| Ce jour-là...
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Le 15 janvier
1208, le légat du pape, Pierre de Castelnau, est assassiné sur une route du Languedoc
par un écuyer du comte de Toulouse Raimon VI.
Le légat venait d'excommunier Raimon VI en raison de son excessive sollicitude pour les
cathares (du mot grec katharos qui signifie pur) (1).
Une hérésie enracinée
dans le Midi
Depuis un demi-siècle, ces hérétiques originaires de l'Italie du nord recueillaient un
succès croissant dans le Midi toulousain en raison de leur doctrine simple et exigeante,
fondée sur l'opposition entre le Bien et le Mal.
Elle s'inspirait de l'enseignement d'un prêtre perse du nom de Manès qui avait vécu
mille ans tôt (d'où le nom de manichéisme donné aux différentes doctrines
issues de sa pensée).
Les cathares considéraient que l'Église officielle avait trahi sa mission dès le
pontificat de Sylvestre 1er, sous le règne de l'empereur Constantin le Grand, 900 ans
plus tôt!
Ils se revendiquaient eux-mêmes chrétiens mais prétendaient que Jésus Christ
était un ange et non pas Dieu fait homme. Ils tenaient pour indigne de considérer que
Dieu pût subir le supplice de la croix.
Ils ne reconnaissaient qu'un seul sacrement, le «consolamentum», qui effaçait
toutes les fautes passées et garantissait la vie éternelle. Les fidèles d'un naturel
peu religieux faisaient en sorte de l'obtenir seulement dès qu'ils sentaient venir
la mort.
Les prédicateurs cathares du Midi étaient servis par l'image déplorable que donnait du
catholicisme le clergé local. Prélats et curés se vautraient volontiers dans la luxure
mais ne s'en montraient pas exigeants à l'égard de leurs ouailles en termes de morale.
Au contraire, les Bonshommes (appellation usuelle des prédicateurs cathares)
affichaient une austérité irréprochable, empreinte de douceur et de sérénité mais
témoignaient d'une grande compréhension envers les écarts de conduite de leurs
fidèles.
Contre eux, saint Bernard de Clairvaux, conseiller des rois et prédicateur de la
deuxième croisade en Terre sainte, avait tenté sans succès de réveiller les
consciences catholiques. Lui-même s'était plaint d'avoir trouvé des églises
désertées par les fidèles.
Le vigoureux moine est relayé à partir de 1206 par l'évêque Diego d'Osma, en Castille,
et par son chanoine, Dominique de Guzman (ou de Caleruega).
Le futur saint Dominique donne l'exemple de la pauvreté évangélique. Comme les
Bonshommes parcourt pieds nus les campagnes. Il fonde une communauté de frères
prêcheurs, dont les membres sont aujourd'hui connus sous le nom de dominicains. Mais ses
prédications se révèlent malgré tout impuissantes à éradiquer l'hérésie.
Croisade et ruine
du Midi
Le pape Innocent III décide en désespoir de cause de
recourir à la force. Par l'intermédiaire de son légat, il tente de convaincre le comte
Raimon VI de prendre la tête d'une croisade.
Mais le comte de Toulouse, qui descend du fameux Raimon IV de Saint-Gilles, chef de la
première croisade en Terre sainte, refuse net de
combattre ses propres sujets. Dispute, excommunication, départ du légat et de son
escorte. Assassinat.
Ce drame de trop entraîne le pape à lancer l'appel à la croisade sans oublier de
canoniser son légat. C'est la première fois qu'une croisade est officiellement dirigée
contre des gens qui se réclament du Christ. Mais cet aspect ne gêne pas les
contemporains tant il est vrai que l'hérésie cathare ne saurait être tolérée.
Cette première expédition débute par le sac de Béziers et le massacre de sa
population, le 22 juillet 1209.
(1) Sur la
croisade des Albigeois, on peut lire avec profit l'ouvrage régulièrement réédité de
Zoé Oldenbourg, Le bûcher de Montségur, ou plus simplement le petit essai
complet et didactique de Jacques Madaule, Le drame albigeois et l'unité française, Gallimard, 1973 [retour]
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