Indépendance
de la Belgique
Le 4 octobre 1830, un gouvernement provisoire proclame
l'indépendance de la Belgique.
Celle-ci a été unie contre son gré aux Pays-Bas lors du Congrès de Vienne de
1814-1815, sur une idée de l'Angleterre, désireuse de constituer un solide état-tampon
pour s'opposer aux velléités conquérantes de la France après la chute de Napoléon
1er.
Au sein du nouveau royaume des Pays-Bas, les Belges ne cessent de se plaindre d'être
traités en citoyens de second rang alors qu'ils sont pas moins de 3,5 millions face à 3
millions de Hollandais.
Il faut dire que 250 ans après la scission des Dix-Sept
Provinces de Charles Quint et Philippe II de Habsbourg, les Belges ne se sentent plus
guère d'affinités avec leurs cousins du nord.
Catholiques suite à la volonté de leurs anciens tuteurs espagnols et autrichiens, les
Belges se distinguent des Hollandais, en majorité protestants de confession calviniste.
Ils se montrent aussi bon vivants que les Hollandais paraissent austères, à l'image de
leurs peintres Rubens, Jordaens ou les Brueghel, que tout oppose aux peintres du nord,
Rembrandt ou Vermeer.
La bourgeoisie belge parle français et regarde vers Paris tandis les Hollandais cultivent
la langue de leur terroir et gardent les yeux rivés vers le grand large, n'hésitant pas
à gager leur fortune dans le commerce des épices.
Une révolution d'opéra
Les partisans de l'autonomie ou de l'indépendance de la Belgique décèlent une note
d'espoir dans la révolution des «Trois Glorieuses» (25-26-27 juillet 1830) qui
remplace à Paris un monarque - Charles X - par un autre - Louis-Philippe 1er -.
Le soir du 25 août 1830, le théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, donne une
représentation de La Muette de Portici. Cet opéra d'Auber raconte un
soulèvement des Napolitains contre l'oppresseur. Le public, enthousiaste, reprend le
refrain: «Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la fierté». La
tension est telle que des émeutes se produisent à la sortie du théâtre.
Des représentants de la bourgeoisie se réunissent à l'Hôtel de ville et décident sans
tarder de former une garde. Ils se donnent un drapeau tricolore avec les couleurs
noir-jaune-rouge du Brabant, la région de Bruxelles.
Ils suggèrent par ailleurs une «séparation administrative» de la Belgique et
des Pays-Bas au roi hollandais, Guillaume 1er. Dans cette hypothèse, les deux moitiés du
royaume ne seraient plus unies que par une allégeance personnelle à la dynastie
hollandaise d'Orange-Nassau. Le roi fait la sourde oreille à ces propositions modérées
mais propose de réunir des états généraux à La Haye.
Cependant, la révolte s'emballe dans la Wallonie francophone. Liège et plusieurs cités
ouvrières se soulèvent au chant de la Marseillaise
puis de la Brabançonne, l'hymne belge hâtivement composé pour la circonstance.
A Bruxelles, les libéraux modérés qui tiennent l'Hôtel de villesont débordés par le
club révolutionnaire «La Réunion centrale» qu'anime un certain Charles
Rogier.
Guillaume 1er demande au prince Frédéric de marcher sur Bruxelles avec l'armée
d'Anvers. Dans la ville, le 20 septembre, les insurgés s'emparent sans attendre des
armes de la garde. Trois jours plus tard s'élèvent les premières barricades.
L'armée se heurte aux insurgés dans le parc de Bruxelles. Elle reçoit finalement
l'ordre de se retirer le dimanche 26 septembre.
Lorsque, le 27 septembre, les états généraux de La Haye votent la «séparation
administrative» de la Belgique, sa proposition, venue trop tard, est rejetée par le
gouvernement provisoire qui s'est entretemps constitué à Bruxelles.
Après la proclamation de l'indépendance, une semaine plus tard, le gouvernement
provisoire convoque un congrès national en vue de donner une constitution au nouvel Etat.
Le roi hollandais, de son côté, demande l'ouverture d'une conférence internationale
pour examiner ce premier accroc aux traités de Vienne de 1815 qui ont mis fin à l'ère
napoléonienne et tenté d'instaurer un nouvel ordre européen.
Un roi pour les Belges
La conférence internationale se réunit à Londres le 4 novembre 1830 et s'incline devant
le fait accompli. Elle octroie à la Belgique les frontières qui étaient celles des
Pays-Bas autrichiens en 1790, à la veille de la Révolution française. Mais le
Luxembourg reste au roi Guillaume 1er.
A Bruxelles, le Congrès national inaugure la nouvelle
Constitution le 7 février 1831. Il décide aussi d'asseoir la légitimité du nouvel Etat
en lui donnant un monarque, selon une habitude inaugurée au temps de Napoléon 1er.
Léopold, prince de Saxe-Cobourg-Gotha, est pressenti par les
Anglais pour devenir le premier roi des Belges sous le nom de Léopold 1er. Il
prête serment sur la Constitution de la Belgique le 21 juillet 1831 (l'anniversaire de
cet événement est devenu fête nationale du pays).
En Belgique comme dans l'ensemble de l'Europe post-révolutionnaire du XIXe siècle, la
bourgeoisie d'affaires ne conçoit pas de gouvernement autre que monarchique (la Suisse
est l'exception à la règle), avec une Constitution à la clé et un suffrage censitaire
qui tient les pauvres à l'écart des urnes (seuls ont le droit de vote les citoyens qui
sont assez riches pour payer un certain montant d'impôt, le cens).
Notons que les aristocrates de ce temps-là, nostalgiques de l'Ancien Régime, sont en
général plus favorables que les libéraux au suffrage universel car ils comptent sur lui
pour faire pression sur les paysans de leurs domaines et remporter ainsi les élections.
Rien à voir avec le Moyen Âge où les dynasties royales devaient gagner leur
légitimité au fil des générations et entraient souvent en concurrence avec
d'authentiques Républiques oligarchiques.
Sollicité par les Belges, le duc de Nemours, second fils de Louis-Philippe 1er, roi des
Français, refuse la couronne pour ne pas irriter les autres pays, inquiets de tout ce qui
pourrait ressembler à une extension d'influence de la France.
C'est finalement le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha qui sera élu roi des
Belges le 4 juin 1831 sous le nom de Léopold 1er. Sa descendance règne encore à
Bruxelles en la personne du roi Albert II.
Dans une ultime tentative, les Hollandais tentent d'envahir la Belgique mais l'armée
française leur barre la route de Bruxelles et ils n'insistent pas.
Le tsar de Russie a été un moment tenté d'intervenir militairement pour restaurer
l'autorité du pouvoir légitime, au nom des préceptes de la Sainte-Alliance.
Il y renonce, étant embarrassé de son côté par l'agitation polonaise.
Le 14 octobre 1831, à Londres, le traité dit des XXIV articles règle la
question des frontières. Avec l'aide de la France et de l'Angleterre, la Belgique
récupère la forteresse d'Anvers. Elle attendra cependant jusqu'au 19 avril 1839 que la
Hollande veuille bien signer un traité définitif à Londres.
Précaire neutralité
Le 20 février 1831, à la conférence de Londres, les grandes puissances proclament
solennellement la neutralité de la jeune Belgique.
La violation de cette neutralité par les Allemands, en août
1914, motivera l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne aux côté de la France et de
la Russie.