« Scène d'Inquisition », de Francisco de Goya y Lucientes

(vers 1813 ; Real Academia de San Fernando, Madrid)

Goya donne à voir non le rituel expiatoire de l'Inquisition, mais le chaos mental dans lequel sont plongées ses proies. Que signifie le port du san benito, représenté par les bonnets et les tuniques frappés d'une croix ? A première vue, une inscription juridique de la condamnation : croix double pour les parjures, drap rouge pour les calomniateurs, feutre jaune pour les libérés provisoires, feutre noir pour les condamnés à mort...
Mais la vision de Goya ouvre un autre niveau de lecture. Il éclaire la double face de l'Inquisition au point de jonction d'une effervescence collective intense et de la pa- nique morale au coeur des accusés. Le rituel est happé par un vertige d'indifférenciation, les signes de l'infamie sont enveloppés d'un nuage de sang et les croix sont je- tées sur des visages hallucinés. Comment mieux dire que ces hommes arrachés à leurs appartenances ne sont plus rien, si ce n'est ce que l'Inquisition fait d'eux : l'effigie d'un tourment nécessaire au tableau de la foi triomphant de ses ennemis. D. S.


Nouvel Observateur - HORS-SERIE n° 40


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