3 millions d'années avant JC

Découverte de Lucy

Ce jour-là...

Le 30 novembre 1974, les anthropologues Tom Gray, Donald Johanson, Yves Coppens et Maurice Taïeb découvrent 52 restes d'un squelette vieux de 3 millions d'années dans la vallée desséchée de l'Omo, au sud de l'Éthiopie.

 Notre ancêtre Lucy, reconstitution par moulageIl s'agit d'une jeune femme de 1 mètre 10. Les savants la baptisent Lucy d'après… une chanson des Beatles qu’ils écoutaient à leur bivouac: «Lucy in the Sky with Diamonds». Cette circonstance va réveiller l'intérêt du grand public pour la préhistoire.

Lucy et ses congénères appartiennent à l'espèce Australopithecus afarensis, du groupe des Australopithèques (ou «singes du sud», en latin et grec). Il s'agit d'hominidés avec une forte mâchoire et une capacité crânienne faible (moins de 500 cm3).

Le premier Australopithèque a été découvert en 1924 à la pointe de l'Afrique. Il a révélé aux paléonthologues sceptiques que l'humanité était probablement née en Afrique.

Les Australopithèques ne sont plus considérés aujourd'hui par les spécialistes comme nos lointains ancêtres mais plus simplement comme de vieux cousins.

Trésors d'Afrique


Lucy provient du fabuleux gisement anthropologique de la vallée du Rift. Celui-ci a été découvert en 1959 par deux savants kényans d'origine anglaise, Richard et Mary Leakey.

Ils ont mis à jour dans les gorges d'Olduvai des restes humanoïdes accompagnés d'outils en pierre taillée dans un niveau géologique vieux de 1.700.000 années. Cette découverte a permis de repousser de près d'un million d'années la date d'apparition supposée de l'humanité.

La mise à jour de Lucy en 1974 a fait reculer encore plus loin l'origine de l'humanité.

Le roman de l'East Side Story

La vallée du Rift est une grande faille qui traverse l'Afrique orientale du nord au sud.

Dans un essai retentissant qui l'a propulsé au zénith de la popularité médiatique, Le singe, l'Afrique et l'homme (Fayard, 1983), l'anthropologue Yves Coppens y a vu le lieu de naissance de l'humanité.

Il a suggéré que la formation de cette faille, il y a huit millions d'années, aurait entraîné la disparition de la forêt au profit de la savane, du côté le plus sec, à l'Est.

Les primates de la savane auraient pris l'habitude de marcher sur deux pattes pour guetter les prédateurs par-dessus les hautes herbes.

Mieux soutenu, le cerveau de ces singes aurait progressivement gagné en volume et se serait développé jusqu'à atteindre notre capacité crânienne (de l'ordre de 1250 cm3).

Cette «East Side Story» était supposée à l'origine de diverses espèces ou sous-espèces d'hominidés dont l'une, plus ou moins sensée, la nôtre.

Sa pertinence est fortement affectée par les découvertes les plus récentes, à l'ouest du Rift, auprès du lac Tchad.
 

En 1995, une équipe conduite par un anthropologue de Poitiers, Michel Brunet, a découvert une mâchoire aussi ancienne que Lucy au nord du lac Tchad, très à l'ouest du Rift.

La découverte de cet hominidé baptisé Abel a porté un coup à la thèse d'une naissance de l'humanité à l'est de la célèbre faille.

Jamais au bout de leurs peines, les anthropologues ont découvert en 1999, en Afrique australe, quelques restes d'un Australopithèque de plus de 4 millions d'années.

En octobre 2000, une équipe franco-américaine a encore découvert au Kénya la mâchoire et quelques os d'un bipède dans des terrains remontant à... six millions d'années.

Le mystérieux australopithèques auquel auraient appartenu ces ossements serait ainsi deux fois plus vieux que Lucy. Il a été baptisé du nom d'Orrorin («homme originel» en langue locale).

Enfin, le 19 juillet 2001, la mission franco-tchadienne de Michel Brunet a réalisé un nouvel exploit en mettant à jour un crâne vieux de sept millions d'années et quelques autres reste humains en un lieu désertique du Tchad, autrefois baigné par les eaux du lac.

Baptisé Toumaï («espoir de vie» en langue locale), le crâne appartient à un être à la limite entre notre espèce et les autres hominidés. Homme ou gorille? La question reste ouverte dans l'attente d'un fémur qui pourrait démontrer que Toumaï était un bipède, comme Orrorin, Lucy et nous.

Aujourd'hui, il ne reste plus que cinq espèces d'hominidés: le gorille, l'orang outang, le chimpanzé, le bonobo... et l'homme. Elles ont en commun la station debout, une longue période de croissance et la capacité à employer des outils (plus évolués en ce qui nous concerne!).

Nous-mêmes descendons de l'homme de Cro-Magnon, du nom d'une grotte du Périgord.

Un homo sapiens d'une espèce concurrente, l'homme de Neanderthal, du nom d'une vallée alpine, a disparu il y a 100.000 ans de façon encore inexpliquée.

Neanderthal et Cro-Magnon avaient déjà coutume d'enterrer leurs morts, signe d'une croyance en l'au-delà.

Répartition sexuelle des tâches


L'apparition de la station verticale aurait eu une autre conséquence notable sur la répartition des fonctions sociales entre les sexes. Elle aurait entraîné chez nos ancêtres un rétrécissement du bassin et conduit les femelles à accoucher de plus en plus tôt.

En donnant le jour à des bébés de plus en plus immatures, ces femelles auraient été conduites à s'en occuper plus intensément et plus longtemps.

D'où la traditionnelle répartition des tâches: aux hommes la quête de la nourriture, aux femmes les travaux d'éducation, le ménage et la simple cueillette.

Cette thèse a été reprise par Élisabeth Badinter dans son essai L'un est l'autre

Beaucoup plus tard, nos ancêtres ont goûté le bonheur de vivre en communauté. Ils ont construit des villages permanents puis développé l'agriculture et l'élevage.

Bibliographie


Le film La Guerre du Feu de Jean-Jacques Annaud, d'après le roman de Rosny l'Aîné, illustre bien le Paléolithique et la lente humanisation de nos ancêtres. Il faut lire aussi le merveilleux petit livre de l'Anglais Roy Lewis: Pourquoi j'ai mangé mon père (Pocket) pour comprendre les questions qui se posaient à nos très lointains ancêtres.

 

Mise à jour le 24 mai 2003

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