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Les origines de Toulouse se perdent dans la nuit des
temps. La cité est née sur une boucle de la Garonne, à l'endroit où le fleuve bifurque
vers l'océan Atlantique en s'étalant dans sa vallée.
A l'époque celte, elle est le lieu de rassemblement de la tribu des Volques Tectosages.
Les Romains l'incluent dans leur province de Narbonnaise et lui donnent le nom de Tolosa.
Saturnin (ou Sernin) y introduit le christianime et
devient le premier évêque de la ville. L'église en briques roses de Notre-Dame du Taur
(ou du taureau) rappelle son martyre.
Émergence d'une capitale
Avec les invasions barbares, le destin de Toulouse bascule. Les Wisigoths s'établissent
dans la cité en 419 et en font la capitale de leur royaume qui couvre le bassin aquitain
et une bonne partie de la péninsule espagnole.
Cette fragile construction est mise à mal par le roi des Francs, Clovis, qui bat les
Wisigoths à Vouillé, près de Poitiers (lieu prédestiné aux rencontres entre le sud et
le nord), en 506. Les Wisigoths se replient au sud des Pyrénées et s'établissent à
Tolède pour deux siècles, jusqu'à l'invasion arabe.
Dans l'anarchie mérovingienne, à l'époque des rois fainéants, Toulouse devient la
capitale d'un duché franc d'Aquitaine, indépendant de fait.
Quand surviennent les Arabes, le duc Eudes va à leur
rencontre et les repousse. La bataille précède de peu l'exploit mythique de
Charles Martel près de Poitiers.
A l'époque de la dynastie carolingienne, issue de Charles Martel et Charlemagne, le
duché deToulouse confirme son indépendance. Aux alentours de l'An Mil, les aléas des successions entraînent sa division
entre un duché d'Aquitaine tourné vers l'Atlantique et un comté de Toulouse
tourné vers la Méditerranée et dont Toulouse reste la capitale.
Le premier comte est Frédelon, contemporain des serments de
Strasbourg. Lui succède son frère Raymond (ou Raimon) et la descendance de celui-ci,
de la famille de Saint-Gilles, d'après le nom d'une petite ville du marquisat de
Provence.
Des comtes heureux
Toulouse et sa région vont s'épanouir sous la suzeraineté des comtes de Saint-Gilles.
Aux portes de l'Espagne, ouverte aux cultures méditerranéennes, musulmanes, latines et
hellénistiques, la ville va développer une civilisation originale marquée par le droit
romain et empreinte de joie de vivre.
Le comte Raimon IV de Saint-Gilles affirme sa notoriété dans la chrétienté en
conduisant la première Croisade, aux côtés de Godefroi
de Bouillon. En Terre sainte, il se taille un fief prestigieux, le comté de Tripoli
(d'après une ville qui fait aujourd'hui partie du Liban).
Quelques
décennies plus tard, au XIIe siècle, on construit au-delà des murailles de Toulouse la
basilique Saint-Sernin pour abriter les reliques du
martyr. Saint-Sernin, tout de pierres et de briques, reste l'un des premiers et des
plus magnifiques exemples d'architecture romane.
A la même époque, en 1152, tandis que les comtes guerroient ici et là, plus souvent là
qu'ici, le gouvernement de Toulouse revient à un conseil municipal inspiré des
républiques urbaines d'Italie.
Ces magistrats municipaux au nombre de huit, en robe rouge et noire, ont nom capitouls.
Ils représentent la bourgeoisie locale, qui vit de l'agriculture de rente et du négoce,
et administrent la cité tout en restant soumis au comte de Toulouse, leur suzerain
féodal.
La bourgeoisie toulousaine est à l'origine de la première société par actions de
l'ère moderne. Il s'agit de la compagnie des Moulins du Bazacle, constituée au XIIe
siècle pour gérer et développer les moulins de barrage qui ceinturent la Garonne en
amont de la ville.
Le capitalisme
est né à Toulouse
Dans la deuxième moitié du XIIe
siècle, à l'époque du roi Philippe-Auguste, il y avait 60 moulins flottants sur la
Garonne, à la hauteur de Toulouse.
Ces moulins qui fournissaient de l'énergie aux meuniers locaux étaient répartis
entre le lieu dit Château-Narbonnais, la Daurade et le Bazacle. Mais sensibles aux crues
et d'une faible productivité, ils furent bientôt remplacés par trois barrages équipés
de moulins fixes.
Pour réunir les capitaux nécessaires à la construction de ces barrages, les meuniers
constituèrent une société à laquelle ils confièrent leurs économies, en contrepartie
de quoi ils reçurent des papiers notariés attestant de leur placement.
Ces papiers notariés étaient dénommés uchaus. Anonymes comme les actions des
sociétés anonymes actuelles, ils pouvaient passer de main en main de sorte que très
vite, la propriété des trois sociétés exploitant les barrages échappa aux meuniers
pour passer à la bourgeoisie toulousaine, avide de bons placements.
Ainsi naquirent les premières sociétés capitalistes du monde (si l'on met à part
quelques références qui remontent au règne de l'empereur Commode, en
Afrique romaine).
Le barrage du Bazacle, mentionné dès 1177, était long de 400 mètres. Pas moins! Il
était constitué de troncs de chênes enfoncés dans le fond du fleuve.
La société des moulins du Bazacle subsista jusqu'au... XIXe siècle. Le barrage ayant
été converti à la production d'électricité, elle prit alors le nom de Société
toulousaine d'électricité du Bazacle (1).
A l'aube du
XIIIe siècle, le plus grand siècle du Moyen Âge occidental, celui des cathédrales
gothiques, une calamité s'abat sur la ville et le comté avec l'hérésie cathare.
Cette interprétation intégriste de l'Evangile, qui rejette le plaisir charnel et tous
les agréments de l'existence, suscite contre elle la prédication de Saint Dominique de
Guzman. Celle-ci se révélant insuffisante, le pape Innocent III appelle les chrétiens
à une Croisade.
Cette Croisade des Albigeois va exciter la haine et la
cupidité des barons. Après plusieurs décennies de ravages et de malheurs en tous
genres, le dernier comte de la dynastie de Saint-Gilles, Raimon VII, donne sa fille et
héritière, Jeanne, en mariage à Alphonse, frère du roi de France. Le Midi toulousain
perd définitivement son indépendance.
Il nous reste de cette période l'église conventuelle des Jacobins, destinée à la
prédication des Dominicains. Cet exceptionnel ensemble architectural gothique est
célèbre pour ses deux nefs séparées par une rangée de «palmiers» en
pierre.
Pays de cocagne
Près d'un siècle après ces mauvais souvenirs, l'ancienne capitale des Wisigoths et des
comtes de Saint-Gilles retrouve son antique prospérité.
C'est ainsi que le 3 mai 1324, des troubadours se livrent à une joute poétique.
Renouvelée d'année en année, la compétition va donner naissance aux Jeux Floraux, première académie littéraire du monde.
Au plus fort de la guerre de Cent Ans, quand le «petit roi de Bourges», Charles
VII, est chassé de Paris et rejeté par sa famille et les grands féodaux du nord, les
états généraux du Midi, autour de Toulouse, lui renouvellent leur confiance, attestant
ainsi de leur ralliement durable au royaume capétien.
Toulouse devient peu après la capitale du gouvernement du Languedoc et se dote d'un
Parlement.
Aux XIVe et XVIe siècles, le renouveau économique et le développement de l'industrie
textile entraînent en Europe une forte demande de... pastel. Il s'agit d'une teinture
bleue tirée d'une fleur du même nom.
La région toulousaine va devenir la zone de production privilégiée du pastel en Europe,
accédant à une prospérité sans égale pour l'époque.
Les bourgeois toulousains enrichis dans la culture et le commerce du pastel
se font construire de splendides hôtels particuliers dans la brique rose du pays.
L'hôtel d'Assézat, en style Renaissance, est le témoignage le plus accompli de cette
époque.
C'est ainsi que la Toulouse de la Renaissance serait à l'origine d'une expression
appelée à un grand succès: «pays de cocagne», synonyme
de pays riche et heureux (d'après certains philologues, le mot cocagne viendrait
de coque, nom donné à la boule de pastel prête à la commercialisation).
Cette prospérité quelque peu insolente prend fin à la fin du XVIe siècle avec le
déclin du pastel, que concurrence l'importation de l'indigo.
Un mathématicien
de génie
Le 17 août 1601, à Beaumont-de-Lomagne, à l'ouest
de la cité rose, naît celui qui deviendra le plus illustre
des Toulousains, Pierre Fermat (il sera à 30 ans anobli
et joindra la particule de à son nom).

En marge de sa carrière dans la magistrature municipale,
Pierre de Fermat va donner toute sa mesure dans les mathématiques,
en étudiant la théorie des nombres et la géométrie (problèmes
de tangentes).
Cet immense savant est l'inventeur d'un célèbre théorème
selon lequel xn+yn=zn
n'a pas de solution entière (sauf zéro) pour n>2
(en d'autres termes, selon la formulation de Pierre de
Fermat, il est impossible de construire un cube dont le
volume soit égal à la somme des volumes de deux autres
cubes). La démonstration a été formulée par le Britannique
Andrew Wiles en... 1993.
Pierre de Fermat souffrira cependant jusqu'à sa
mort, le 12 janvier 1665 à Castres, des médisances
de son rival, René Descartes. Sa notoriété en sera durablement
ternie.
Le 30 octobre 1632, le maréchal-duc Henri II de Montmorency, homme de guerre prestigieux devenu gouverneur
du Languedoc, est décapité dans la cour d'honneur du Capitole.
Le condamné qui était un filleul du roi Henri IV et l'un des plus brillants
représentants de la Cour, avait comploté contre le puissant cardinal de Richelieu à
l'instigation de Gaston d'Orléans, le frère de Louis XIII.
Ses troupes avaient été vaincues à Castelnaudary et lui-même avait reçu à
cette occasion pas moins de 18 blessures.
Sa condamnation à mort indigne les souverains étrangers ainsi que les Toulousains
et l'on doit fermer les portes du Capitole pour empêcher ces derniers d'entraver le
travail du bourreau.
Au temps de Louis XIV et de son ministre Colbert, un dynamique entrepreneur de Béziers,
Pierre-Paul Riquet, lance l'idée d'un canal entre la Méditerranée et l'Atlantique. Le
canal du Midi est construit entre 1667 et 1681.
Aujourd'hui, cette voie d'eau à petit gabarit contribue à l'agrément et à la
beauté du paysage mais ne sert plus guère au transport de marchandises.
Sous le règne de Louis XV, Toulouse se dote de splendides monuments à la gloire du
pouvoir, comme beaucoup d'autres capitales de province (Bordeaux, Rennes, Nancy,...).
C'est ainsi qu'est reconstruit en 1750 le Capitole, siège de l'actuelle mairie. Sur la
façade classique, huit colonnes en marbre rose représentent les huit capitouls.
L'architecte Cammas conserve néanmoins la cour intérieure et la tour des Archives,
surnommée le «Donjon», qui remontent l'une et l'autre à la Renaissance.
Le Vert-Galant au Capitole
La
cour intérieure du Capitole de Toulouse s'orne d'une statue
du roi Henri IV avec ces mots latins:
Hunc vivum amplexa est gens tota
Hunc flevit ademptum
Posteritasque pio semper amore colet
La nation toute entière a aimé ce vivant
Elle l'a pleuré lorsqu'il a été enlevé par la mort
Et la postérité l'honorera toujours d'un amour
sacré
Hic Themis dat jura civibus
Apollo flores
camoenis Minerva palmas artibus
Ici Thémis [déesse de la justice] donne les droits
aux citoyens
Apollon [dieu de la beauté] les fleurs
Minerve [déesse des arts] aide les arts et la poésie
La
récente rénovation de cet ensemble architectural en fait l'un des plus beaux de France.
Le «siècle des Lumières» est à
Toulouse marqué par l'affaire Calas, du nom d'un
négociant protestant injustement condamné à mort pour le meurtre de son fils. Voltaire
va obtenir sa réhabilitation au terme d'un combat épique. Il tirera de son expérience
des écrits lumineux sur la tolérance et la justice.
Toulouse et sa région vont connaître un net déclin politique, démographique et
économique au XIXe siècle.
Après la Première Guerre Mondiale, la Ville Rose entrera dans la révolution
industrielle avec l'implantation d'usines de munitions loin de la frontière allemande et
d'une usine d'engrais azotés, la plus importante d'Europe (l'actuelle AZF!).
Cité de l'espace
La clé du renouveau tiendra surtout à l'aéronautique.
Un brillant citoyen de la ville voisine de Muret, Clément
Ader, a mis au point le premier avion (l'invention du mot lui revient), un
engin en forme de chauve-souris à bord duquel il s'est envolé le 9 octobre 1890.
Plus tard, entre les deux guerres mondiales, le développement des premières lignes
commerciales aériennes entre l'Europe et l'Amérique du sud suscite la création d'une
entreprise presitigieuse, l'Aéropostale. Des pilotes de légende vont s'illustrer
dans cette compagnie.
Les chevaliers
du ciel
Dans les années 1920, à Toulouse, les
Lignes Latécoère exploitent par-dessus les Pyrénées les premières lignes aériennes
commerciales, pour le transport du courrier. A leur tête, un entrepreneur inspiré,
Didier Daurat. Parmi les pilotes, des jeunes hommes comme Jean Mermoz.
Celui-ci, né le 9 décembre 1901 à Aubenton (Aisne), devient immensément célèbre
l'année suivante après sa capture par les Maures suite à un atterrissage forcé dans le
désert au cours d'un vol Casablanca-Dakar.
En avril 1927, la Compagnie Générale Aéropostale succède aux Lignes Latécoère. Les
10 et 11 octobre 1925, Jean Mermoz et Elisée Négrin effectuent le raid sans escale
Toulouse-Saint-Louis-du-Sénégal.
Un peu plus tard, l'Aéropostale réussit à organiser des vols de nuit entre Toulouse et
Buenos-Aires. C'est l'époque glorieuse des chevaliers du ciel: Mermoz, Guillaumet,
Saint-Exupéry, Vanier, Vachet,...
L'Aéropostale est mise en liquidation judiciaire le 31 mars 1931 et le 30 août 1933
naît la compagnie Air France suite au regroupement de diverses compagnies dont
l'Aéropostale.
C'est à
Clément Ader, Latécoère et aux pilotes de l'Aéropostale que Toulouse doit
aujourd'hui sa place de capitale européenne de l'industriel aérospatiale.
(1) Jean
Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Âge, Seuil, 1975 [retour]
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