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Le 12 septembre
1213, les Français du nord et du sud se livrent bataille à Muret, au sud de Toulouse.
Les premiers sont guidés par un seigneur d'Ile-de-France, Simon de Montfort. Ils portent
la croix sur la poitrine et veulent extirper l'hérésie
cathare des terres languedociennes.
Les seconds, autour du comte de Toulouse Raimon VI et de son suzerain, le roi Pierre II
d'Aragon, ne sont pas moins bons catholiques que les premiers. Mais ils craignent avec
raison que les croisés ne leur enlèvent leurs droits et leurs coutumes sous prétexte de
religion.
Deux ans plus tôt, le pape Innocent III a «exposé en proie» les terres du
comte de Toulouse, les promettant à qui les prendra.
Le roi Pierre II d'Aragon, suzerain traditionnel du comte de Toulouse, s'est senti lésé.
Quelques mois plus tôt, le 16 juillet 1212, il a remporté à Las Navas de Tolosa
une victoire qui a abattu à jamais la puissance musulmane d'Espagne.
Arguant de ce fait d'armes, il réclame au pape d'assumer en personne la conduite de la
croisade contre les cathares.
Mais les prélats du Midi et le légat Arnaud-Amalric, dont les destins sont liés à
celui de Simon de Montfort, ne veulent à aucun prix abandonner la croisade aux seigneurs
méridionaux et espagnols.
Le pape ayant refusé sur leurs instances de restituer Pierre II dans ses droits
légitimes, celui-ci rejoint son vassal Raimon VI dans la guerre contre Simon de Montfort.
C'est ainsi qu'ensemble, ils vont assiéger le petit château de Muret, au sud
de Toulouse, dans la plaine de la Garonne, où se tiennent tout juste 30 chevaliers et
quelques fantassins.
L'apprenant, Simon de Pierre accourt avec le gros de ses troupes, non sans prendre le
temps de faire ses dévotions à l'abbaye de Boulbonne. Il entre dans le château de
Muret, prenant le risque de se faire assiéger à son tour.
Mais Pierre II d'Aragon veut tirer la victoire d'une vraie bataille et non d'un siège
sans gloire.
L'affrontement a lieu au pied du château. Il se solde par la victoire inattendue des
croisés, plus disciplinés, et surtout par la mort du héros de Las Navas de Tolosa.
Apprenant la mort de leur souverain, les troupes d'Aragon se débandent. Les fantassins de
Toulouse se font quant à eux proprement massacrés tandis que leur comte, qui n'a
pas lui-même participé au combat, se retrouve une nouvelle fois isolé. Il s'enfuit sans
demander son reste en Angleterre, chez Jean sans Terre.
Vers une guerre nationale
L'année suivant a lieu à Bouvines, au nord, une autre
bataille décisive pour le destin de la France. Elle se solde par la victoire du roi
Philippe II Auguste, qui s'affirme comme le principal souverain d'Europe.
Rassuré sur son pouvoir, il tourne enfin ses yeux vers le drame qui se joue dans le
Midi.
Tandis que s'ouvre le grand concile de Latran IV, le pape,
par le décret du 14 décembre 1215, se résigne à déchoir Raimon VI de ses
titres. Il ne peut pas désavouer ses prélats du Midi au risque de relancer la guerre.
De son côté, Philippe II Auguste reçoit l'hommage lige de Simon de Montfort pour
toutes les terres qu'il a conquises dans le Midi, à l'exception du marquisat de
Provence (cette ancienne possession des comtes de Toulouse fait partie du Saint Empire
romain germanique et ne dépend pas des rois capétiens).
La guerre, dès lors, de religieuse devient «nationale». Les gens du Midi
et notamment les seigneurs dépossédés de leurs terres combattent les intrus venus
du nord.
Raimon VI et son fils, le futur Raimon VII, reviennent en triomphe à Avignon. Simon
échoue à les repousser et il se précipite à la hâte à Toulouse pour réprimer une
insurrection populaire.
Raimon VI et les vassaux qui lui sont restés fidèles, dont le comte de Comminges,
marchent à leur tour sur Toulouse. Ils entrent subrepticement dans la ville le 13
septembre 1217 à la faveur d'un épais brouillard.
Aussitôt, la population se rue sur la garnison française et commet un massacre. Les
rescapés se réfugient au château Narbonnais, résidence traditionnelle des comtes de la
ville, auprès de l'épouse de Simon de Montfort.
Ce dernier revient sans attendre de la vallée du Rhône. Il entame un long siège
entrecoupé de combats.
Le 25 juin 1218, comme il fait ses dévotions, on l'avertit d'une sortie des Toulousains.
Recevant une dernière fois la communion, il enfile son heaume et monte au combat. Il est
alors mortellement blessé d'une pierre lancée du haut des murailles par une habitante de
la ville.
Suite à la mort de leur chef, les croisés lèvent le siège de la ville. Raimon VI et
son fils Raimon VII arrivent à reconquérir peu à peu l'essentiel de leurs terres.
Le roi Philippe Auguste envoie son fils Louis au secours des seigneurs du nord. Le prince
ne fait pas de quartier. La ville de Marmande lui ayant résisté, il fait massacrer les
5.000 habitants! Louis le Lion n'en échoue pas moins à prendre Toulouse et doit se
replier.
Mais Raimon VI meurt et bientôt Philippe Auguste. Le nouveau comte de Toulouse, Raimon
VII, est excommunié et Louis le Lion, devenu Louis VIII, s'engage dans une deuxième
expédition contre lui.
Après avoir proprement ravagé le pays, il meurt sur le retour, emporté par une
dysenterie aiguë à Montpensier, en Auvergne, le 8 novembre 1226.
La paix se profile enfin sous la régence de Blanche de Castille, mère du nouveau roi,
Louis IX, futur Saint Louis.
Sous l'égide de Thibaud de Champagne, parent du comte comme de la régente, un traité
est signé à Meaux, près de Paris, en 1229.
Le comte met la plupart de ses terres à la disposition du roi et cède le marquisat de
Provence à l'Église (sous le nom de Comtat-Venaissin, il lui restera jusqu'à la
Révolution).
Il promet surtout de donner sa fille unique, Jeanne, en mariage à l'un des frères du roi
(peu importe lequel!). Cela signifie la fin de sa dynastie.
L'hérésie n'est pas éradiquée pour autant. Le 20 avril 1233, le pape Grégoire IX
crée l'Inquisition, un tribunal ecclésiastique relevant du seul Saint Siège, pour
remédier aux excès de la justice seigneuriale.
Confiée aux Frères prêcheurs de Saint Dominique, l'Inquisition va en terminer avec le
catharisme en usant de la délation, du fer et du bûcher.
Ses excès et les exactions des occupants suscitent un ultime soulèvement de grande
ampleur en 1242.
Le comte de Toulouse apporte son appui au roi d'Angleterre Henri III, et au comte de
la Marche, beau-père du roi anglais, contre le roi de France. Mais les coalisés sont
battus à Taillebourg puis Saintes. Le comte de Toulouse
doit signer à Lorris un nouveau traité d'allégeance.
Dans le même temps, un groupe de chevaliers méridionaux massacre onze inquisiteurs dont
le tristement célèbre Guillaume Arnaud à Avignonet, près de Castelnaudary, où le
petit groupe avait fait halte pour la nuit.
Le massacre avait été suggéré par le comte de Toulouse lui-même. Conscient de la
haine dont s'étaient rendus coupables les inquisiteurs, le Saint Siège se garde de trop
protester.
La guerre n'en est pas moins relancée contre les derniers cathares et leurs
sympathisants. Une armée entame le siège de la forteresse de Montségur, un nid d'aigle
dans les Pyrénées ariégeoises où ont trouvé refuge les derniers Bonshommes
cathares et leur trésor, fruit des donations des fidèles.
Les assiégeants, grâce à la trahison d'un habitant de la région, accèdent par un
sentier secret à une barbacane qui garde la forteresse. De là, ils bombardent sans
relâche celle-ci.
Les assiégés, dont beaucoup ne professent pas la foi cathare mais n'en sont pas moins
alliés des hérétiques, entament des négociations.
Le 28 février 1244, ils conviennent de se rendre et de livrer les hérétiques avec un
répit de deux semaines. C'est ainsi que le 16 mars 1244, deux cents cathares, hommes et
femmes, sont brûlés au pied de la forteresse, en un lieu aujourd'hui connu sous le
nom de champ des Crémats (champ des brûlés).
Le temps de la réconciliation arrive et les seigneurs méridionaux suivent avec
dévouement le roi Louis IX dans ses folles croisades contre les musulmans, à
Damiette, en Égypte, puis à Tunis.
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