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Le 31 août 1801, le général
Menou, qui commande ce qui reste de l’expédition française
d’Égypte, se rend aux Anglais du général Abbercromby.
Il obtient une capitulation décente aux termes de laquelle le
corps expéditionnaire sera rapatrié par la flotte anglaise.
Menou, atteint de la peste et soigné par Larrey, quittera en
dernier l'Égypte avec sa famille.
Les préliminaires de paix seront signés à Londres le 1er octobre
suivant. Triste fin pour une expédition aventureuse, semée d’échecs
et de tragédies.
Prisonnier
en Égypte
Victorieux des Mamelouks et
régnant au Caire tel un vizir, Bonaparte avait pu croire un
instant au succès de son expédition en Orient.
Las, le contre-amiral britannique Horatio Nelson vient de découvrir
la flotte française au mouillage en rade d'Abou Kir, aux environs
d'Alexandrie.
Il la réduit en miettes après un pilonnage de 15 heures, le
1er août.
L'amiral français Brueys saute avec son navire-amiral l'Orient
(118 canons), Villeneuve s'échappe avec quelques vaisseaux.
Le corps expéditionnaire se trouve ainsi prisonnier de sa conquête...
C’est le moment que choisit le sultan Sélim III pour rejoindre
la deuxième coalition européenne, aux côtés de l’Autriche
et de la Russie, ses ennemis héréditaires!
Au Caire éclate le 21 octobre une révolte contre les Français.
300 morts parmi les occupants, dont le général Dupuy, dix fois
plus parmi les Égyptiens, au terme d'une répression féroce.
Fuite
en avant
Bonaparte n’est pas homme à se décourager. L'inspiration
ne lui fait pas défaut : «Il faut mourir ici, ou en sortir
grands comme les anciens!».
Il rêve de rejoindre les Indes comme Alexandre le Grand et,
en attendant, décide de forcer le passage vers Istamboul et
Ie Bosphore (l’Hellespont des Anciens).
Au début de 1799, sans attendre la chaleur insupportable de
l'été, il fonce avec 15.000 hommes vers la Syrie, enlève El-Arish,
Gaza puis Jaffa, au cœur de la Terre sainte.
Abandonnant son déguisement islamique, il se comporte désormais
en croisé!
Deux émissaires de Bonaparte ayant été décapités par les assiégés
de Jaffa, les troupes françaises se livrent à un carnage lorsqu’elles
entrent enfin dans la ville. 2500 prisonniers turcs sont en
prime fusillés ou embrochés à la baïonnette sur la plage. C’est
la première des nombreuses atrocités qui émailleront la suite
de l’expédition.
Mais à Jaffa, les soldats sont à leur tour frappés par la peste
et l’épidémie ne cessera pas jusqu'à la fin de l’expédition.
Au moment de quitter Jaffa, Bonaparte demande au médecin en
chef Desgenettes de «terminer les souffrances de nos pestiférés
en leur donnant de l’opium», à quoi le médecin s’oppose
avec vigueur au nom de l’éthique médicale.
Après Jaffa, les Français mettent le siège devant Saint-Jean-d’Acre
le 20 mars 1799. La ville est protégée par un rempart solide,
des habitants motivés et une troupe renforcée par l’appui
de l’amiral Smith sur mer et du commandant Phélyppeaux
(un ancien condisciple de Bonaparte à Brienne) sur terre. Le
comte Pozzo di Borgo, un autre ennemi intime de Bonaparte, est
de la partie.
Ahmet Pacha - dit «Djezzar», l’égorgeur - est
déterminé. Les assiégeants n’ont pas d’artillerie
et manquent de munitions. C’est l’échec malgré huit
assauts héroïques d’avril à mai.
Reste l’exploit du général Andoche Junot qui repousse avec
500 hommes seulement plusieurs milliers de soldats turcs venus
à la rescousse. Ces derniers sont définitivement écrasés au
pied du Mont-Thabor par les forces de Kléber et de Bonaparte.
L’heure de la retraite a sonné pour Bonaparte. Il regagne
l’Égypte avec ses troupes, saccageant les villes au passage.
Enfin, le 25 juillet 1799, il repousse près d’Aboukir une
tentative de débarquement turc conduite par le vizir Abou Pacha
et appuyée par les Anglais.
L'air de rien, le plénipotentiaire anglais Sidney Smith amène
à Bonaparte un lot de journaux d'Europe par lesquels le général
apprend que la guerre générale a recommencé et que les armées
françaises partout reculent.
Le 22 août, après une nuit de réflexion, sa décision est prise.
Il confie le commandement de l'expédition d'Orient au général
Kléber et lui-même embarque secrètement sur la Junon
avec ses meilleurs généraux et tout ce qui reste d'argent dans
les caisses.
Demeuré seul, Kléber négocie à El-Arich des conditions d'évacuation
honorables avec l'amiral Smith. Mais la convention est dénoncée
par l'amiral Keith. Kléber, alors, reprend la lutte et remporte
une ultime victoire à Héliopolis, près du Caire, sur les troupes
du grand vizir, le 20 mars 1800.
Il semble enfin en mesure de tenir le pays quand il est assassiné
par un fanatique musulman le 14 juin 1800.
Le même jour, en Italie, à Marengo,
un autre général, Desaix, mourra après avoir livré la victoire
au Premier Consul, Napoléon Bonaparte. Preuve que le génie sans
la chance ne vaut rien.
Le commandement est repris par le général Menou, rival de Kléber
et médiocre stratège. Ce dernier, qui s’est converti à
l’islam et marié à une Égyptienne, se fait appeler Abdallah-Jacques.
Il lui appartiendra de liquider l’expédition d’Égypte.
Épilogue
Avec l’échec de l’expédition d’Orient, la puissance
maritime française se trouve anéantie pour longtemps. Malte
et Minorque sont désormais aux mains des Anglais, eux-mêmes
alliés de Naples et de la «Sublime Porte», le gouvernement
du sultan d'Istamboul.
Ànoter que la sultane Validé, du sérail de Topkapi, a
pour nom de naissance Aimée du Buc de Rivery ; elle n'est autre
qu'une lointaine cousine de Joséphine de Beauharnais, bientôt
impératrice des Français.
Quant au Conseil impérial du tsar Paul Ier de Russie, il a pris
l’incursion française en Orient comme un casus belli, fait
occuper les Iles Ioniennes et formé un corps expéditionnaire
sous le commandement d’un maréchal impétueux, le prince
Souvorov, qui réussit en six mois à bouter les Français hors
d’Italie.
De son côté, loin d’être abattu, Bonaparte, parvient à
Paris en octobre 1799 en même temps que la nouvelle de
son ultime succès à Aboukir. Il pardonne à Joséphine qui s'était
accommodée de son absence dans les bras d'un brave soldat.
Il exécute le coup d'État
du 18 brumaire de l’an VIII (9 novembre 1799). Il organise
la prochaine campagne d’Italie et réussit par des compromis
heureux à rassembler les Français épuisés par dix ans de guerre
intérieure et extérieure.
Le mamelouk Roustan couchera désormais à l’entrée de la
tente du Premier Consul, lequel restera fidèle aux chevaux arabes.
Le chirurgien Larrey et bien des officiers supérieurs qui ont
commencé leur carrière en Égypte (Desaix, Lannes, Murat, Junot,
Marmont) prendront figure de légende.

Quant aux savants d'Égypte, ils s’emploieront
à mettre en valeur les découvertes réalisées dans ce pays mythique...
malgré la perte de la pierre de Rosette confisquée par l’Anglais.
C’est ainsi que Vivant Denon publiera en 1802 un Voyage
dans la haute et basse Egypte, textes et dessins qui fera
référence pour un siècle.
En Égypte même, le prestige des Français sera porté au zénith
par le génie de Champollion et l’œuvre de l'École
du Caire, et aussi en raison du protectorat imposé plus tard
par l'Angleterre.
Bibliographie
On peut lire le petit ouvrage illustré et très didactique de
Laure Murat et Nicolas Weill: L'expédition d'Égypte
(Gallimard Jeunesse).
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