24 octobre 1929

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Les baladins, par Pablo Picasso (Espagne et France 1881-1973), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Jeudi noir à Wall Street

La Bourse de Wall Street, à New York, se souvient du jeudi 24 octobre 1929 comme d'un «Jeudi noir» (Black Thursday en anglais).

Deux jours plus tôt, un très illustre économiste, Irving Fisher, affirme dans le New York Times que «le cours des actions est encore trop bas».

Mais après dix-huit mois de hausse frénétique, les spéculateurs cessent quant à eux de croire à une augmentation indéfinie des valeurs. C'est à qui vendra au plus vite ses actions.

La foule des curieux devant Wall Street; au  fond, des ambulances attendent d'hypothétiques suicidés2,6 millions d'actions sont échangées en une seule séance, pour 4 milliards de dollars de l'époque.

Le soutien des banques limite à 2% la chute des cours. Mais dans les jours suivants, la chute se poursuit jusqu'à atteindre 30%.

Le krach se confirme le 29 octobre, le «Mardi noir», avec une chute de 43 points de l'indice des valeurs boursières (ce que l'on appellerait aujourd'hui le CAC40). Le monde occidental entre dans la plus grave crise économique de son Histoire.

Incrédulité des experts


Aucun spécialiste, pourtant, n’imagine encore que la crise de confiance boursière va entraîner une baisse de 54% de la production industrielle en trois ans.

Le président américain Herbert Clark Hoover persiste à dire que «la prospérité est au coin de la rue» et les experts démontrent qu'un effondrement des valeurs boursières ne peut pas affecter «l'économie réelle».

Enchaînement fatal


Les uns et les autres oublient que les Américains ont beaucoup emprunté pour spéculer à la Bourse en comptant sur une hausse indéfinie des valeurs pour rembourser leurs dettes. Avec la chute des cours, des centaines de milliers de ménages se retrouvent ruinés et insolvables.

Les banques auxquelles ils ont emprunté se déclarent en faillite. Les commerces et les entreprises sont à leur tour affectés par la ruine des banques et des consommateurs. C'est le début de la Grande Crise de 1929.

Tandis que la production industrielle s'effondre de plus de moitié en trois ans, les prix baissent de moitié ou de deux tiers. Les petits fermiers sont jetés sur les routes selon l'illustration qu'en a fait l'écrivain John Steinbeck dans son roman «Les raisins de la colère».

Le chômage urbain flambe. On compte treize millions de chômeurs aux États-Unis en 1933. En l'absence de cotisations sociales, une grande partie d'entre eux doit s'en remettre à la charité publique. Le cinéaste Charlie Chaplin témoigne de ce drame à travers les péripéties de «Charlot».

La dévaluation du dollar, le 19 avril 1932, permet à l'économie américaine de retrouver un peu de vigueur. Mais ce nouvel élan est brisé net par la politique interventionniste du nouveau président, Franklin Delanoo Roosevelt, comme le montre l'économiste Alfred Sauvy. Ce n'est qu'en 1936 que les États-Unis verront enfin le bout du tunnel.

Le reste du monde est affecté par ricochets. Des pays comme le Brésil ou l'Argentine voient la montée de partis populistes et autoritaires. En Allemagne, le chômage qui frappe les classes moyennes favorise la remontée électorale du parti nazi. Son leader, Adolf Hitler, voyait son étoile pâlir en 1929. Trois ans plus tard, il accède au pouvoir.

En France, où le protectionnisme est de mise, la crise ne se manifeste qu'en 1932. Elle est aggravée par les mesures du Front populaire et ne prendra véritablement fin qu'avec la seconde guerre mondiale.

Origines de la Grande Crise

La Crise de 1929 tire ses origines lointaines de la Grande Guerre de 14-18.

Au sortir du conflit, la Grande-Bretagne a souhaité restaurer les signes monétaires de sa splendeur d'antan en oubliant que ses ressources et sa puissance réelles étaient très diminuées.

C'est ainsi qu'elle a décidé d'instaurer le Gold Exchange Standard, qui fait de la livre une monnaie de réserve à l'égal de l'or et du dollar.

Pour justifier cette prétention, le gouvernement britannique doit attirer des capitaux de partout et pour cela, il offre des emprunts à des taux d'intérêt plus élevés qu'aux États-Unis et ailleurs.

Il s'ensuit que les Américains bénéficient chez eux de taux d'intérêt relativement plus bas qu'à Londres et ils en profitent pour emprunter et investir à la Bourse. Cette arrivée massive d'argent frais à Wall Street à partir de 1924 est à l'origine de la hausse rapide autant qu'irrationnelle du cours des actions.

Le chancelier de l'Échiquier, c'est-à-dire le ministre de l'Économie du gouvernement de Londres, encourage cette désastreuse fuite des capitaux.

Il impose en 1925 une réévaluation de la livre qui permet aux détenteurs de la devise britannique d'échanger celle-ci contre un plus grand nombre de dollars. Ce ministre en partie responsable de la Grande Crise n'est autre qu'un certain Winston Churchill.

Bibliographie

Il existe une abondante bibliographie sur la Grande Crise. Je recommande entre autres la lecture de la volumineuse «Histoire économique de la France entre les deux guerres» par Alfred Sauvy (trois tomes aux éditions Économica).

Cet ouvrage centré sur la France est d'une lecture facile malgré sa taille et donne un aperçu iconoclaste et très concret sur les réalités sociales et politiques de l'époque.

 

Mise à jour le 22 février 2003