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L'affaire
Stavisky
Le 9 janvier 1934, les Français apprennent la mort par
balle du financier Alexandre Stavisky (48 ans). La police a retrouvé son cadavre dans un
chalet de Chamonix.
L'homme était recherché
suite à un détournement de fonds au Crédit municipal de Bayonne.
Sa mort est apparemment consécutive à un suicide mais l'opinion publique soupçonne
aussitôt des hommes politiques d'avoir fait assassiner l'escroc pour l'empêcher de
dénoncer ses complices.
Le scandale Stavisky est peu de chose comparé à celui de Panama
ou à ceux des vingt dernières années (écoutes téléphoniques, Crédit Lyonnais,
Elf,...).
Il ne met en cause ni un président de la République, ni même un quelconque ministre
mais seulement une demi-douzaine de politiciens de second rang qui se sont compromis avec
Stavisky dans le trafic d'influence. Son retentissement n'en est pas moins immense.
Désenchantement
C'est qu'après les «Années Folles» qui ont suivi l'hécatombe de
1914-1918, la France est affectée par une crise à la fois économique et politique.
Elle compte pas moins de 340.000 chômeurs, conséquence de la crise mondiale déclenchée
par le krach boursier de Wall Street en 1929. Les
discours bellicistes de Hitler, au pouvoir en Allemagne depuis l'année précédente,
aggravent les inquiétudes de chacun.
La mort de Stavisky met à jour les rancoeurs vis-à-vis des nouveaux
riches au luxe flamboyant.
Les xénophobes s'en prennent à une politique de naturalisation trop laxiste (Stavisky
est un juif d'origine russe).
L'Action française royaliste, les ligues populistes de droite et les communistes
dénoncent à l'envi la décadence de la IIIe République.
L'indignation populaire entraîne la chute du gouvernement radical-socialiste. Édouard
Daladier remplace Camille Chautemps à la présidence du Conseil. Il destitue aussitôt le
préfet de police Chiappe, suspect de sympathie avec les ligues de droite.
Le 6 février 1934, Édouard Daladier présente à l'Assemblée nationale son nouveau
gouvernement. Dans le même temps, une manifestation est organisée à Paris, place de la
Concorde, à l'appel des ligues, de l'association d'anciens combattants Les Croix de
Feu ainsi que de mouvements communistes, sur le thème: «A bas les voleurs!»
La manifestation dégénère. La police tire. Seize manifestants et un policier sont
tués. On compte un millier de blessés.
Trois jours plus tard, une contre-manifestation dégénère à son tour et fait 9 morts.
Édouard Daladier doit céder la place à Gaston Doumergue à la tête du gouvernement.
Non sans mauvaise foi, la gauche parlementaire dénonce dans la manifestation du 6
février une tentative de coup d'État fasciste. Elle appelle au rassemblement des forces
progressistes.
Par ricochet, l'affaire Stavisky va ainsi contribuer à la victoire du Front Populaire de
Léon Blum aux élections législatives de 1936.
A l'opposé du spectre politique, les déceptions des royalistes de l'Action Françaises
et des ligueurs suscitent le développement d'une association secrète anti-républicaine,
connue sous le nom de Cagoule.
La Cagoule, Pétain et la gueuse
La Cagoule est le
surnom journalistique du CSAR (Comité secret d'action révolutionnaire), une association
secrète d'anciens royalistes et de ligueurs d'extrême-droite. Elle se montre très
active à partir de 1935 et de l'ascension du Front Populaire, sous la direction du
polytechnicien Eugène Deloncle.
La Cagoule se propose
de renverser la République (qualifiée avec mépris de «gueuse») en fomentant
une révolution par le haut.
Bénéficiant de l'aide
financière de plusieurs industriels comme Louis Renault et Eugène Schueller, fondateur
de L'Oréal, la Cagoule projette d'installer à la tête de l'État... le
maréchal Philippe Pétain (le héros de Verdun est dans
les années 1930 le Français le plus populaire).
Sous l'occupation allemande, ses
membres rejoindront qui la Résistance qui la Collaboration.
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