Déclaration
de Balfour
Le 2 novembre 1917, en pleine guerre mondiale, le ministre
britannique des Affaires étrangères, le comte de Balfour, publie une lettre
où il indique que son gouvernement est disposé à créer en Palestine un «foyer
national juif».
Cette lettre ouverte, adressée au baron de Rothschild, a été en fait rédigée en
étroite concertation avec ce dernier.
Le banquier préside aux destinées du «sionisme», un mouvement politique et
religieux né au XIXe siècle à l'initiative de différents rabbins.
Il prône le retour des juifs à Sion, c'est-à-dire en Palestine, alors possession du
sultan d'Istanbul. Certains rabbins assurent que ce retour est un préalable à
l'accomplissement des promesses divines et à l'arrivée sur terre du Messie.
Le sionisme reçoit une impulsion décisive avec l'engagement du journaliste autrichien
Theodor Herzl, choqué par la vague d'antisémitisme qui a balayé la France, «pays
des droits de l'Homme», au moment de l'affaire Dreyfus.
Dans les vingt ans qui précédent la première guerre mondiale, quelques colonies
agricoles sont fondées en Palestine avec le concours financier des Rothschild. La
population juive passe de 50.000 à 85.000 personnes, soit 12% de la population totale de
la province.
Le sionisme dans la guerre
Au début du conflit, les juifs combattent loyalement dans les armées de leur pays
respectif. Toutefois, aux États-Unis, pays neutre, les juifs ne cachent pas leur
sympathie pour les puissances centrales, l'Allemagne et l'Autriche, plus tolérantes que
la Russie et même la France.
A mesure que l'Europe s'enfonce dans la guerre, chaque camp tente de rallier un maximum de
soutiens, au prix parfois de tractations secrètes que la morale réprouve. Il en va ainsi
du traité de Londres avec l'Italie.
En 1916, les Français et les Anglais concluent les accords secrets Sykes-Picot, du nom de
leurs signataires, en vue de se partager les futures dépouilles de l'empire turc, allié
des puissances centrales, notamment la Syrie, la Palestine et l'Irak.
Dans le même temps, les Britanniques n'ont pas de scrupule à promettre au chérif
Hussein qui gouverne La Mecque tous les territoires arabes sous occupation turque,... y
compris Palestine et Syrie. Le colonel T.E. Lawrence, animé par son amour de l'Orient
arabe, fait son possible pour mettre en oeuvre cette promesse. Il y gagnera le surnom de Lawrence
d'Arabie.
Le summum de l'hypocrisie est atteint avec la déclaration Balfour destinée à rallier
les communautés juives en leur promettant de façon vague, non pas un Etat mais un «foyer
national juif» en Palestine.
Six semaines après, le 9 décembre 1917, le général britannique Robert Allenby entre à
Jérusalem sans coup férir. Son armée, venue d'Egypte, compte trois bataillons juifs.
C'en est donc fini de cinq siècles de domination musulmane sur la Ville Sainte, arabe
puis turque.
Avec la fin de la guerre, les Alliés ont comme prévu le plus grand mal à réaliser
leurs promesses.
Fayçal, fils du défunt chérif de La Mecque et compagnon d'armes de T.E.
Lawrence, ne voit pas d'inconvénient à une cohabitation avec les colons juifs. Il signe
dans ce sens un accord avec le représentant des sionistes, Chaïm Weizmann, le 3 janvier
1919 à Paris.
Mais il exige en parallèle que soit reconnue sa souveraineté sur le monde arabe. Ce ne
sera pas le cas. La France le chasse de Syrie et il doit se contenter du trône d'Irak,
sous la tutelle britannique.
Les Arabes commencent dès lors de s'en prendre aux implantations juives. Le conflit ne
semble pas près de cesser 80 ans après.
Le texte de la déclaration
Voici la déclaration d'intentions adressée par le comte Arthur de Balfour, ministre des
Affaires étrangères dans le gouvernement de Lloyd George, à lord Rothschild,
vice-président du Board of Jewish Deputies:
«Cher Lord Rothschild,
«J'ai le grand plaisir de vous adresser, de la part du
gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante, en sympathie avec les aspirations
juives sionistes; cette déclaration a été soumise au Cabinet et approuvée par lui.
«Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement
l'établissement en Palestine d'un Foyer national pour le peuple juif, et il emploiera
tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu
que rien ne sera fait qui porte atteinte aux droits civils et religieux des communautés
non juives de Palestine ainsi qu'aux droits et au statut politique dont les Juifs
jouissent dans les autres pays.»
Bibliographie
Le texte ci-dessus est emprunté à l'ouvrage de Josy Eisenberg: «Une histoire des
Juifs» (Le Livre de poche, 1970). Une excellente entrée dans l'histoire du
judaïsme.