Jeudi noir
à Wall Street
La Bourse de Wall Street, à New York, se souvient du jeudi 24
octobre 1929 comme d'un «Jeudi noir» (Black Thursday en anglais).
Deux jours plus tôt, un très illustre économiste, Irving Fisher, affirme dans le New
York Times que «le cours des actions est encore trop bas».
Mais après dix-huit mois de hausse frénétique, les spéculateurs cessent quant à eux
de croire à une augmentation indéfinie des valeurs. C'est à qui vendra au plus vite ses
actions.
2,6 millions d'actions sont échangées en une seule séance, pour 4
milliards de dollars de l'époque.
Le soutien des banques limite à 2% la chute des cours. Mais dans les jours suivants, la
chute se poursuit jusqu'à atteindre 30%.
Le krach se confirme le 29 octobre, le «Mardi noir», avec une chute de 43
points de l'indice des valeurs boursières (ce que l'on appellerait aujourd'hui le CAC40).
Le monde occidental entre dans la plus grave crise économique de son Histoire.
Incrédulité des experts
Aucun spécialiste, pourtant, n’imagine encore que la crise de confiance boursière
va entraîner une baisse de 54% de la production industrielle en trois ans.
Le président américain Herbert Clark Hoover persiste à dire que «la prospérité
est au coin de la rue» et les experts démontrent qu'un effondrement des valeurs
boursières ne peut pas affecter «l'économie réelle».
Enchaînement fatal
Les uns et les autres oublient que les Américains ont beaucoup emprunté pour spéculer
à la Bourse en comptant sur une hausse indéfinie des valeurs pour rembourser leurs
dettes. Avec la chute des cours, des centaines de milliers de ménages se retrouvent
ruinés et insolvables.
Les banques auxquelles ils ont emprunté se déclarent en faillite. Les commerces et les
entreprises sont à leur tour affectés par la ruine des banques et des consommateurs.
C'est le début de la Grande Crise de 1929.
Tandis que la production industrielle s'effondre de plus de moitié en trois ans, les prix
baissent de moitié ou de deux tiers. Les petits fermiers sont jetés sur les routes selon
l'illustration qu'en a fait l'écrivain John Steinbeck dans son roman «Les raisins de
la colère».
Le chômage urbain flambe. On compte treize millions de chômeurs aux États-Unis en 1933.
En l'absence de cotisations sociales, une grande partie d'entre eux doit s'en remettre à
la charité publique. Le cinéaste Charlie Chaplin témoigne de ce drame à travers les
péripéties de «Charlot».
La dévaluation du dollar, le 19 avril 1932, permet à l'économie américaine de
retrouver un peu de vigueur. Mais ce nouvel élan est brisé net par la politique
interventionniste du nouveau président, Franklin Delanoo Roosevelt, comme le montre
l'économiste Alfred Sauvy. Ce n'est qu'en 1936 que les États-Unis verront enfin le bout
du tunnel.
Le reste du monde est affecté par ricochets. Des pays comme le Brésil ou l'Argentine
voient la montée de partis populistes et autoritaires. En Allemagne, le chômage qui
frappe les classes moyennes favorise la remontée électorale du parti nazi. Son leader, Adolf Hitler, voyait son étoile pâlir en 1929. Trois ans
plus tard, il accède au pouvoir.
En France, où le protectionnisme est de mise, la crise ne se manifeste qu'en 1932. Elle
est aggravée par les mesures du Front populaire et ne prendra véritablement fin qu'avec
la seconde guerre mondiale.
Origines de la Grande Crise
La Crise de 1929 tire ses origines lointaines de la Grande Guerre de 14-18.
Au sortir du conflit, la Grande-Bretagne a souhaité restaurer les signes monétaires de
sa splendeur d'antan en oubliant que ses ressources et sa puissance réelles étaient
très diminuées.
C'est ainsi qu'elle a décidé d'instaurer le Gold Exchange Standard, qui fait de
la livre une monnaie de réserve à l'égal de l'or et du dollar.
Pour justifier cette prétention, le gouvernement britannique doit attirer des capitaux de
partout et pour cela, il offre des emprunts à des taux d'intérêt plus élevés qu'aux
États-Unis et ailleurs.
Il s'ensuit que les Américains bénéficient chez eux de taux d'intérêt relativement
plus bas qu'à Londres et ils en profitent pour emprunter et investir à la Bourse. Cette
arrivée massive d'argent frais à Wall Street à partir de 1924 est à l'origine de la
hausse rapide autant qu'irrationnelle du cours des actions.
Le chancelier de l'Échiquier, c'est-à-dire le ministre de l'Économie du gouvernement de
Londres, encourage cette désastreuse fuite des capitaux.
Il impose en 1925 une réévaluation de la livre qui permet aux détenteurs de
la devise britannique d'échanger celle-ci contre un plus grand nombre de dollars. Ce
ministre en partie responsable de la Grande Crise n'est autre qu'un certain Winston Churchill.
Bibliographie
Il existe une abondante bibliographie sur la Grande Crise. Je recommande entre autres la
lecture de la volumineuse «Histoire économique de la France entre les deux guerres»
par Alfred Sauvy (trois tomes aux éditions Économica).
Cet ouvrage centré sur la France est d'une
lecture facile malgré sa taille et donne un aperçu iconoclaste et très concret sur les
réalités sociales et politiques de l'époque.