14 juin 1830

 

Les Français débarquent en Algérie

Ce jour-là...

Les grandes heures de l'Algérie:

De la conquête romaine à la conquête turque

21 mai 1529: Barberousse s'empare du Penon d'Alger

L'Algérie à la veille de la conquête française

14 juin 1830: les Français débarquent en Algérie

16 mai 1843: prise de la smala d'Abd el-Kader

24 octobre 1871: le décret Crémieux et les juifs

10 février 1943: Ferhat Abbas veut l'autonomie

8 mai 1945: massacres de Sétif

19 mars 1962: cessez-le-feu et indépendance
  

Le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquent sur la plage de Sidi Ferruch, à 25 km d’Alger.

La ville et le territoire de l'Algérie actuelle sont alors sous la suzeraineté théorique du sultan turc d'Istanbul depuis trois siècles sous le nom de «Régence d'Alger». Dans les faits, l'intérieur du pays est livré à l'abandon, insoumis et réticent à l'islamisation.

La conquête française, si lourde de conséquences pour la France comme pour l'Algérie, résulte d'un imbroglio dérisoire.

En 1798, le gouvernement du Directoire achète du blé à la Régence d'Alger pour les besoins de l'expédition du général Bonaparte en Égypte.

Le blé est financé par un emprunt de la France auprès de familles juives d'Alger. Celles-ci demandent une garantie du dey qui gouverne la ville.

En 1827, le dey d'Alger, Hussein, frappe d'un coup d'éventail le consul français Deval, un affairiste qui refuse non sans insolence de s'engager sur le remboursement du prêt.

Le président du ministère français, Villèle, demande réparation au dey pour l'offense faite à son consul mais n'obtient aucun semblant d'excuse. 

Sous le gouvernement Martignac, la flotte française tente d'organiser un blocus du port d'Alger mais il se révèle inefficace et quelque peu ridicule.

Une affaire intérieure


L'affaire semble dans l'impasse quand, le 8 août 1829, le roi Charles X, de son propre chef, remplace le président du ministère par le prince Jules de Polignac, un ultra-royaliste très impopulaire auprès de l'opinion publique, à savoir les 60.000 bourgeois qui ont le droit de vote.

Confronté à la fronde de 221 députés, le roi Charles X a besoin de restaurer au plus vite son image.

C'est ainsi que, le 3 mars 1830, dans le discours du trône, il évoque pour la première fois l'idée d'une expédition punitive destinée à obtenir réparation de la dette ainsi qu'à détruire le repaire de corsaires installé dans la régence d'Alger et mettre fin à l'esclavage!

Le comte Louis de Bourmont, ministre de la Guerre dans le gouvernement Polignac, est nommé «Commandant en chef de l'expédition en Afrique» par ordonnance du 11 avril (l'expédition d'Alger lui vaudra un bâton de maréchal).

Le corps expéditionnaire est placé sous les ordres de l'amiral Duperré et du général Berthézène.

Les journaux de l'opposition multiplient les critiques, surtout à l'égard de Bourmont. «M. de Bourmont veut être maréchal: il mérite le bâton!» écrit Le Figaro.

Les Anglais ne cachent pas non plus leur désapprobation mais rien n'y fait. La flotte appareille avec 453 navires et 37.000 soldats le 25 mai 1830.

La guerre de conquête

La flotte française bombarde les défenses d'Alger les 3 et 4 juillet, image d'Epinal

 
La flotte française bombarde les défenses d'Alger et en particulier la citadelle de Fort-l'Empereur, ainsi nommée en souvenir de... Charles Quint.

Enfin, après plusieurs jours de difficiles combat contre les troupes turques, le corps expéditionnaire oblige le 5 juillet le dey à la capitulation. Mais une fois dans la ville, les soldats se livrent à une mise à sac qui ternit leur victoire.

L'occupation d'Alger est accueillie avec indifférence par les Français. Le roi Charles X est chassé quelques semaines plus tard.
 
Son successeur, Louis-Philippe 1er, maintient ses troupes à Alger simplement pour ne pas donner l'impression de céder à l'Angleterre qui demande le retrait de la France.

L'opinion éclairée se désintéresse de la conquête. Le vieil économiste libéral Jean-Baptiste Say exprime avec une singulière prescience la vanité des aventures coloniales.

Le jeune Alexis de Tocqueville (23 ans), séduit par l'aventure, figure parmi les rares personnalités françaises qui encouragent la colonisation de l'Algérie.

En 1834, contre son gré, le gouvernement français entre dans un engrenage qui va le conduire à réprimer sauvagement la révolte d'Abd el-Kader et à occuper tout le pays.

L'Algérie va devenir le principal champ de bataille de la «monarchie de Juillet».  
 
Jusqu'à 93.000 soldats y sont affectés pour soumettre la population, bien que celle-ci compte à peine 2 millions d'individus, un chiffre très faible comparé aux 36 millions de Français de l'époque.

 
 Un économiste libéral et clairvoyant
 
«Les vraies colonies d’un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. Tout peuple commerçant doit désirer qu’ils soient tous indépendants pour devenir plus industrieux et plus riches, car plus ils seront nombreux et productifs, plus ils présenteront d’occasions et de facilités pour les échanges. Les peuples deviennent alors pour nous des amis utiles et qui ne nous obligent pas de leur accorder des monopoles onéreux, ni d’entretenir à grands frais des administrations, une marine et des établissements militaires aux bornes du monde. Un temps viendra où on sera honteux de tant de sottise et où les colonies n’auront plus d’autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout aux dépens du peuple».

Ce texte prémonitoire a été publié en 1830 par l'économiste Jean-Baptiste Say dans le «Cours complet d'économie politique». Il conserve toute son actualité dans la France du XXIe siècle qui peine à sortir de l'ère coloniale.
  

 

Mise à jour le 25 février 2003