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De désastre en désastre
Le 24 mai 1337, Philippe VI de Valois, pour des raisons obscures, saisit Bordeaux et la
Guyenne, qui sont des possessions anglaises. Édouard III se venge en dénonçant
publiquement les conditions de l'élection de Philippe VI. C'est le début de l'escalade
qui va mettre aux prises les armées des deux royaumes.
Le roi d’Angleterre Édouard III a d’abord l’avantage
sur son cousin et rival, Philippe VI. La flotte française est
battue à l’Écluse, près de Dunkerque, et l'armée française
est écrasée à Crécy-en-Ponthieu, non loin
d'Amiens, le 26 août 1346.
Les premières bombardes apparaissent lors de cette bataille mémorable mais ces pièces
d’artillerie rudimentaires, qui tirent de grosses pierres, font plus de peur que de
mal aux ennemis.
Un an plus tard, l'Anglais s'empare de Calais
après un siège harassant de plusieurs mois et l'humiliante reddition
de six bourgeois, la corde au cou, devant le roi et la reine.
La ville restera aux Anglais pendant deux siècles.
Édouard III laisse bientôt à son fils, le Prince Noir, le soin de poursuivre les
opérations militaires sur le continent. Le Prince Noir multiplie les grandes chevauchées
à travers le royaume de France. Et comme si ce malheur ne suffisait pas, les paysans et
les bourgeois doivent, comme dans la plupart des autres régions d’Europe, supporter
la Peste Noire.
Le terrible virus s’est installé en Europe à la faveur de l’accostage
d’une nef en provenance d’Asie dans les ports de Marseille et de Gênes en 1347.
Il va tuer, dans certaines régions, jusqu’à 40% de la population totale.
À Poitiers, en 1356, le roi Jean II le Bon et son fils
Philippe le Hardi, futur duc de Bourgogne, se rendent au Prince Noir et ne sont plus tard
libérés qu’en échange d’une rançon faramineuse de 3 millions d’écus.
La rançon est en partie payée grâce à la création d'une nouvelle monnaie, le franc, mais elle ne servira en définitive qu’à
aggraver les misères du peuple. En effet, à peine libéré, le roi considère que son
honneur de chevalier lui impose de retourner en Angleterre pour remplacer son fils Louis
d’Anjou qui devait y rester comme otage et avait préféré s’évader.
Le Dauphin Charles, héritier et régent du royaume de France en l’absence
de son imbécile de père, doit lutter contre les Anglais mais aussi contre son
beau-frère, le roi de Navarre, et contre ses frères qui
ont bénéficié de vastes apanages de la part de leur père et désirent
s’émanciper de la couronne tout en abaissant celle-ci.
Le duc de Bourgogne Philippe le Hardi et ses héritiers, Jean sans Peur, Philippe le Bon
et Charles le Téméraire, constituent la plus grave menace pour la monarchie des Valois.
Le Dauphin doit surmonter également une crise sociale gravissime, marquée par le
soulèvement des bourgeois de Paris sous la conduite du prévôt des marchands, Etienne
Marcel, allié aux gens du roi de Navarre. Il est enfin contraint de conclure avec les
Anglais la paix de Brétigny. Ce traité désastreux dépouille les Valois de la moitié
de leurs possessions.
Après la mort de Jean II, en 1364, il faut toute l’habileté de Charles V le Sage et
la hardiesse de Bertrand Du Guesclin, son futur connétable, pour restaurer peu à peu le royaume dans son intégrité. En
1380, la disparition successive de Du Guesclin et Charles V laissent la France dans un
état relativement serein et le conflit entre les monarchies anglaise et française
pourrait s’arrêter là.
Mais le nouveau roi, Charles VI, n’a que 12 ans et il doit laisser le gouvernement à
un Conseil de régence animé par ses puissants oncles. Les finances du royaume sont alors
pressurées. Le règne de Charles VI est ponctué par les plus graves révoltes sociales
qu’ait jamais connu le pays, des Jacqueries paysannes
aux soulèvement des Maillotins et des Cabochiens
parisiens.
Les autres régions d’Europe occidentale, de l’Angleterre à la Bohème, donnent
lieu à de semblables tensions. Le dépeuplement consécutif à la Grande Peste et aux
guerres rend crucial le manque de main-d’œuvre dans les campagnes et les
villages, ce qui encourage les travailleurs de la terre et les artisans des villes à
multiplier les revendications sociales.
En marge des révoltes spectaculaires et des troubles politiques, cette époque tragique
se solde par une augmentation des salaires et des revenus, ainsi que par un renforcement
des droits des travailleurs.
Le servage disparaît dans presque toute l’étendue du continent, les seigneurs
s’efforçant de retenir la main-d’œuvre paysanne sur leurs terres en
offrant de meilleures garanties que précédemment. De la même façon, les seigneurs
multiplient les franchises communales pour encourager l’activité artisanale et le
commerce sur leurs terres.
A sa majorité, le roi Charles VI tente de chasser ses oncles et rappelle les anciens
conseillers de son père, les «marmousets». Mais bientôt frappé de folie, il
doit une nouvelle fois abandonné le pouvoir à un Conseil présidé par sa femme, Isabeau
de Bavière, et constitué de ses oncles et de son frère Louis d’Orléans.
L’Angleterre profite de cette situation de guerre civile pour reprendre pied sur le
continent. En 1415, la bataille d’Azincourt, suivie
du traité de Troyes, permet de réunir les couronnes de France et d’Angleterre sur
la tête de l’héritier anglais.
Le Dauphin Charles, fils du malheureux Charles VI le Fou, dépossédé de ses droits par
sa propre mère, tente de résister à partir de sa résidence de Bourges, en
s’appuyant sur ses sujets du sud de la Loire.
La France réconciliée
Le «petit roi de Bourges» allait renoncer à ses droits quand survient… Jeanne d’Arc. Orléans est délivré et le Dauphin
couronné roi à Reims selon le rituel des Capétiens. La chance sourit de nouveau aux
Valois.
Après l’exécution de Jeanne d’Arc, le roi Charles VII poursuit la
contre-offensive contre les Anglais. Il est bien servi par le «Grand Argentier»
Jacques Cœur, qui restaure ses finances, et par les frères Jean et Gaspard Bureau,
qui réorganisent son armée et constituent pour la première fois une artillerie
puissante et relativement efficace.
En 1450, près de vingt ans après la mort de Jeanne d’Arc, Charles VII remporte la
victoire de Formigny sur les Anglais. L’ost royal commandée par le comte de
Penthièvre descend la vallée de la Dordogne. Bergerac est conquise le 10 octobre 1450.
Bordeaux se rend enfin aux Français par le traité du 12 juin 1451. Les Anglais sont
alors chassés de tout le continent à l’exception de Calais. La Guerre de Cent Ans
pourrait s’arrêter là.
Mais à Bordeaux et dans l’Aquitaine, les sujets de Charles VII regrettent très vite
les Anglais qui ménageaient leurs droits communaux et leur autonomie. Ils rappellent les
Anglais mais leur corps expéditionnaire est bientôt battu à Castillon, sur les bords de la Dordogne, le 17 juillet 1453.
Survenant quelques semaines après la chute de Constantinople aux mains des Turcs, la
bataille de Castillon passe presque inaperçue des contemporains. Elle n’en marque
pas moins l’Histoire militaire par le triomphe de l’artillerie. Les Anglais sont
obligés de rembarquer. Empêtrés dans un conflit dynastique, la guerre des Deux-Roses,
ils renonçent à jamais à l’Aquitaine et aux possessions continentales de
l’ancienne dynastie des Plantagenêt.
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