Maudites
ordonnances
Le 26 juillet 1830, le «Moniteur», journal
officiel du gouvernement français, publie quatre ordonnances du roi Charles X qui mettent
en émoi l'opinion publique, c'est-à-dire les 60.000 bourgeois habilités à voter.
Il s'ensuit trois journées d'émeutes que les auteurs romantiques qualifient de «Trois
Glorieuses», au terme desquelles l'héritier des Bourbons devra s'enfuir et laisser
le trône à son cousin, le duc d'Orléans, futur Louis-Philippe 1er.
Royales maladresses
Charles X doit principalement sa chute à lui-même. Le 8 août 1829, il nomme aux Affaires
étrangères un ami d'enfance résolu, fidèle mais qui se révèlera tout à fait
incompétent, le prince Jules de Polignac. En novembre, le prince accède à la
présidence du Conseil des ministres.
Les 221 députés de l'opposition parlementaire ayant protesté par une adresse solennelle
le 18 mars 1830, le roi dissout la Chambre. Contre toute attente, les nouvelles élections
portent à 274 le nombre d'opposants.
Considérant abusivement que le pays est en péril, le roi s'autorise à publier le 26
juillet les quatre ordonnances fatales comme la Charte constitutionnelle de 1814 lui en
donne le droit lorsqu'il y va de «la sûreté de l'Etat».
La première ordonnance suspend la liberté de la presse et rétablit la censure et
l'autorisation préalable de publication. La deuxième dissout la Chambre qui vient
d'être élue.
La troisième réduit le corps électoral déjà très limité en ôtant la patente et
l'impôt sur les portes et fenêtres du montant du cens électoral indispensable pour
bénéficier du droit de vote; cela revient à exclure les commerçants du corps
électoral et à limiter celui-ci à une poignée de gros propriétaires fonciers. La
quatrième enfin convoque les électeurs pour le mois de septembre.
Dans les bureaux du «National», le journaliste Adolphe Thiers rédige aussitôt
une protestation solennelle. Dès le lendemain, à Paris, les commerçants ferment
boutique cependant que plusieurs journaux enfreignent l'interdiction de paraître et que
les étudiants se rassemblent en cortège.
Le roi confie la répression des émeutes au maréchal Auguste de Marmont, un soldat
brillant qui endure depuis 1814 l'injuste accusation d'avoir trahi Napoléon.
Au prix de 200 tués chez les soldats et près d'un millier chez les insurgés, ces
derniers l'emportent malgré tout... Polignac ayant refusé avec une stupide obstination
de retirer les ordonnances, Charles X doit prendre la route de l'exil.
Le roi est en fuite, vive le
roi!
A force d'intrigues, une poignée d'hommes, dont le vieux
Talleyrand, le jeune Thiers ou encore le banquier Laffitte, écartent les républicains et
portent sur le trône le duc d'Orléans.
Ils croient réitérer en France la «Glorieuse
Révolution» qui a permis aux Anglais, en 1688, par le changement de
monarque, d'installer une monarchie parlementaire durable. Ils n'aboutiront en fait qu'à
un répit de 18 ans avant une nouvelle révolution.