12 septembre 1213

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Le Christ bénissant, par Duccio di Buoninsegna (Italie 1255-1318), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

La bataille de Muret

La croisade des Albigeois:

15/01/1208: assassinat du légat Pierre de Castelnau

22/07/1209: sac de Béziers

12/09/1213: bataille de Muret

16/03/1244: le bûcher de Montségur

30/10/1242: paix de Lorris

Etoile

Les grandes heures de Toulouse:

Brève histoire de la cité
 

Le 12 septembre 1213, les Français du nord et du sud se livrent bataille à Muret, au sud de Toulouse.

Les premiers sont guidés par un seigneur d'Ile-de-France, Simon de Montfort. Ils portent la croix sur la poitrine et veulent extirper l'hérésie cathare des terres languedociennes.

Les seconds, autour du comte de Toulouse Raimon VI et de son suzerain, le roi Pierre II d'Aragon, ne sont pas moins bons catholiques que les premiers. Mais ils craignent avec raison que les croisés ne leur enlèvent leurs droits et leurs coutumes sous prétexte de religion.

Deux ans plus tôt, le pape Innocent III a «exposé en proie» les terres du comte de Toulouse, les promettant à qui les prendra.

Le roi Pierre II d'Aragon, suzerain traditionnel du comte de Toulouse, s'est senti lésé. Quelques mois plus tôt, le 16 juillet 1212, il a remporté à Las Navas de Tolosa une victoire qui a abattu à jamais la puissance musulmane d'Espagne.

Arguant de ce fait d'armes, il réclame au pape d'assumer en personne la conduite de la croisade contre les cathares.

Mais les prélats du Midi et le légat Arnaud-Amalric, dont les destins sont liés à celui de Simon de Montfort, ne veulent à aucun prix abandonner la croisade aux seigneurs méridionaux et espagnols.

Le pape ayant refusé sur leurs instances de restituer Pierre II dans ses droits légitimes, celui-ci rejoint son vassal Raimon VI dans la guerre contre Simon de Montfort.

C'est ainsi qu'ensemble, ils vont assiéger le petit château de Muret, au sud de Toulouse, dans la plaine de la Garonne, où se tiennent tout juste 30 chevaliers et quelques fantassins.

L'apprenant, Simon de Pierre accourt avec le gros de ses troupes, non sans prendre le temps de faire ses dévotions à l'abbaye de Boulbonne. Il entre dans le château de Muret, prenant le risque de se faire assiéger à son tour.

Mais Pierre II d'Aragon veut tirer la victoire d'une vraie bataille et non d'un siège sans gloire.

L'affrontement a lieu au pied du château. Il se solde par la victoire inattendue des croisés, plus disciplinés, et surtout par la mort du héros de Las Navas de Tolosa.

Apprenant la mort de leur souverain, les troupes d'Aragon se débandent. Les fantassins de Toulouse se font quant à eux proprement massacrés tandis que leur comte, qui n'a pas lui-même participé au combat, se retrouve une nouvelle fois isolé. Il s'enfuit sans demander son reste en Angleterre, chez Jean sans Terre.

Vers une guerre nationale

L'année suivant a lieu à Bouvines, au nord, une autre bataille décisive pour le destin de la France. Elle se solde par la victoire du roi Philippe II Auguste, qui s'affirme comme le principal souverain d'Europe.

Rassuré sur son pouvoir, il tourne enfin ses yeux vers le drame qui se joue dans le Midi.

Tandis que s'ouvre le grand concile de Latran IV, le pape,  par le décret du 14 décembre 1215, se résigne à déchoir Raimon VI de ses titres. Il ne peut pas désavouer ses prélats du Midi au risque de relancer la guerre.

De son côté, Philippe II Auguste reçoit l'hommage lige de Simon de Montfort pour toutes les terres qu'il a conquises dans le Midi, à l'exception du marquisat de Provence (cette ancienne possession des comtes de Toulouse fait partie du Saint Empire romain germanique et ne dépend pas des rois capétiens).

La guerre, dès lors, de religieuse devient «nationale». Les gens du Midi et notamment les seigneurs dépossédés de leurs terres combattent les intrus venus du nord.

Raimon VI et son fils, le futur Raimon VII, reviennent en triomphe à Avignon. Simon échoue à les repousser et il se précipite à la hâte à Toulouse pour réprimer une insurrection populaire.

Raimon VI et les vassaux qui lui sont restés fidèles, dont le comte de Comminges, marchent à leur tour sur Toulouse. Ils entrent subrepticement dans la ville le 13 septembre 1217 à la faveur d'un épais brouillard.

Aussitôt, la population se rue sur la garnison française et commet un massacre. Les rescapés se réfugient au château Narbonnais, résidence traditionnelle des comtes de la ville, auprès de l'épouse de Simon de Montfort.

Ce dernier revient sans attendre de la vallée du Rhône. Il entame un long siège entrecoupé de combats.

Le 25 juin 1218, comme il fait ses dévotions, on l'avertit d'une sortie des Toulousains. Recevant une dernière fois la communion, il enfile son heaume et monte au combat. Il est alors mortellement blessé d'une pierre lancée du haut des murailles par une habitante de la ville.

Suite à la mort de leur chef, les croisés lèvent le siège de la ville. Raimon VI et son fils Raimon VII arrivent à reconquérir peu à peu l'essentiel de leurs terres.

Le roi Philippe Auguste envoie son fils Louis au secours des seigneurs du nord. Le prince ne fait pas de quartier. La ville de Marmande lui ayant résisté, il fait massacrer les 5.000 habitants! Louis le Lion n'en échoue pas moins à prendre Toulouse et doit se replier.

Mais Raimon VI meurt et bientôt Philippe Auguste. Le nouveau comte de Toulouse, Raimon VII, est excommunié et Louis le Lion, devenu Louis VIII, s'engage dans une deuxième expédition contre lui.

Après avoir proprement ravagé le pays, il meurt sur le retour, emporté par une dysenterie aiguë à Montpensier, en Auvergne, le 8 novembre 1226.

La paix se profile enfin sous la régence de Blanche de Castille, mère du nouveau roi, Louis IX, futur Saint Louis.

Sous l'égide de Thibaud de Champagne, parent du comte comme de la régente, un traité est signé à Meaux, près de Paris, en 1229.

Le comte met la plupart de ses terres à la disposition du roi et cède le marquisat de Provence à l'Église (sous le nom de Comtat-Venaissin, il lui restera jusqu'à la Révolution).

Il promet surtout de donner sa fille unique, Jeanne, en mariage à l'un des frères du roi (peu importe lequel!). Cela signifie la fin de sa dynastie.

L'hérésie n'est pas éradiquée pour autant. Le 20 avril 1233, le pape Grégoire IX crée l'Inquisition, un tribunal ecclésiastique relevant du seul Saint Siège, pour remédier aux excès de la justice seigneuriale.

Confiée aux Frères prêcheurs de Saint Dominique, l'Inquisition va en terminer avec le catharisme en usant de la délation, du fer et du bûcher.

Ses excès et les exactions des occupants suscitent un ultime soulèvement de grande ampleur en 1242.

Le comte de Toulouse apporte son appui au roi d'Angleterre Henri III, et au comte de la Marche, beau-père du roi anglais, contre le roi de France. Mais les coalisés sont battus à Taillebourg puis Saintes. Le comte de Toulouse doit signer à Lorris un nouveau traité d'allégeance.

Dans le même temps, un groupe de chevaliers méridionaux massacre onze inquisiteurs dont le tristement célèbre Guillaume Arnaud à Avignonet, près de Castelnaudary, où le petit groupe avait fait halte pour la nuit.

Le massacre avait été suggéré par le comte de Toulouse lui-même. Conscient de la haine dont s'étaient rendus coupables les inquisiteurs, le Saint Siège se garde de trop protester.

La guerre n'en est pas moins relancée contre les derniers cathares et leurs sympathisants. Une armée entame le siège de la forteresse de Montségur, un nid d'aigle dans les Pyrénées ariégeoises où ont trouvé refuge les derniers Bonshommes cathares et leur trésor, fruit des donations des fidèles.

Les assiégeants, grâce à la trahison d'un habitant de la région, accèdent par un sentier secret à une barbacane qui garde la forteresse. De là, ils bombardent sans relâche celle-ci.

Les assiégés, dont beaucoup ne professent pas la foi cathare mais n'en sont pas moins alliés des hérétiques, entament des négociations.

Le 28 février 1244, ils conviennent de se rendre et de livrer les hérétiques avec un répit de deux semaines. C'est ainsi que le 16 mars 1244, deux cents cathares, hommes et femmes, sont brûlés au pied de la forteresse, en un lieu aujourd'hui connu sous le nom de champ des Crémats (champ des brûlés).

Le temps de la réconciliation arrive et les seigneurs méridionaux suivent avec dévouement le roi Louis IX dans ses folles croisades contre les musulmans, à Damiette, en Égypte, puis à Tunis.

 

Mise à jour le 23 février 2003