17 juillet 1867

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Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

Das Kapital en librairie

 
 < Karl Marx (1818-1883), photographie de 1870 >Karl Marx publie à Londres, le 17 juillet 1867, le premier tome de son oeuvre principale, «Das Kapital» (Le Capital).

L'auteur est né à Trèves, en Rhénanie, 49 ans plus tôt (5 mai 1818), dans la famille d'un riche avocat juif, fils de rabbin, converti au protestantisme. 

Il étudie la philosophie et se laisse imprégner par les idées alors très en vogue de Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Celui-ci est à l'origine de la dialectique, un outil conceptuel dont se servira toute sa vie Karl Marx.

En 1842, le jeune homme abandonne ses études de philosophie pour prendre la direction d'une gazette libérale, la Rheinische Zeitung de Cologne, mais il doit bientôt émigrer à Paris avec sa femme, Jenny von Westphalen.

Dans la capitale française, il fait la connaissance de Bakounine et Proudhon, des théoriciens de la révolution sociale, et surtout se lie d'amitié avec Friedrich Engels. Fils de riches industriels, de deux ans son cadet, celui-ci va lui permettre de se consacrer pleinement à ses travaux intellectuels.

À Bruxelles, en 1845, les deux amis publient ensemble «Die deutsche Ideologie» (L'Idéologie allemande) où ils présentent pour la première fois la théorie du matérialisme historique.

Une pensée achevée à 30 ans

Début 1848, Karl Marx, à peine âgé de 30 ans, condense l'essentiel de sa pensée dans un opuscule publié avec Fredrich Engels et destiné à servir de programme à un obscur parti, la Ligue des communistes. L'ouvrage a nom «Le Manifeste du Parti communiste».

Karl Marx prédit la fin de l'Histoire et l'avènement du paradis sur terre après que le prolétariat ouvrier aura abattu la bourgeoisie et mis un terme à la lutte des classes qui régit l'Histoire depuis les origines de l'humanité.

À propos de l'Histoire, il développe une théorie, le «matérialisme historique», qui voit dans l'économie le ressort premier et unique des sociétés humaines à l'exclusion de tous les autres.

Les techniques de production (chasse, agriculture, industrie,...) constituent la «superstructure» à partir de laquelle se définissent toutes les composantes de la société.

Les progrès humains et les changements politiques, sociaux, religieux et culturels trouvent leur origine dans la lutte des hommes entre eux et contre la nature, pour l'appropriation des subsistances indispensables à la survie.

Le philosophe allemand qualifie d'«idéalistes» les penseurs qui prétendent que les hommes peuvent être mus par d'autres motivations que la lutte pour l'appropriation des subsistances.

Karl Marx croit comme beaucoup de scientistes du XIXe siècle que l'agriculture est née du besoin d'améliorer la productivité de la cueillette primitive et qu'il en a découlé la fixation des hommes en des villages permanents.

Aujourd'hui, le «matérialisme historique» apparaît singulièrement obsolète. Il est réfuté de bout en bout par l'observation quotidienne des soubresauts de l'Histoire et par les découvertes de l'archéologie.

«Rien n'indique à son origine [l'agriculture] l'existence d'une   tension sociale qu'aurait pu générer, selon un schéma marxiste, une quelconque compétition devant les ressources disponibles», écrit en particulier le préhistorien Jacques Cauvin (1).

Pauvreté et ténacité

De 1849 à sa mort, le philosophe s'établit à Londres où il va vivre dans des conditions matérielles précaires en gagnant sa vie avec des articles et en publiant des ouvrages théoriques d'un abord difficile.

Lorsque le savant Charles Darwin expose en 1859 sa théorie de la sélection naturelle relative aux espèces vivantes, il y cherche une validation de sa propre théorie de la lutte des classes.

Karl Marx s'extasie sur le rôle de premier plan que le prolétariat allemand est appelé à jouer dans la révolution mondiale et s'inquiète de la menace que fait peser sur celle-ci la Russie obscurantiste.

Bien que petit-fils de rabbin, il est l'un des premiers idéologues à dénoncer la place particulière qu'occupent les juifs au sein de la bourgeoisie cosmopolite d'Europe.

En 1864, il rédige les statuts de l'Association internationale des travailleurs (la Ière Internationale).

Trois ans plus tard, enfin, sort le premier tome du Capital. Les deux tomes suivants seront publiés par Engels après la mort de Karl Marx, le 14 mars 1883.

Peu de gens ont lu cette somme, y compris parmi les exégètes du philosophe allemand, comme Louis Althusser!

Il n'empêche que les idées marxistes ont profondément pénétré les cercles politiques de gauche et même de droite comme le montre l'insistance des uns et des autres à réduire tous les enjeux sociaux à des questions économiques, financières, budgétaires, salariales ou comptables.

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(1) Jacques Cauvin, Naissance des divinités, naissance de l'agriculture, p. 278, Champs/Flammarion, 1997 [retour]

 

Mise à jour le 23 février 2003