le 17 août 1945 - soit quelques mois après les
femmes - que les militaires français obtiennent le droit de
vote.
Les premières femmes à voter furent les habitantes du territoire
américain du Wyoming, en 1869, suivies par les Néo-Zélandaises
en 1893, les Australiennes en 1902, les Finlandaises en 1906
et les Norvégiennes en 1913,... les Turques en 1934!
En
Grande-Bretagne, les revendications féministes prirent un tour
spectaculaire et parfois dramatique suite à la création du mouvement
des «suffragettes» par Emeline Pankhurst (45 ans),
en 1903.
Elles aboutissent le 28 décembre 1918 à une demi-victoire avec
l'octroi du droit de vote aux femmes de plus de... 30 ans.
Aux États-Unis, la ratification du XIXe Amendement à la Constitution,
le 26 août 1920, étend le droit de vote à l'ensemble des femmes
de la fédération. Les Turques obtiennent le droit de vote en
1924 à l'initiative du grand réformateur Mustapha Kémal!
Le pape Benoît XV lui-même se prononce le 15 juillet 1919 en
faveur du droit de vote des femmes.
Notons qu'en Corse, sous souveraineté
gênoise, les femmes votaient déjà au XVIe siècle dans les assemblées
locales et leur droit fut confirmé par la Constitution de Pascal
Paoli, en 1755.
En France, après la première guerre mondiale, la Chambre des
députés vote à plusieurs reprises en faveur du vote féminin.
Mais ses propositions sont six fois repoussées par le Sénat.
Les motifs des opposants tiennent à des préjugés personnels
et à la crainte que les femmes ne renforcent les rangs conservateurs.
Cependant, les Françaises n'attendent pas le droit de vote pour
accéder à des fonctions gouvernementales. Trois d'entre elles
obtiennent un sous-secrétariat d'État dans le gouvernement constitué
par Léon Blum, en 1936, après la victoire du Front Populaire:
Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie.
Il faut attendre les soubresauts de la Libération de 1945 pour
qu'enfin les Françaises obtiennent le droit de vote.
Des femmes sont dès lors régulièrement présentes dans les gouvernements.
Mais la féminisation de la représentation parlementaire se fait
attendre.
Le nombre d'élues à l'Assemblée nationale stagne aux environs
de 30 (5% des députés) jusqu'en 1997, date à laquelle il passe
à 59 grâce à un effort particulier du Parti socialiste.
Le
cumul des mandats
La
raison principale du faible nombre de femmes parmi les
élus, en France, tient à la professionnalisation des fonctions
politiques, elle-même liée au cumul des mandats.
Le cumul des mandats permet à un petit nombre de personnes
d'accaparer les fonctions politiques.
Il tend de lui-même à se renforcer. Entre deux candidats
dont l'un a déjà un ou plusieurs mandats électoraux et
l'autre n'en a aucun, les électeurs sont enclins à choisir
le premier car ils pensent qu'il aura plus de poids pour
défendre leurs intérêts auprès de l'administration centrale.
Le cumul laisse peu de chance à des nouveaux-venus face
à des professionnels qui ont entamé leur carrière dès
leur prime jeunesse et se sont peu à peu installés en
maître dans leurs circonscriptions.
Dans ces conditions, pour avoir une chance raisonnable
de faire une belle carrière sur la scène politique française,
il faut s'y lancer tôt et s'y consacrer à plein.
Les plus avantagés sont les hommes, dans la mesure où
ils ne sont pas tiraillés par les contraintes familiales.
Ces hommes doivent aussi être libérés des contingences
matérielles et ne pas avoir de souci quant à leurs revenus
futurs.
C'est pourquoi on compte parmi les hommes politiques français
une écrasante majorité de hauts fonctionnaires. Ces derniers
bénéficient en effet du privilège de retrouver leur emploi
au terme de leur campagne électorale, en cas d'échec,
ou au terme de leur mandat.
Plus encore que par sa masculinité, la classe politique
française se singularise par son appartenance majoritaire
à la haute fonction publique, très loin d'une quelconque
parité sociale.
Le président de la République, Jacques Chirac, a relevé
cette singularité lors de sa conférence de presse du 14
juillet 1997. «L'élu français type est un haut fonctionnaire
mâle!» a-t-il constaté à cette occasion.
Cette situation n'a rien d'une fatalité... Ainsi, la démocratie
britannique interdit aux fonctionnaires de se présenter
à des élections pour éviter tout conflit d'intêrêt entre
les fonctions de représentation du peuple et l'appartenance
à un corps au service de ce même peuple. Les fonctionnaires
britanniques désireux de se faire élire doivent au préalable
sacrifier leur emploi garanti!
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