Insurrection ouvrière à Paris

Après le départ du roi Louis-Philippe, en février 1848, le gouvernement provisoire crée les Ateliers nationaux.

Ces ateliers de bienfaisance procurent aux chômeurs un petit revenu en échange d'un travail symbolique.

Une Assemblée constituante est élue le 13 avril dans la précipitation pour mettre en place les institutions de la IIe République.

Le suffrage universel amène à l'Assemblée une forte majorité de notables provinciaux, très conservateurs et méfiants à l'égard du peuple ouvrier de Paris.

Dans l'attente d'une Constitution, c'est une Commission exécutive issue de l'Assemblée qui dirige le pays.

Elle décide le 20 juin de supprimer les Ateliers nationaux avec l'espoir d'étouffer ainsi l'agitation ouvrière. C'est le contraire qui se passe.

Sur 120.000 ouvriers licenciés par les Ateliers nationaux, 20.000 descendent dans la rue le 23 juin 1848. Ils forment jusqu'à 400 barricades.

La Commission exécutive charge le général Louis-Eugène Cavaignac de la répression. Celle-ci est terrible, à la mesure de l'effroi qu'éprouvent les bourgeois de l'Assemblée.

En trois jours de combat, du 23 au 26 juin, on relève 4.000 morts parmi les insurgés et 1.600 parmi les forces de l'ordre. Le gouvernement républicain arrête 15.000 personnes et en déporte des milliers sans jugement.

Les journées de Juin 1848 vont couper la IIe République de sa base populaire.

En l'absence d'une opposition républicaine de gauche, le prince Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l'Empereur, se fera élire sans trop de mal.

Fort du rejet de la République par le peuple, il balaiera sans trop de mal les acquis de la Révolution de février 1848 et restaurera l'Empire.

Juin 1848 annonce la Commune


Alexis de Tocqueville (1805-1859) avait dénoncé dès janvier 1848 l'aveuglement de la bourgeoisie face à la montée des revendications sociales.
Faisant partie de la Commission exécutive pendant les émeutes de juin 1848, l'illustre écrivain rapporte un propos éclairant d'Adolphe Thiers.

L'ancien ministre de Louis-Philippe détaille avec précision un plan qui, heureusement, sera rejeté par la Commission.
Thiers, que les chansonniers surnomment "Foutriquet" en raison de sa petite taille, a déjà proposé un plan similaire à Louis-Philippe lors des émeutes de Février.
Plus tard, quand il deviendra «chef du gouvernement provisoire de la République», il l'appliquera pour de bon en mars 1871, ce qui aura pour effet de provoquer la tragédie de la Commune.

Le passage de Tocqueville vaut la peine d'être lu:

extrait:
M. Thiers pria Barrot, Dufaure, Rémusat, Lanjuinais et moi de le suivre dans un cabinet particulier; là, il nous dit: «Je me connais en insurrection; celle-ci, croyez-moi, est la plus terrible qu'on ait encore vue. Dans une heure, les insurgés peuvent être ici, et nous serons massacrés individuellement. Ne pensez-vous pas qu'il conviendrait de nous entendre pour proposer à l'Assemblée, dès que cela nous paraîtra nécessaire et avant qu'il ne soit trop tard, de rappeler autour d'elle les troupes, afin que, placés au milieu d'elles, nous sortions tous ensemble de Paris pour aller transporter le siège de la République dans un lieu où nous puissions appeler l'armée et toutes les gardes nationales de France à notre aide?» Il dit cela d'un ton très animé et avec plus d'émotion peut-être qu'il ne convient d'en montrer dans les grands périls.

Tocqueville, Souvenirs, écrit en 1851 (Folio, page 226)

 

Mise à jour le 23 février 2003