5 octobre 1465

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Le Christ bénissant, par Duccio di Buoninsegna (Italie 1255-1318), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Fin de la «Ligue du Bien public»

Le 5 octobre 1465, les grands seigneurs du royaume concluent la paix avec le roi Louis XI à Saint-Maur, une paroisse proche de Paris.

Quelques jours plus tôt, non loin de là, sur les terres de Conflans, au confluent de la Marne et de la Seine (aujourd'hui sur la commune de Charenton-le-Pont), le roi avait rencontré son principal rival, Charles le Téméraire, comte de Charolais, seigneur de Conflans et futur duc de Bourgogne, en vue de préparer ladite paix.

Prince indigne

Louis XI avait accédé au trône quatre ans plus tôt, à l'âge de 38 ans, après avoir lui-même beaucoup combattu son père Charles VII.

Il n'avait pas craint de le trahir au profit du riche et puissant duc de Bourgogne, le grand duc d'Occident Philippe le Bon.

À son avènement, de façon fort peu royale, il se venge des serviteurs de son père qui l'avaient combattu pour le bien de l'État.

Le chancelier Guillaume Jouvenel des Ursins, ancêtre du sociologue Bertrand de Jouvenel, figure parmi ces fidèles serviteurs de Charles VII qui seront un temps embastillés. Dunois, le vainqueur de Castillon, est écarté du Conseil du roi.

À l'opposé, les grands seigneurs qui avaient été écartés par Charles VII reviennent en grâce, à l'exemple de Jean V d'Armagnac ou du duc d'Alençon.

 < Le roi LouisXI en son Conseil >Le roi, heureusement, revient vite à plus de bon sens et restaure les meilleurs conseillers dans leurs fonctions. Il en recrute de nouveaux dans la bourgeoisie.

Le plus célèbre est son barbier Olivier le Daim, conseiller occulte et exécuteur des basses oeuvres, que l'on voit dans le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.

Dans son souci de remettre de l'ordre dans le royaume, Louis XI ne tarde pas à se faire de nombreux ennemis. Le clergé lui reproche son indépendance vis-à-vis du Saint-Siège romain. Il lui reproche aussi de lui faire payer des impôts comme tout un chacun.

Le roi multiplie les vexations à l'égard de la noblesse, jusqu'à priver certains seigneurs de leur pension ou limiter leur droit de chasse.

Il cherche noise au duc de Bretagne François II, auquel il reproche un excès d'indépendance. Il intrigue aussi contre le duc de Bourgogne, son ancien protecteur, en vue de prendre les villes de la Somme et d'imposer son autorité à Liège.

Haines féodales

Les féodaux reprochent à Louis XI de les dépouiller de leurs fiefs, de réduire leurs pensions, de leur imposer des mariages à son avantage et de gouverner avec des bourgeois. Ils n'ont pas de mal à trouver des alliés parmi les plus grands seigneurs du royaume, les ducs de Bourgogne, de Bretagne et de Bourbon, le comte de Charolais, fils du duc de Bourgogne, et même Dunois.  

Ils forment ce qu'ils appellent improprement une «Ligue du Bien public» et prétendent dans un manifeste remédier au «desordonné et piteulx gouvernement».

En entrant en guerre contre le roi, la coalition projette d'installer à sa place un régent à sa dévotion qui ne serait autre que l'inconsistant «Monsieur Charles», duc de Berry (18 ans) et frère de Louis XI.

Louis XI, qui bénéficie du soutien efficace de Gaston de Foix, dispose d'une armée de 30.000 hommes. Dès le début des hostilités, en mars 1465, il marche contre le Bourbonnais, au centre du pays.

Puis il entame une course vers la capitale avec les Bretons de François II et les Bourguignons, que commande Charles le Téméraire, fils du duc Philippe le Bon.

Le choc se produit à Montlhéry, au sud de Paris, le 16 juillet 1465. Le résultat de la bataille est indécis et permet à chacun de s'attribuer la victoire. Louis XI profite de la confusion pour s'esquiver. Il s'empresse d'entrer à Paris et d'y affermir son autorité.

Les combattants des deux bords ne savent trop comment en finir. Louis XI feint de s'incliner et, par la paix de Saint-Maur, cède aux revendications des princes. La plupart reçoivent de nouvelles pensions. Le comte de Charolais acquiert les villes de la Somme cependant que le duc de Bretagne est confirmé dans ses privilèges.

Le roi, que d'aucuns surnomment «l'universelle aragne», eu égard à sa ruse, n'aura de cesse de rabaisser les anciens ligueurs en cajolant les uns et en combattant les autres, non sans en passer par de grandes frayeurs comme à Péronne, lors d'une entrevue dramatique avec le duc de Bourgogne.

Reste que le peuple devra supporter de nouveaux impôts en sus des violences des bandes armées. Triste conséquence du «Bien public».

Un marieur sans scrupule

Le roi Louis XI n'hésite pas à mettre le mariage au service de sa politique. C'est ainsi qu'un mois après la naissance de sa fille Jeanne, il apprend que l'enfant est boîteuse et décide sur le champ de la marier à son lointain cousin Louis d'Orléans, fils du poète Charles d'Orléans, dans le but avoué que le mariage reste stérile et que s'éteigne cette branche capétienne rivale de la sienne!

Rien, dans cette histoire nauséeuse, ne se passera comme prévu... Le mariage se fera. Louis deviendra roi sous le nom de Louis XII à la mort de son cousin Charles VIII, fils et successeur de Louis XI. Il répudiera alors Jeanne la Boîteuse pour épouser la veuve de Charles VIII, la duchesse Anne de Bretagne.

Mais ce deuxième mariage ne lui donnera que des filles et c'est son gendre, François d'Angoulême, qui lui succèdera sous le nom de François 1er. À noter que la pauvre Jeanne, répudiée, se retirera à Bourges où elle vivra dans la sainteté et fondera un ordre religieux. Elle sera béatifiée en 1950. 

Quoique retors et bigot jusqu'à la superstition, Louis XI mérite de figurer dans l'Histoire de France comme l'un des principaux acteurs de l'unification du royaume et de sa centralisation administrative.

 

Mise à jour le 23 février 2003