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La doctrine
de Monroe
Le 2 décembre 1823, le président James Monroe énonce la
doctrine qui portera son nom et fixera pour un siècle et demi les fondements de la
diplomatie américaine.
Après la guerre qui les a opposés au Royaume-Uni de 1812 à 1814, les États-Unis se
sont donnés une diplomatie vigoureuse.
Le général américain Andrew Jackson intervient en Floride, une colonie espagnole
livrée à l'anarchie. Les États-Unis acquièrent finalement le territoire en 1819 contre
cinq millions de dollars.
A l'extrême-nord du continent, les Cosaques russes traversent le détroit de Béring et
s'implantent en Alaska, menaçant de la sorte le territoire des États-Unis.
Au sud, les colonies espagnoles se soulèvent contre la métropole. Le roi d'Espagne
appelle à son secours les autres souverains de la Sainte-Alliance.
C'est dans ce contexte qu'est énoncée la doctrine Monroe.
L'Amérique aux
Américains
Le cinquième président des États-Unis, élu en 1816 et réélu en 1820, a été très
influencé par les idées françaises dans le cadre de son ambassade à Paris, de 1794 à
1796.
Confronté au problème noir, il entérine le compromis du
Missouri et prône rien moins que le retour des esclaves en Afrique.
En cette époque qui reste connue aux États-Unis comme l'«ère des bons sentiments»
(era of good feelings), une société charitable met en œuvre ses
préconisations et installe un premier groupe de Noirs sur la côte africaine.
Les émigrants fondent la ville de Monrovia, en l'honneur du Président, et baptisent Libéria leur nouveau pays. Ce sera le premier État
indépendant d'Afrique noire.
Sous l'influence de son secrétaire d'État (le ministre des affaires étrangères), John
Quincy Adams, le Président évolue vers une position neutraliste qui s'affirme avec
éclat dans son message annuel au Congrès, le 2 décembre 1823.
Dans un long discours en apparence décousu, il interpelle directement les puissances
européennes. Il leur déclare:
1) Les États-Unis ayant reconnu l'année précédente l'indépendance des nouvelles
républiques latino-américaines, l'Amérique du nord et l'Amérique du sud ne sont
plus ouvertes à la colonisation européenne.
2) Les États-Unis regarderont toute intervention de leur part dans les affaires du
continent américain comme une menace pour leur sécurité et pour la paix.
3) En contrepartie, les États-Unis n'interviendront jamais dans les affaires
européennes.
La doctrine de Monroe se résume en définitive comme suit: «l'Amérique aux
Américains».
Les puissances de la Sainte-Alliance se le tiennent pour dit et renoncent à leurs projets
d'intervention en Amérique du sud.
L'année suivante, la Russie signe un traité avec les États-Unis par lequel elle
renonce à toute revendication au sud de l'Alaska.
La doctrine de Monroe sera prise en défaut en 1961, lorsque le nouveau maître de Cuba,
Fidel Castro, prendra l'initiative d'un rapprochement avec l'Union Soviétique.
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