La Bohème
meurt à la Montagne Blanche
Le 8 novembre 1620, une armée de mercenaires met en déroute les
protestants de Bohème. Ces derniers s'étaient révoltés
contre l'empereur d'Allemagne, qui voulait attenter à leur liberté de conscience.
Le chef des Impériaux, le comte wallon Jean de Tilly, liquide l'affaire en deux heures
sur une hauteur des environs de Prague appelée Montagne Blanche (Bila Hora en
tchèque).
Après la bataille, l'empereur Ferdinand II de Habsbourg exerce une féroce répression
contre ses sujets protestants de Bohème.
Le 21 juin 1621, plusieurs dizaines d'insurgés sont décapités à Prague. La noblesse
tchèque est chassée et remplacée par de petits nobles catholiques de souche allemande.
L'Université est livrée aux Jésuites et aux germanophones.
Une nouvelle Constitution rattache la Bohème aux États héréditaires de la famille des
Habsbourg.
C'en est fini de l'autonomie de ce royaume à population majoritairement slave enclavé au
cœur de l'Empire germanique, où il joua souvent un rôle culturel et politique de
premier plan.
Mais c'est seulement le début d'une guerre entre protestants et catholiques qui gagnera
l'Allemagne du nord.
Cette terrible guerre de Trente Ans se soldera par
une diminution de moitié de la population allemande et ruinera pour deux siècles la
puissance politique de l'Allemagne.
Origines de la Bohème
Au VIe siècle, les Tchèques, un peuple de langue slave, s'installent dans une plaine
qu'avaient délaissée ses précédents occupants, les Marcomans, une tribu de langue
germanique.
À cette région entourée de chaînes montagneuses sur ses quatre côtés, les nouveaux
arrivants donnent un nom inspiré de celui de très anciens habitants, les Celtes Boïens.
C'est ainsi que naît la Bohème.
Elle fusionne d'abord avec le royaume voisin de Grande Moravie, également peuplé de
Tchèques, avant de devenir un duché autonome et prospère sous la dynastie des
Prémyslides, à l'intérieur du Saint Empire.
En 1198, Ottokar 1er prend le titre de roi. Le royaume étend ses frontières mais s'ouvre
aussi à de nombreux immigrants de langue allemande qui vont faire de Prague un haut lieu
de la culture germanique.
Après l'extinction de la dynastie nationale des Prémyslides, en 1306, le trône revient
par le hasard des alliances matrimoniales à la maison de Luxembourg.
Le roi Jean de Luxembourg, élevé en Lorraine et de culture française, marie sa fille,
Bonne, au roi de France Jean II le Bon. Bien qu'aveugle, il meurt à 50 ans à Crécy, en bataillant les armes à la main contre les
Anglais, en 1346. En son souvenir, le drapeau tchèque flotte toujours sur le site de la
bataille, près de Boulogne-sur-Mer.
Son fils, Charles IV, élu empereur d'Allemagne, porte Prague à son apogée. Il laisse
son nom au magnifique pont Charles qui relie le château royal, le «Hradschin»,
à la ville par-dessus la Moldau (en tchèque, Vlatva). De nouvelles alliances
matrimoniales entraînent la Bohême dans l'orbite des Habsbourg d'Autriche.