10 septembre 1898

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Assassinat de «Sissi»

Le samedi 10 septembre 1898, une vieille dame de 61 ans est assassinée à Genève, sur le quai du Mont-Blanc, par un anarchiste italien.

Il s'agit d'Élisabeth de Wittelsbach, épouse de François-Joseph 1er de Habsbourg, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, affectueusement surnommée «Sissi».

Le meurtrier, Luigi Lucheni (26 ans), voulait à tout prix tuer un prince européen. Il avait jeté son dévolu sur le comte de Paris mais celui-ci avait reporté son déplacement à Genève.

L'impératrice à Territet en septembre 1898 (archives de Montreux)Un journal de la ville avait alors eu l'imprudence de briser l'incognito de l'impératrice, qui promenait de ville en ville sa neurasthénie.

L'anarchiste se met en faction près de l'hôtel Beau-Rivage où réside l'impératrice. Vers 15 heures, celle-ci sort au bras de sa dame de compagnie, la comtesse Irma Sztaray, en vue de prendre le bateau pour sa résidence de Territet, sur l'autre rive du lac.

Passant près du jeune homme, l'impératrice reçoit ce qu'elle croit être un coup de poing et trébuche. Tandis que le meurtrier s'enfuit, elle atteint avec peine son bateau et, alors seulement, perd connaissance.

C'est ainsi que «Sissi» paya de sa vie la folie anarchiste et meurtrière de son époque, folie prémonitoire de la Grande Guerre.

Le mythe de Sissi

Un mythe allait naître autour de la malheureuse impératrice, cousine du roi de Bavière Louis II de Wittelsbach, qui devint fou non sans laisser à son pays de fabuleux châteaux néo-gothiques.

Elle avait épousé par amour à 16 ans, en 1854, le jeune empereur d'Autriche François-Joseph 1er, qu'avait séduit sa beauté et son opulente chevelure.

A ses côtés, elle avait participé à la transformation de l'empire en une double monarchie, l'Autriche-Hongrie, en 1867, devenant alors impératrice d'Autriche et reine de Hongrie. Apprenant sa mort, le vieil empereur murmurera: «Rien ne me sera donc épargné sur cette terre». Et il ajoutera pour lui-même: «Nul ne sait combien nous nous sommes aimés».

L’empereur avait par ailleurs connu la mort tragique de son frère Maximilien à Queretaro, au Mexique, en 1867, et de son fils Rodophe à Mayerling. La soeur de sa femme, la duchesse d'Alençon, avait brûlé vive dans l'incendie du Bazar de la Charité, à Paris, en 1897.

«Der alte Herr» (le vieux Monsieur) n'était pas au bout de ses peines. Son héritier et neveu, l’archiduc François-Ferdinand sera assassiné à Sarajevo le 28 juin 1914. L'empereur mourra le 21 novembre 1916, à 86 ans, après un règne interminable de 68 ans, laissant un trône en sursis.

Le destin sentimental et tragique de «Sissi» a suscité une abondante littérature et fait la gloire de Romy Schneider au cinéma.

 

Mise à jour le 23 février 2003