|
Lord Elgin
pille le Parthénon
par Gabriel Vital-Durand
«Quod non fecerunt Gothi, hoc fecerunt Scoti»
(Ce que les Goths n'ont pas osé, les
Ecossais l'ont accompli)
Graffiti relevé à Athènes en
1813
Le 26 décembre 1801 commence le démontage du Parthénon et avec lui le plus important
acte de vandalisme commis en temps de paix.
Le responsable est un général et diplomate écossais de 35 ans, Thomas Bruce, septième
comte d'Elgin.
Un premier navire, la frégate britannique Mentor, quitte le port grec du Pirée
pour Londres avec à son bord de nombreux bas-reliefs enlevés au célèbre temple de
l'Acropole.
Le temple d'Athéna
Le Parthénon, construit sous le gouvernement de Périclès, doit son nom à la déesse
éponyme d'Athènes, aussi qualifiée de déesse vierge («parthénos» en grec).
Pillé par l'empereur Justinien pour les besoins de la
basilique Sainte-Sophie, le Parthénon est transformé en église vers 550 et en mosquée
en 1456.
Malgré la destruction des Propylées, sans doute par un tremblement de terre, l'Acropole
et le Parthénon conservent de beaux restes en 1674, comme l'attestent les croquis du
marquis de Nointel, ambassadeur de Louis XIV auprès de la «Sublime Porte» (le
palais du sultan).
Ces croquis qui représentent en particulier les frontons et les métopes
sont aujourd'hui visibles au Louvre. Ils témoignent admirablement de l'état
des lieux avant l'explosion accidentelle de 1687.
Le 26 septembre 1687, tandis que le doge Francesco Morosini met le siège devant
l'Acropole où sont réfugiés des Turcs, un obus vénitien tombe sur le Parthénon qui
abrite un magasin de poudre. Tout le centre du temple s'effondre.
Le pire reste à venir avec le pillage par lord Elgin en 1801.
Triste méfait
Lord Elgin avait été nommé ambassadeur auprès de la Sublime Porte en 1799, à un
moment critique où Aubert-Dubayet, son homologue français, venait de mourir sans
successeur alors que Bonaparte s'était aventuré au Caire
et avait poussé en vain jusqu'en Syrie.
Trahi par son alliée traditionnelle, la France, le sultan Sélim II n'a plus rien à
refuser aux Britanniques. Lord Elgin obtient ainsi un firman du sultan qui
l'autorise à faire arracher les sculptures du fronton, les métopes de l'entablement et
aussi la frise qui courait sur le pourtour du temple du Parthénon.
Les autorités locales d'Athènes s'opposent en vain à cette profanation.
En 1806, le pillage s'étend à une des caryatides de l'Erechtéion et à d'autres
sculptures qui sont chargées sur l'Hydra. En 1817, les dernières pièces du
butin font le voyage de Londres sur le Tagus et le Satellite.
Beaucoup de ces pièces sont perdues au cours du laborieux transfert. Certains marbres se
brisent lors de leur démontage et l'un des navires de transport fait même naufrage. A
Londres, comble de malchance, le distingué pillard n'arrive pas à vendre son trésor.
Finalement, le gouvernement britannique accepte de le racheter en 1816 et l'on peut
aujourd'hui admirer au British Museum les «marbres Elgin», mutilés et
encagés.
Lord Elgin tente de justifier son entreprise en prétendant que Turcs et Grecs étaient
indifférents à la conservation du monument et que les marbres pourraient, à Londres,
inspirer les artistes anglais.
Il finira ses jours dans l'affliction, trahi par son épouse et couvert de dettes.
L'affaire n'est pas sans susciter des critiques acerbes jusqu'au Royaume-Uni et le poète
Byron s'en fait l'écho:
Dull is the eye that will not weep to see
Thy walls defaced, thy mouldering shrines removed
By British hands, which it had best behoved
To guard those relics ne'er to be restored.
Curst be the hour when from their isle they roved,
And once again thy hapless bosom gored,
And snatch'd thy shrinking gods to northern climes abhorred!
Aveugles sont les yeux qui ne versent pas de larmes en voyant, Grèce adorée, tes objets
sacrés pillés par de profanes mains anglaises
Qui ont encore blessé ton sein meurtri et ravi tes dieux,
Des dieux qui haïssent l'abominable climat nordique de l'Angleterre
George Gordon Byron, "Childe
Harold", 1811
Faut-il encore mentionner que le petit-fils du prédateur fut celui-là même qui ordonna
le sac du Palais d'Été de Pékin en 1860?
Avec la pollution du ciel attique, l'Acropole vit peut-être aujourd'hui les plus
pénibles moments d'une vie très agitée.
|