Introduction historique du traducteur
Définitivement affaibli par les conséquences de la
bataille de Bouvines (1214), Jean Sans Terre a du
acquiescer aux demandes de ses barons et a permis que des copies de la Grande Charte, écrites à la main (en latin) sur parchemin,
soient préparées, apposées de son sceau, et lues publiquement dans tout le Royaume.
Ainsi il s'engageait non seulement pour lui-même, mais aussi pour ses "héritiers,
pour toujours" d'accorder "à tous les hommes libres de notre Royaume" les
droits et libertés inscrits dans La Grande Charte. Avec La Grande Charte, le Roi Jean
Sans Terre a placé lui-même, les futurs souverains d'Angleterre et les magistrats dans
l'obligation d'obéir à la loi.
Comme l'on pouvait s'y attendre, le texte de La Grande Charte de 1215, contient beaucoup
d'indices qu'elle a été rédigée à la hâte après maintes négociations et, de toute
évidence, par l'implication de plusieurs intervenants. La plupart de ses clauses traitent
de sujets spécifiques et, souvent, traitent de griefs de longue date plutôt que des
principes plus large de la loi. Certains griefs sont évidents par eux même ; d'autres
peuvent seulement être compris dans le contexte de la société féodale de la période.
Pour quelques-unes de ses clauses la signification précise est encore indécise.
Dans une société féodale, les barons du Roi tenaient leurs terres en fief (tenure) du
roi par un serment de loyauté et d'obéissance, et avec l'obligation de lui fournir un
nombre spécifique de chevaliers pour tous services militaires requis par le Roi. Au
début, les barons fournissaient les chevaliers en divisant leurs propriétés (les plus
grandes et les plus importantes des ces divisions étant connus sous le nom d'honneurs) en
plus petites divisions, qui étaient des fief de chevaliers ; ils attribuaient ces
divisions aux locataires, qui étaient capables de servir comme chevaliers. Mais au temps
du règne du Roi Jean Sans Terre, il était devenu plus convenable, facile et habituel
pour l'obligation du service militaire d'être échangé contre un paiement monétaire,
connu sous le nom de "scutage", et les revenus ainsi obtenus servaient à
maintenir les armées salariées.
En plus du service militaire, la coutume féodale permettait au roi d'exiger certaines
autres obligations de ses barons. En temps d'urgence, et pour des occasions spéciales
telles que le mariage de sa fille aînée, il pouvait exiger d'eux un prélèvement
financier, connu sous le nom d'une "aide". Au décès d'un baron, le Roi pouvait
exiger un devoir de succession de l'héritier du baron. S'il n'y avait aucun héritier, ou
si la succession était contestée, les terres du baron pouvaient être reprises ou
confisquées par la Couronne. Si l'héritier était mineur, le roi pouvait prendre la
tutelle de ses propriétés et en retirer tous les profits, jusqu'à la ruine totale des
terres, avant que l'héritier n'atteigne sa majorité. Le roi avait le droit, s'il le
choisissait, de vendre cette tutelle aux enchères, et de vendre l'héritier lui-même en
mariage, pour le prix que la valeur de ses propriétés pouvaient rapporter. Les veuves et
les filles des barons pouvaient aussi être vendues en mariage. Les barons pouvaient
traiter leurs locataires de la même façon.
S'il n'était pas honnêtement administré, les possibilités d'extorsions et d'abus
étaient évidemment nombreuses dans ce système. Ce système avait été le sujet de
plaintes longtemps avant que le Roi Jean Sans Terre n'accède au trône. L'importance de
ces abus étaient aggravée par la difficulté d'en obtenir réparation. La Grande Charte
procure des moyens d'importance majeure pour obtenir une audience juste et équitable, non
seulement pour les plaintes contre le Roi et ses agents, mais aussi contre les châtelains
féodaux d'ordre mineur.
Environ deux tiers des clauses de La Grande Charte de 1215 concernent ce genre de sujets,
ainsi que les abus de pouvoirs des fonctionnaires royaux. Pour ce qui est des autres
sujets : la première clause, concédant la liberté à l'Église et, en particulier,
confirmant son droit d'élire ses propre dignitaires sans interférence royale, reflète
la dispute de Jean Sans Terre avec le Pape au sujet de l'élection de Stephen Langton en
tant qu'archevêque de Canterbury. Ceci n'apparaît pas dans les articles au sujet des
Barons, et ses expressions relativement guindées semblent être, en partie, une tentative
de justifier son inclusion dans la charte. Les clauses qui traitent des forêts royales,
(44, 47, 48) sur lesquelles le Roi avait la juridiction et des pouvoirs spéciaux,
reflètent les inquiétudes et les anxiétés qui étaient survenues à cause de la
tendance des Rois à prolonger les frontières (limites) des forêts, au détriment des
détenteurs de terre, qui en étaient affectés. Celles qui traitent des dettes, (9-1l)
reflètent les problèmes administratifs créés par la pénurie chronique d'argent
liquide parmi les hautes et moyennes classes, et la nécessité d'avoir recours aux
prêteurs d'argent, quand ils en avaient besoin. La clause promettant l'enlèvement des
barrages à poissons (33) était dans l'intention de faciliter la navigation sur les
rivières. Un certain nombre de clauses traitent de circonstances spéciales, entourant la
rédaction de la charte, et sont semblables à celles qui pouvaient être trouvées dans
tout traité de paix. D'autres, tels que celles qui s'adressent à la ville de Londres
(13) et aux marchands, (41) représentent clairement des concessions faites à des
intérêts spéciaux.