31 août 1801

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

 

L'armée d'Égypte se rend aux Anglais

par Gabriel Vital-Durand

Les grandes batailles de la Révolution et de l'Empire:

20 avril 1792: déclaration de guerre

1ère coalition (1792-1797)

20 septembre 1792: Valmy

6 novembre 1792: Jemmapes

26 juin 1794: Fleurus

21 juillet 1798: Pyramides

2ème coalition (1798-1802)

26 septembre 1799: Zurich

14 juin 1800: Marengo

3 décembre 1800: Hohenlinden

3ème coalition (1805)

15-16 octobre 1805: Ulm

21 octobre 1805: Trafalgar

2 décembre 1805: Austerlitz

4ème coalition (1806-1807)

14 octobre 1806: Iéna et Auerstaedt

8 février 1807: Eylau

7 juillet 1807: traité de Tilsit

5ème coalition (1809)

26 novembre 1812: Bérézina

6ème coalition (1813-1814)

7ème coalition (1815)

18 juin 1815: Waterloo

Etoile

voir aussi Les grandes journées de la Révolution
et
Les guerres de Vendée
 

Le 31 août 1801, le général Menou, qui commande ce qui reste de l’expédition française d’Égypte, se rend aux Anglais du général Abbercromby.

Il obtient une capitulation décente aux termes de laquelle le corps expéditionnaire sera rapatrié par la flotte anglaise. Menou, atteint de la peste et soigné par Larrey, quittera en dernier l'Égypte avec sa famille.

Les préliminaires de paix seront signés à Londres le 1er octobre suivant. Triste fin pour une expédition aventureuse, semée d’échecs et de tragédies.

Prisonnier en Égypte

Victorieux des Mamelouks et régnant au Caire tel un vizir, Bonaparte avait pu croire un instant au succès de son expédition en Orient.

Las, le contre-amiral britannique Horatio Nelson vient de découvrir la flotte française au mouillage en rade d'Abou Kir, aux environs d'Alexandrie.

Il la réduit en miettes après un pilonnage de 15 heures, le 1er août.

L'amiral français Brueys saute avec son navire-amiral l'Orient (118 canons), Villeneuve s'échappe avec quelques vaisseaux. Le corps expéditionnaire se trouve ainsi prisonnier de sa conquête...

C’est le moment que choisit le sultan Sélim III pour rejoindre la deuxième coalition européenne, aux côtés de l’Autriche et de la Russie, ses ennemis héréditaires!

Au Caire éclate le 21 octobre une révolte contre les Français. 300 morts parmi les occupants, dont le général Dupuy, dix fois plus parmi les Égyptiens, au terme d'une répression féroce.

Fuite en avant

Bonaparte n’est pas homme à se décourager. L'inspiration ne lui fait pas défaut : «Il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens!».

Il rêve de rejoindre les Indes comme Alexandre le Grand et, en attendant, décide de forcer le passage vers Istamboul et Ie Bosphore (l’Hellespont des Anciens).

Au début de 1799, sans attendre la chaleur insupportable de l'été, il fonce avec 15.000 hommes vers la Syrie, enlève El-Arish, Gaza puis Jaffa, au cœur de la Terre sainte.

Abandonnant son déguisement islamique, il se comporte désormais en croisé!

Deux émissaires de Bonaparte ayant été décapités par les assiégés de Jaffa, les troupes françaises se livrent à un carnage lorsqu’elles entrent enfin dans la ville. 2500 prisonniers turcs sont en prime fusillés ou embrochés à la baïonnette sur la plage. C’est la première des nombreuses atrocités qui émailleront la suite de l’expédition.

Mais à Jaffa, les soldats sont à leur tour frappés par la peste et l’épidémie ne cessera pas jusqu'à la fin de l’expédition.

Au moment de quitter Jaffa, Bonaparte demande au médecin en chef Desgenettes de «terminer les souffrances de nos pestiférés en leur donnant de l’opium», à quoi le médecin s’oppose avec vigueur au nom de l’éthique médicale.

Après Jaffa, les Français mettent le siège devant Saint-Jean-d’Acre le 20 mars 1799. La ville est protégée par un rempart solide, des habitants motivés et une troupe renforcée par l’appui de l’amiral Smith sur mer et du commandant Phélyppeaux (un ancien condisciple de Bonaparte à Brienne) sur terre. Le comte Pozzo di Borgo, un autre ennemi intime de Bonaparte, est de la partie.

Ahmet Pacha - dit «Djezzar», l’égorgeur - est déterminé. Les assiégeants n’ont pas d’artillerie et manquent de munitions. C’est l’échec malgré huit assauts héroïques d’avril à mai.

Reste l’exploit du général Andoche Junot qui repousse avec 500 hommes seulement plusieurs milliers de soldats turcs venus à la rescousse. Ces derniers sont définitivement écrasés au pied du Mont-Thabor par les forces de Kléber et de Bonaparte.

L’heure de la retraite a sonné pour Bonaparte. Il regagne l’Égypte avec ses troupes, saccageant les villes au passage. Enfin, le 25 juillet 1799, il repousse près d’Aboukir une tentative de débarquement turc conduite par le vizir Abou Pacha et appuyée par les Anglais.

L'air de rien, le plénipotentiaire anglais Sidney Smith amène à Bonaparte un lot de journaux d'Europe par lesquels le général apprend que la guerre générale a recommencé et que les armées françaises partout reculent.

Le 22 août, après une nuit de réflexion, sa décision est prise.

Il confie le commandement de l'expédition d'Orient au général Kléber et lui-même embarque secrètement sur la Junon avec ses meilleurs généraux et tout ce qui reste d'argent dans les caisses.

Demeuré seul, Kléber négocie à El-Arich des conditions d'évacuation honorables avec l'amiral Smith. Mais la convention est dénoncée par l'amiral Keith. Kléber, alors, reprend la lutte et remporte une ultime victoire à Héliopolis, près du Caire, sur les troupes du grand vizir, le 20 mars 1800.

Il semble enfin en mesure de tenir le pays quand il est assassiné par un fanatique musulman le 14 juin 1800.

Le même jour, en Italie, à Marengo, un autre général, Desaix, mourra après avoir livré la victoire au Premier Consul, Napoléon Bonaparte. Preuve que le génie sans la chance ne vaut rien.

Le commandement est repris par le général Menou, rival de Kléber et médiocre stratège. Ce dernier, qui s’est converti à l’islam et marié à une Égyptienne, se fait appeler Abdallah-Jacques. Il lui appartiendra de liquider l’expédition d’Égypte.

Épilogue

Avec l’échec de l’expédition d’Orient, la puissance maritime française se trouve anéantie pour longtemps. Malte et Minorque sont désormais aux mains des Anglais, eux-mêmes alliés de Naples et de la «Sublime Porte», le gouvernement du sultan d'Istamboul.

Ànoter que la sultane Validé, du sérail de Topkapi, a pour nom de naissance Aimée du Buc de Rivery ; elle n'est autre qu'une lointaine cousine de Joséphine de Beauharnais, bientôt impératrice des Français.

Quant au Conseil impérial du tsar Paul Ier de Russie, il a pris l’incursion française en Orient comme un casus belli, fait occuper les Iles Ioniennes et formé un corps expéditionnaire sous le commandement d’un maréchal impétueux, le prince Souvorov, qui réussit en six mois à bouter les Français hors d’Italie.

De son côté, loin d’être abattu, Bonaparte, parvient à Paris en octobre 1799 en même temps que la nouvelle de son ultime succès à Aboukir. Il pardonne à Joséphine qui s'était accommodée de son absence dans les bras d'un brave soldat.

Il exécute le coup d'État du 18 brumaire de l’an VIII (9 novembre 1799). Il organise la prochaine campagne d’Italie et réussit par des compromis heureux à rassembler les Français épuisés par dix ans de guerre intérieure et extérieure.

Le mamelouk Roustan couchera désormais à l’entrée de la tente du Premier Consul, lequel restera fidèle aux chevaux arabes. Le chirurgien Larrey et bien des officiers supérieurs qui ont commencé leur carrière en Égypte (Desaix, Lannes, Murat, Junot, Marmont) prendront figure de légende.



 < La pierre de Rosette permettra à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes >

Quant aux savants d'Égypte, ils s’emploieront à mettre en valeur les découvertes réalisées dans ce pays mythique... malgré la perte de la pierre de Rosette confisquée par l’Anglais. C’est ainsi que Vivant Denon publiera en 1802 un Voyage dans la haute et basse Egypte, textes et dessins qui fera référence pour un siècle.

En Égypte même, le prestige des Français sera porté au zénith par le génie de Champollion et l’œuvre de l'École du Caire, et aussi en raison du protectorat imposé plus tard par l'Angleterre.

Bibliographie

On peut lire le petit ouvrage illustré et très didactique de Laure Murat et Nicolas Weill: L'expédition d'Égypte (Gallimard Jeunesse).

 

Mise à jour le 23 février 2003