16 avril 1859

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Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

Tocqueville et l'Algérie

Disparition d'Alexis de Tocqueville

L'écrivain Alexis de Tocqueville s'éteint le 16 avril 1859, à 54 ans. Descendant d'une famille de l'aristocratie normande, il est l'un des principaux penseurs modernes, dans la continuité de Montesquieu.

Tocqueville naît à Paris le 25 juillet 1805. A la veille des Trois Glorieuses de 1830, il part pour un voyage d'études aux États-Unis avec son ami Gustave de Beaumont.

C'est ainsi qu'en 1835, il publie le premier tome de «La démocratie en Amérique». Le succès est immédiat et la publication du deuxième tome lui vaut d'entrer à l'Académie française.

Il est vrai que l'ouvrage est d'une lecture très agréable. C'est un régal pour l'esprit.

Grâce à ce livre prophétique, dont le premier tome traite plus particulièrement de la jeune Amérique et le second de la démocratie, Tocqueville figure parmi les écrivains français les plus connus aux États-Unis. D'ailleurs, les meilleurs spécialistes de son oeuvre sont encore Outre-Atlantique.

Parmi de multiples citations qui portent à la réflexion, on peut retenir celle-là, qui résonne encore avec une singulière actualité:
«Les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les conditions ne soient pas égales; mais il dépend d'elles que l'égalité les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la barbarie, à la prospérité ou aux misères.»

Député sous Louis-Philippe, Tocqueville annonce en janvier 1848 une explosion sociale que rien ne laisse paraître: «Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvrières, qui, aujourd'hui, je le reconnais, sont tranquilles... ; mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques, sont devenues sociales?»

Sous le gouvernement provisoire de la deuxième République, Tocqueville devient ministre des Affaires Etrangères. Son recueil de «Souvenirs» apporte un éclairage intéressant sur cette période troublée.

Avec «L'Ancien Régime et la Révolution», son deuxième grand livre, Tocqueville montre la Révolution française sous un jour nouveau. On découvre avec lui que les révolutionnaires ont achevé la centralisation commencée sous Louis XIII et Louis XIV.

Tocqueville et l'Algérie

Autant Tocqueville est inspiré lorsqu'il brosse avec hauteur de vastes synthèses historiques et sociologiques, autant il apparaît faillible lorsqu'il cède à ses pulsions.

C'est le cas dans ses rapports avec l'Algérie. Jeune homme de 23 ans rêvant d'aventure et d'exotisme, il songe à s'établir dans ce pays et se montre favorable à sa conquête

Plus tard, au terme de plusieurs séjours de l'autre côté de la Méditerranée, il écrit dans un «Travail sur l'Algérie» (octobre 1841) destiné aux parlementaires:

«Je ne crois pas que la France puisse songer sérieusement à quitter l'Algérie. L'abandon qu'elle en ferait serait aux yeux du monde l'annonce certaine de sa décadence.»

Après ce préliminaire peu clairvoyant, Tocqueville est obligé de justifier la guerre de conquête, non sans regretter les excès qu'elle entraîne:

«Pour ma part, j'ai rapporté d'Afrique la notion affligeante qu'en ce moment nous faisons la guerre d'une manière beaucoup plus barbare que les Arabes eux-mêmes. C'est, quant à présent, de leur côté que la civilisation se rencontre. Cette manière de mener la guerre me paraît aussi inintelligente qu'elle est cruelle (...).
D'une autre part, j'ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n'approuve pas, trouver mauvais qu'on brûlât les moissons, qu'on vidât les silos et enfin qu'on s'emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants.
Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre. Et, s'il faut dire ma pensée, ces actes ne me révoltent pas plus ni même autant que plusieurs autres que le droit de la guerre autorise évidemment et qui ont lieu dans toutes les guerres d'Europe. En quoi est-il plus odieux de brûler les moissons et de faire prisonniers les femmes et les enfants que de bombarder la population inoffensive d'une ville assiégée ou de s'emparer en mer des vaisseaux marchands appartenant aux sujets d'une puissance ennemie?»
(Oeuvres de Tocqueville, La Pléiade, tome 1, pages 704 et 705).

 

Mise à jour le 23 février 2003