9 octobre 1934

Voir le jour précédentavant aprèsVoir le jour suivant
Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Le roi de Yougoslavie est assassiné à Marseille

Le roi Alexandre 1er de Yougoslavie est assassiné à Marseille, le 9 octobre 1934, par des terroristes croates.

Le ministre français des Affaires étrangères, Louis Barthou, qui était venu accueillir le roi à la descente du bateau, est mortellement blessé dans l'attentat.

Le drame révèle la faiblesse des États issus de la décomposition de l'Autriche-Hongrie et de l'empire turc.

La Yougoslavie, ou «Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes», est née en 1918 du rattachement à la Serbie de différents peuples slaves de l'Europe du sud qui avaient toujours vécu en paix les uns avec les autres mais sans jamais cohabiter dans le même Etat.

Le nouvel Etat absorbe aussi des minorités non-slaves: Albanais, Hongrois, Allemands, Grecs,...

Au sein de la fédération, les Serbes et leur roi revendiquent un rôle moteur du fait de leur contribution à la destruction de l'Autriche-Hongrie et à la formation de la Yougoslavie.

Les Croates et les Slovènes ne l'entendent pas de cette oreille. Attachés à la civilisation danubienne et baroque de la «Mitteleuropa», plus développés et plus ouverts sur l'Occident que leurs voisins serbes, ils tiennent à leur autonomie, voire à leur indépendance.

C'est ainsi qu'un certain Ante Pavelic fonde en 1929 un mouvement terroriste croate, les Oustachis (les Insurgés en serbo-croate). Il se donne pour objectif de lutter contre l'hégémonie serbe et le pouvoir dictatorial du roi. Ce mouvement est à l'origine de l'attentat meurtrier de Marseille.

Les Oustachis et leur chef se déshonoreront en 1941 en collaborant avec Hitler et l'occupant allemand.

Après la seconde guerre mondiale, la Yougoslavie ne survivra que grâce à la poigne de Josip Broz Tito, le leader communiste yougoslave (un croato-slovène!).

Après sa mort, le 4 mai 1980, les Serbes redonneront vie à leurs revendications hégémoniques. On sait ce qu'il en coûtera de guerres et de violences.

Les Croates et les Slovènes s'émanciperont en 1992 au terme d'une guerre terrible. La Bosnie et le Kossovo tenteront avec plus de difficulté d'échapper à la mainmise serbe. Le petit Monténégro, qui tire fierté d'avoir toujours été libre ou insoumis, sera aussi tenté par l'indépendance.

Depuis les élections présidentielles du 24 septembre 2000 qui ont consacré à Belgrade l'échec du président serbe Milosevic, il semblerait que la Serbie ait enfin l'espoir de renouer avec ses traditions humanistes qui lui valaient au XIXe siècle l'admiration de l'Europe.

Echec de la sécurité collective


L'attentat contre le roi Alexandre 1er et la mort de Louis Barthou portent un coup grave au système de sécurité collective en Europe consécutif au traité de Versailles.

Arrivée au gouvernement après les émeutes du 6 février 1934, Louis Barthou s'inquiétait de la prise de pouvoir par Hitler en Allemagne et tentait un rapprochement entre la France et les petits États d'Europe centrale en vue de brider l'Allemagne hitlérienne.

Il avait déjà rendu visite au roi Carol de Roumanie. L'invitation lancée au roi de Yougoslavie lui coûtera la vie.

Pierre Laval, qui succède à Louis Barthou aux Affaires étrangères, reprend à son compte l'idée d'une sécurité collective face à l'Allemagne.

Il se rend à Rome auprès de Mussolini, puis à Moscou auprès de Staline.

Mais l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste ruinera ses efforts. Les Français rejetteront toute idée d'alliance avec le dictateur Mussolini, entraînant celui-ci à se rapprocher de Hitler.

 

Mise à jour le 23 février 2003