28 juin 1914

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Assassinat d'un archiduc à Sarajevo

Le déroulement de la Grande Guerre:

Origines du conflit

28/06/1914: attentat de Sarajevo

01/08/1914: mobilisation générale

30/08/1914: bataille de Tannenberg

26/04/1915: traité secret de Londres

07/05/1915: un sous-marin coule le Lusitania

24/04/1915: génocide des Arméniens

21/02/1916: bataille de Verdun

01/07/1916: offensive de la Somme

17/11/1917: Poincaré appelle Clemenceau

11/11/1918: armistice et arrêt des combats

28/06/1919 : traité de Versailles

Les séquelles du conflit
 

Le 28 juin 1914, l’héritier de l’empire austro-hongrois est assassiné à Sarajevo par un terroriste serbe, Cavrilo Princip (19 ans).

L'assassin est soupçonné d'appartenir à une organisation secrète, La Main Noire, manipulée par le chef des services de renseignement de Belgrade, le colonel Dimitrievitch. 

Cette organisation prône la réunion de tous les Slaves du Sud autour de la Serbie, principal État slave des Balkans.

A ce titre, elle s'indigne de l'annexion formelle de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche-Hongrie en 1908.

Cette ancienne province ottomane revendiquée par Belgrade était précédemment un simple protectorat autrichien.

C'est à Sarajevo, dans la capitale de la Bosnie-Herzégovine, que les nationalistes yougoslaves décident de frapper un grand coup en assassinant l'héritier du vieil empereur d'Autriche François-Joseph 1er. 

Course à la guerre


L'archiduc François-Ferdinand et son épouse, la duchesse de Hohenberg, sont tués pendant leur visite officielle à Sarajevo.

Leur mort laisse l’Europe indifférente dans les premiers jours. Le prince, que François-Joseph 1er n'aimait pas outre-mesure, est enterré à Vienne en catimini. 

Mais les diplomates de tous bords se saisissent bientôt de l’incident comme d’un exutoire à toutes les tensions qui traversent les élites du continent.

Imputé à la Serbie par le gouvernement autrichien, l’assassinat sert de prétexte au déclenchement de ce qui deviendra la Première Guerre Mondiale.

Le Kaiser allemand Guillaume II certifie à François-Joseph qu'il «se tiendra en toutes circonstances fidèlement aux côtés de l'Autriche-Hongrie» et l'encourage à punir la Serbie.

L'Autriche-Hongrie adresse un ultimatum à la Serbie le 23 juillet. Elle prend le risque d'une guerre localisée pour simplement humilier la Serbie.

Le 28 juillet, Vienne déclare la guerre à Belgrade. Le 30 juillet, apprenant que Belgrade a été bombardée par les Autrichiens, le tsar de Russie Nicolas II décrète la mobilisation générale au nom de la solidarité slave.

Le chancelier allemand Theobald von Bethmann-Hollweg prend conscience du cataclysme qui se prépare. De concert avec l'empereur Guillaume II, il demande au tsar de ne rien commettre d'irréversible contre l'Autriche-Hongrie. Mais le chancelier est dépassé par les événements...

Vers la mobilisation


À Paris, le président de la République, Raymond Poincaré, et le président du Conseil, René Viviani, rentrent le 30 juillet d'un voyage à Saint-Pétersbourg, auprès de leur allié, le tsar. Ils sont acclamés par la foule au cri de «Vive l'armée» ou même «Vive la guerre!».

Surnommé «Poincaré-la-guerre», le président de la République n'a eu de cesse depuis deux ans de préparer la «revanche».

Ayant succédé à Joseph Caillaux à la présidence du Conseil en janvier 1912, après l'affaire du Maroc, il a accéléré le réarmement du pays et préparé une loi pour porter à... trois ans la durée du service militaire.

Après son élection à la présidence de la République, en janvier 1913, Raymond Poincaré a appelé à la tête du gouvernement un leader socialiste et anticlérical, René Viviani, pour rassurer les électeurs de base, opposés en majorité à la guerre.

René Viviani lui a permis de faire passer sa loi sur le service de 3 ans en échange d'une autre loi sur l'introduction de l'impôt progressif sur le revenu. Mais il n'a pu freiner ses menées bellicistes... Tout au plus a-t-il fait en sorte que les troupes françaises se tiennent pendant les semaines fatidiques de juillet à dix kilomètres de la frontière pour éviter un incident fatal.

Le 27 juillet, Raymond Poincaré a donné au tsar l'assurance de «seconder entièrement, dans l'intérêt de la paix générale, l'action du gouvernement impérial». C'est fort de cette assurance que le tsar a engagé la mobilisation générale.

Le 28 juillet, tandis que l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie, les journaux parisiens sont accaparés par le procès d'Henriette Caillaux. La femme du ministre des Finances avait tué quelques mois plus tôt le directeur du Figaro. Elle est acquittée le 28 juillet mais son mari, qui prêchait la conciliation avec l'Allemagne, se trouve éliminé pour longtemps de la scène politique.

Le 31 juillet, dans un café de Paris, le Croissant, un anarchiste, Raoul Villain, assassine Jean Jaurès. Le leader respecté des socialistes était l'un des derniers partisans de la paix avec Joseph Caillaux; le premier par humanisme, le second par raison.

Le samedi 1er août 1914, à Berlin, le chancelier Bethmann-Hollweg, inquiet de la poursuite de la mobilisation russe, se laisse convaincre par son chef d'état-major, Helmut von Moltke, de déclarer la guerre au tsar.

Le même jour, la France décrète la mobilisation générale. A 4 heures de l'après-midi, tous les clochers de France font entendre le sinistre tocsin. La Grande Guerre commence.

Les origines du conflit

Guillaume II et les Allemands seront accusés par le traité de Versailles d'être responsables du conflit pour avoir encouragé l'Autriche-Hongrie à agresser la Serbie.

Dans les faits, il s'agit là de causes immédiates et à vrai dire subalternes. Toutes les puissances occidentales portent une écrasante responsabilité, en particulier la France, l'Allemagne et la Russie.

Dès les années 1880, les grandes puissances européennes se tiennent les uns les autres en respect, comme des cow-boys prêts à dégainer. Ce duel à cinq met face à face la Triple Entente (Russie, France et Royaume-Uni) et la Diplice (Allemagne et Autriche-Hongrie). L'Italie, indécise, est proche de la Diplice.

L'historien Marc Ferro («La grande guerre 1914-1918») et le sociologue Emmanuel Todd («Le fou et le prolétaire») ont mis à jour les haines, les malaises psychiques et les appétits guerriers qui traversent toutes les bourgeoisies de cette époque prétendûment Belle: enseignants, intellectuels, rentiers, petits entrepreneurs, politiciens et bien sûr militaires.

Ces va-t-en-guerre appartiennent aussi bien à la gauche républicaine, comme Clemenceau, qu'à la droite revancharde, comme Raymon Poincaré. Ils ont raison des sentiments pacifiques des paysans et, dans une moindre mesure, des ouvriers.

Les appels à la guerre se cachent jusque dans la littérature de gare. Parue en1879, l'anodine nouvelle de Jules Verne, Les Cinq Cents Millions de la bégum, met en scène un conflit sans merci entre les villes imaginaires de France-Ville et Stahlstadt. C'est un condensé de haine nationaliste (supériorité de la race latine sur la race germanique) et raciste (mépris absolu des coolies chinois et autres hommes de couleur).

Le doux Charles Péguy, défenseur d'Alfred Dreyfus et de la justice, y va de son couplet pour dénoncer les derniers pacifistes. En 1913, il écrit: «En temps de guerre, il n'y a qu'une politique et c'est la politique de la Convention Nationale. Mais il ne faut pas se dissimuler que la politique de la Convention Nationale, c'est Jaurès dans une charrette et un roulement de tambour pour couvrir cette grande voix»... Un an plus tard, Jaurès est assassiné et Péguy tombe au champ d'honneur.

Bibliographie


Sur les origines immédiates de la Grande Guerre, on peut lire l'ouvrage précité de Marc Ferro ainsi le livre de Jacques de Launay: «Les grandes controverses de l'Histoire contemporaine 1914-1945» (Rencontre 1964).

 

Mise à jour le 23 février 2003