7 octobre 1337

La guerre de Cent Ans

Ce jour-là...

Les grandes étapes de la guerre de Cent Ans:

7 octobre 1337: début des hostilités

26 août 1346: bataille de Crécy

3 août 1347: capitulation de Calais

19 septembre 1356: bataille de Poitiers

22 février 1358: la révolution manquée d'Étienne Marcel

21 mai 1358: les paysans se révoltent contre la noblesse

16 mai 1364: Du Guesclin bat le Mauvais à Cocherel

3 janvier 1383: la révolte fiscale des Maillotins

23 novembre 1407: meurtre de Louis d'Orléans à Paris

25 octobre 1415: bataille d'Azincourt

10 septembre 1419: meurtre de Jean sans Peur à Montereau

21 mai 1420: traité de Troyes

25 février 1429: Jeanne d'Arc rencontre le Dauphin à Chinon

8 mai 1429: prise d'Orléans par Jeanne d'Arc

30 mai 1431: Jeanne d'Arc brûlée vive à Rouen

17 juillet 1453: bataille de Castillon et fin de la guerre de Cent Ans
 

Le 7 octobre 1337, à l'abbaye de Westminster, le roi Édouard III d'Angleterre lance publiquement un défi à son cousin, le roi de France. Il conteste la légitimité de Philippe VI de Valois et revendique la couronne de France pour lui-même.

C'est le début d'un conflit à multiples rebondissements, entrecoupé de longues trêves, que l'Histoire retiendra sous le nom de guerre de Cent Ans.

La guerre de Cent Ans va frapper de plein fouet la France médiévale à un moment où celle-ci est au sommet de sa gloire. Le pays a connu aux XIIe et XIIIe siècles une longue période de prospérité économique, de croissance démographique, de création artistique et d’expansion territoriale. Il est ainsi devenu la principale puissance d’Europe.

Mais les premiers signes d’épuisement, liés à la surpopulation des campagnes et au déclin économique, se manifestent sous les règnes de Philippe IV le Bel et de ses trois fils. La contestable élection de Philippe VI de Valois au trône va entraîner le royaume vers sa ruine.

La France et l'Occident sortiront bouleversés de la guerre de Cent Ans. Une nouvelle classe d'artisans, de marchands et de paysans libres prendra son essor tandis que s'éteindra la vieille chevalerie de tradition féodale.

Une succession contestable


En 1328, le roi de France Charles IV, troisième et dernier fils de Philippe le Bel, meurt sans postérité mâle comme ses frères aînés.

Les Grands du royaume attribuent la couronne à Philippe de Valois, le futur Philippe VI, dont le père, Charles de Valois, était le frère cadet de Philippe le Bel. Aux yeux des féodaux et des juristes qui les assistent, l'impétrant a pour principal avantage de n'être pas anglais!

Beaucoup plus tard, des juristes tenteront de justifier cette élection en invoquant une prétendue loi salique, qui remonterait aux Francs Saliens de la tribu de Clovis et interdirait aux femmes le droit de régner et aussi de transmettre la couronne.

Sur le moment, Édouard III, roi d’Angleterre, accepte à contrecœur d'être exclu de la succession. Ses droits, pourtant, ne sont pas minces car il descend en ligne directe de Philippe le Bel par sa mère, Isabelle, sœur des précédents rois.

Une autre lignée est de la même façon éloignée du trône. Il s'agit de la dynastie de Navarre. Par le mariage de Philippe le Bel avec Jeanne de Navarre, la couronne de Navarre était échue aux Capétiens. Elle était passée à leur fils, le roi Louis X le Hutin, puis à la fille de celui-ci, Jeanne.

Jeanne épouse le comte d'Évreux, Philippe. A la mort de celui-ci, en 1349, leur fils devient roi de Navarre sous le nom de Charles II, dit le Mauvais. Ce puissant seigneur descend donc en ligne directe de Saint Louis et de Philippe III.

Ses droits à la couronne apparaissent aussi importants que ceux de Philippe VI de Valois ou du roi d’Angleterre Édouard III. Profitant des troubles et de la détresse du royaume, il n'aura de cesse de comploter contre les Valois, en s'alliant à l'occasion avec le roi d'Angleterre ou les marchands de Paris.
 

EdouardIIIhommage.jpg (55887 octets)



Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le 6 juin 1329, dans la cathédrale d'Amiens, le roi d'Angleterre rend l'hommage féodal à Philippe VI pour la Guyenne, qu'il tient du roi de France.

 
De désastre en désastre


Le 24 mai 1337, Philippe VI de Valois, pour des raisons obscures, saisit Bordeaux et la Guyenne, qui sont des possessions anglaises. Édouard III se venge en dénonçant publiquement les conditions de l'élection de Philippe VI. C'est le début de l'escalade qui va mettre aux prises les armées des deux royaumes.

Le roi d’Angleterre Édouard III a d’abord l’avantage sur son cousin et rival, Philippe VI. La flotte française est battue à l’Écluse, près de Dunkerque, et l'armée française est écrasée à Crécy-en-Ponthieu, non loin d'Amiens, le 26 août 1346.

Les premières bombardes apparaissent lors de cette bataille mémorable mais ces pièces d’artillerie rudimentaires, qui tirent de grosses pierres, font plus de peur que de mal aux ennemis.

Un an plus tard, l'Anglais s'empare de Calais après un siège harassant de plusieurs mois et l'humiliante reddition de six bourgeois, la corde au cou, devant le roi et la reine. La ville restera aux Anglais pendant deux siècles.

Édouard III laisse bientôt à son fils, le Prince Noir, le soin de poursuivre les opérations militaires sur le continent. Le Prince Noir multiplie les grandes chevauchées à travers le royaume de France. Et comme si ce malheur ne suffisait pas, les paysans et les bourgeois doivent, comme dans la plupart des autres régions d’Europe, supporter la Peste Noire. 

Le terrible virus s’est installé en Europe à la faveur de l’accostage d’une nef en provenance d’Asie dans les ports de Marseille et de Gênes en 1347. Il va tuer, dans certaines régions, jusqu’à 40% de la population totale.

À Poitiers, en 1356, le roi Jean II le Bon et son fils Philippe le Hardi, futur duc de Bourgogne, se rendent au Prince Noir et ne sont plus tard libérés qu’en échange d’une rançon faramineuse de 3 millions d’écus.

La rançon est en partie payée grâce à la création d'une nouvelle monnaie, le franc, mais elle ne servira en définitive qu’à aggraver les misères du peuple. En effet, à peine libéré, le roi considère que son honneur de chevalier lui impose de retourner en Angleterre pour remplacer son fils Louis d’Anjou qui devait y rester comme otage et avait préféré s’évader.

Le Dauphin Charles, héritier et régent du royaume de France en l’absence de son imbécile de père, doit lutter contre les Anglais mais aussi contre son beau-frère, le roi de Navarre, et contre ses frères qui ont bénéficié de vastes apanages de la part de leur père et désirent s’émanciper de la couronne tout en abaissant celle-ci.

Le duc de Bourgogne Philippe le Hardi et ses héritiers, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire, constituent la plus grave menace pour la monarchie des Valois.

Le Dauphin doit surmonter également une crise sociale gravissime, marquée par le soulèvement des bourgeois de Paris sous la conduite du prévôt des marchands, Etienne Marcel, allié aux gens du roi de Navarre. Il est enfin contraint de conclure avec les Anglais la paix de Brétigny. Ce traité désastreux dépouille les Valois de la moitié de leurs possessions.

Après la mort de Jean II, en 1364, il faut toute l’habileté de Charles V le Sage et la hardiesse de Bertrand Du Guesclin, son futur connétable, pour restaurer peu à peu le royaume dans son intégrité. En 1380, la disparition successive de Du Guesclin et Charles V laissent la France dans un état relativement serein et le conflit entre les monarchies anglaise et française pourrait s’arrêter là.

Mais le nouveau roi, Charles VI, n’a que 12 ans et il doit laisser le gouvernement à un Conseil de régence animé par ses puissants oncles. Les finances du royaume sont alors pressurées. Le règne de Charles VI est ponctué par les plus graves révoltes sociales qu’ait jamais connu le pays, des Jacqueries paysannes aux soulèvement des Maillotins et des Cabochiens parisiens.

Les autres régions d’Europe occidentale, de l’Angleterre à la Bohème, donnent lieu à de semblables tensions. Le dépeuplement consécutif à la Grande Peste et aux guerres rend crucial le manque de main-d’œuvre dans les campagnes et les villages, ce qui encourage les travailleurs de la terre et les artisans des villes à multiplier les revendications sociales.

En marge des révoltes spectaculaires et des troubles politiques, cette époque tragique se solde par une augmentation des salaires et des revenus, ainsi que par un renforcement des droits des travailleurs.

Le servage disparaît dans presque toute l’étendue du continent, les seigneurs s’efforçant de retenir la main-d’œuvre paysanne sur leurs terres en offrant de meilleures garanties que précédemment. De la même façon, les seigneurs multiplient les franchises communales pour encourager l’activité artisanale et le commerce sur leurs terres.

A sa majorité, le roi Charles VI tente de chasser ses oncles et rappelle les anciens conseillers de son père, les «marmousets». Mais bientôt frappé de folie, il doit une nouvelle fois abandonné le pouvoir à un Conseil présidé par sa femme, Isabeau de Bavière, et constitué de ses oncles et de son frère Louis d’Orléans.

L’Angleterre profite de cette situation de guerre civile pour reprendre pied sur le continent. En 1415, la bataille d’Azincourt, suivie du traité de Troyes, permet de réunir les couronnes de France et d’Angleterre sur la tête de l’héritier anglais.

Le Dauphin Charles, fils du malheureux Charles VI le Fou, dépossédé de ses droits par sa propre mère, tente de résister à partir de sa résidence de Bourges, en s’appuyant sur ses sujets du sud de la Loire.

La France réconciliée


Le «petit roi de Bourges» allait renoncer à ses droits quand survient… Jeanne d’Arc. Orléans est délivré et le Dauphin couronné roi à Reims selon le rituel des Capétiens. La chance sourit de nouveau aux Valois.

Après l’exécution de Jeanne d’Arc, le roi Charles VII poursuit la contre-offensive contre les Anglais. Il est bien servi par le «Grand Argentier» Jacques Cœur, qui restaure ses finances, et par les frères Jean et Gaspard Bureau, qui réorganisent son armée et constituent pour la première fois une artillerie puissante et relativement efficace.

En 1450, près de vingt ans après la mort de Jeanne d’Arc, Charles VII remporte la victoire de Formigny sur les Anglais. L’ost royal commandée par le comte de Penthièvre descend la vallée de la Dordogne. Bergerac est conquise le 10 octobre 1450.

Bordeaux se rend enfin aux Français par le traité du 12 juin 1451. Les Anglais sont alors chassés de tout le continent à l’exception de Calais. La Guerre de Cent Ans pourrait s’arrêter là.

Mais à Bordeaux et dans l’Aquitaine, les sujets de Charles VII regrettent très vite les Anglais qui ménageaient leurs droits communaux et leur autonomie. Ils rappellent les Anglais mais leur corps expéditionnaire est bientôt battu à Castillon, sur les bords de la Dordogne, le 17 juillet 1453.

Survenant quelques semaines après la chute de Constantinople aux mains des Turcs, la bataille de Castillon passe presque inaperçue des contemporains. Elle n’en marque pas moins l’Histoire militaire par le triomphe de l’artillerie. Les Anglais sont obligés de rembarquer. Empêtrés dans un conflit dynastique, la guerre des Deux-Roses, ils renonçent à jamais à l’Aquitaine et aux possessions continentales de l’ancienne dynastie des Plantagenêt.

 

Mise à jour le 25 février 2003