De la  reconnaissance internationale :

 fin d'un système ,  nécessité  urgente  d'un nouveau....

Par W.  ab Aurea Hasta , C.C.S.

Grand Prieur du Temple et de Malte

en charge des questions  internationales

La « décision » du Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française, en date du 13 juin 2000,  de rompre abusivement et fautivement la convention qui liait son institution au GPDG, de ne plus reconnaître le Grand Prieuré des Gaules comme institution maçonnique et de constituer, dès le 19 juin -  en attente de patentes quêtées -  un Directoire national et un Grand Prieuré, calqués à l’identique sur l’organisation  du GPDG,  n’est pas passée inaperçue de ceux qui, aussi bien dans les Obédiences maçonniques françaises et étrangères, que dans les Grands Prieurés  sont, de près ou de loin, en contact avec l’extérieur.

Elle n’est pas passée inaperçue non plus dans les milieux  judiciaires en France…et pour cause !

Elle n’est pas passée inaperçue, surtout,  dans « la famille rectifiée »,  auprès de laquelle nous aurions pu ou dû  trouver un rempart contre l’adversité, pour ne pas dire plus…

Elle n’est pas passée inaperçue, dans ce dernier contexte,  en Suisse,  où le Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie s’est particulièrement distingué par son empressement à préparer, dès avant la Conférence de Stirling, semble-t-il, l’attribution de lettres patentes du Rite Ecossais Rectifié,  tant attendues par elles, aux nouvelles institutions dépendant de la GLNF. La démarche engagée par les dirigeants du Grand Prieuré d’Helvétie à cette fin  est à comparer à celle  de leurs  illustres prédécesseurs, qui avaient  remis à la France, mais cette fois à bon droit ,  et avec quelle  fraternité,  la Patente de 1935 qui a  réveillé définitivement le Rite Ecossais Rectifié en France au sein du Grand Prieuré des Gaules. Selon certaines informations récentes, ces nouvelles  Lettres patentes suisses destinées à la GLNF devaient (ou plutôt, compte tenu des nouvelles circonstances auraient dû) être remises officiellement au cours du mois de mars 2002. 

Les interventions de la GLNF auprès de toutes les  Grandes Loges  du monde entier à la suite de sa « décision » n’ont pas eu dans l’immédiat le résultat qu’elle escomptait, car les Grands Prieurés sont, du moins sur le papier,  indépendants des Grandes Loges et souverains dans leurs décisions ( par la suite la réalité s’est souvent révélée toute autre). Et, de fait, l’ensemble des Grands Prieurés et des Grandes Loges scandinaves présents à la cinquième Conférence mondiale des Grands Maîtres, à Stirling (Ecosse) en août 2000, informés qu’un Médiateur avait été nommé,  ont décidé, à part le Grand Prieuré  de Belgique , d’attendre la décision de justice en France.

Comme on le sait,  du seul fait de la position prise par la GLNF,  la médiation, vouée à l’échec  avant de commencer, a dû être arrêtée.

La justice a donc été saisie sur le fond en ce concerne le différend qui  opposait le GPDG à la GLNF - mais la procédure a subi, comme on pouvait s’y attendre,  des manœuvres dilatoires, diverses et variées .

Ces  manœuvres ont eu leur  importance dans nos rapports internationaux. En effet, certains Grands Prieurés, qui attendaient depuis le mois d’août 2000 un résultat plus rapide, ont jugé qu’ils ne pouvaient différer plus longtemps une décision à l’égard  de la situation  provoquée par la « décision » de la GLNF – laquelle a conduit le GPDG  à abriter, à l’improviste , bon nombre de loges de Saint-Jean du Rite Ecossais Rectifié qui avaient refusé de suivre la GLNF et à les faire administrer provisoirement par son Directoire national.

Par contre, dans le même temps, aucune de  leurs Grandes Loges  respectives n’a élevé la moindre objection contre la constitution par la GLNF d’un système de hauts grades géré quasi directement par elle-même !

Les Grands Prieurés en question  appliquent  le système anglo-saxon de régularité et de reconnaissance mutuelle des Grandes Loges, formalisé en 1929, dont l’un des principes stipule  qu’il ne peut y avoir qu’une Grande Loge  par pays, régissant uniquement  les trois premiers grades de la maçonnerie, y compris l’Arche Royale – principe  qui entraîne implicitement pour les Grands Prieurés correspondants qu’ils ne peuvent recevoir dans les « hauts grades » que des maîtres maçons  issus des Grandes Loges « reconnues » comme « régulières ». 

On peut aisément penser que la conceptualisation de ce principe  par la Grande Loge Unie d’Angleterre s’inscrit dans  sa vision spécifique  de l’existence d’un seul rite par pays.

 Donc, pas de problème dans l’application de ce principe :

sauf pour les Obédiences pratiquant une multiplicité de rites ;

sauf pour celles qui pratiquent des rites comportant six grades ou plus, dont la plupart  remontent à la deuxième moitié du XVIIIe siècle ;

sauf les exceptions consenties aux pays, notamment de langue anglaise,  où il y a au moins autant de Grandes Loges qu’il y a d’Etats (Etats-Unis, Canada, Australie , etc.)  

sauf surtout  lorsqu’une Obédience maçonnique reconnue comme « régulière » détient sur son territoire national un véritable monopole qui peut  aller très loin …et même trop loin. Si elle nourrit une ambition absolument dévorante, elle peut, par exemple,  accaparer tous les rites et tous  les hauts grades, et ainsi dominer tout le paysage maçonnique et chevaleresque d’un pays, sans craindre d’être sanctionnée par les autres Obédiences maçonniques régulières - calculant que  le courage de ces Obédiences  pourrait être défaillant , compte tenu de sa place solidement occupée et de sa puissance mesurée en nombre d’adhérents et en moyens matériels.

Apparemment, ce fut  le cas dans l’affaire  qui nous préoccupe !          

Le système  inventé à l’origine par la Grande Loge Unie d’Angleterre  est donc aujourd’hui totalement dépassé, et fait place progressivement à la reconnaissance de deux, voire trois Grandes Loges par pays – le Brésil en est un exemple récent.

Même dans cette perspective d’évolution, ce système ne tient toujours  pas compte de la structure du Rite Ecossais Rectifié qui, lui, détient sa véritable régularité de son modus operandi  intégrant les six grades du rite – ce qui a toujours été la cause d’une  difficulté  insurmontable pour concorder avec le concept anglo-saxon :

à moins de  concevoir cette structure particulière dans le cadre d’une fédération de rites comme en Allemagne ;

 ou plus simplement de la considérer comme tout à fait « normale », par assimilation directe avec le  Système suédois en onze grades , qui  a les mêmes origine et doctrine que le Rite Ecossais Rectifié.  Or, les Obédiences, à la fois maçonniques et chevaleresques, des pays nordiques sont reconnues sans problème…

La décision de certains  Grands Prieurés de langue anglaise (à quelques notables exceptions près) de ne plus reconnaître le GPDG a été prise, à en croire leurs dirigeants, dans l’angoisse et avec le plus grand regret,  mais par application de règles strictes qui ne leur laissaient pas de possibilité pour le moment d’y déroger ; ils ajoutaient que, si la situation  devait évoluer, ils seraient bien entendu très heureux de reconsidérer leur position…Ils continuaient donc à suivre de très près les événements maçonniques et judiciaires en France :

les mots « événements maçonniques » pouvant correspondre, soit  à  la reconnaissance  d’une autre Grande Loge en France, soit au retour au « statu quo ante » entre le GPDG et la GLNF soit au retrait de la reconnaissance de la GLNF ;

les mots « événements juridiques » pouvant vouloir dire : une décision favorable du Tribunal de Grande Instance de Paris, et ses conséquences.

En ce qui concerne les Grands Prieurés du Rite Ecossais Rectifié - « la famille rectifiée », force est de constater qu’ils furent les tout premiers à retirer leur reconnaissance à l’Institution qui les a fondés.  Certains de ces Grands Prieurés l’ont fait cependant « à titre provisoire » ; d’autres n’ont pas eu la courtoisie d’informer officiellement le GPDG de leur décision…

Au contraire, d’autres Grands Prieurés, non Rectifiés, respectant intégralement l’accord de Stirling, ont maintenu leur reconnaissance au GPDG, acceptant ainsi d’attendre la suite réservée à l’assignation de la GLNF avant de se prononcer.

Des contacts étroits ont été maintenus avec certains autres Grands Prieurés qui avaient subi  quelques vicissitudes ( mais pas pour les mêmes raisons que le GPDG) avec le système désuet de reconnaissance - qui date, répétons-le, de 1929 – pour la simple raison que leur Grande Loge « de tutelle » a perdu la reconnaissance  de certaines (une ou deux)  Grandes Loges « régulières » au profit d’une autre Grande Loge de leur pays.

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Au moment où ces quelques lignes paraissent, la décision du Tribunal de Grande Instance de Paris vient d’être rendue publique.  Il est encore trop  tôt pour en évaluer les conséquences   au plan  international.

Le Tribunal a jugé que la Grande Loge Nationale Française a commis une faute en résiliant le 13 juin 2000 l’ensemble contractuel qui la liait au Grand Prieuré des Gaules–Ordres Unis et l’a condamnée à verser la somme d’un franc à titre d’indemnisation du dommage moral.

Le Tribunal a interdit, par ailleurs, à la Grande Loge Nationale Française, au Directoire National des Loges Ecossaises de France et au Grand Prieuré Régulier de France  la pratique du Rite Ecossais Rectifié, ainsi que toute utilisation des rituels du Rite Ecossais Rectifié, des Hauts Grades du Rite Français, des Ordres Religieux, Militaires et Maçonniques du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem, Palestine, Rhodes et de Malte, déposés  le 19 juillet 2000 et 10 septembre 2001 par le GPDG .

            Le monde maçonnique dit « régulier » ne sort pas grandi de cette affaire !

Que vont faire les Grandes Loges  «  régulières »  à la suite d’une telle décision de Justice en France ?    Que vont faire les Grands Prieurés ?

 Rien peut-être !

            Le monde maçonnique dit « irrégulier »   en est sorti grandi

par la compréhension et l’assistance fraternelles  apportées au GPDG dans ses heures sombres. (Ce qui n’empêchera pas ce monde à subir,  comme la maçonnerie en général, les effets désastreux de l’initiative de la GLNF  qui visait, répétons-le,   purement et simplement  à détruire une autre institution maçonnique en France pour disposer de ses patentes authentiques tant convoitées,  uniquement pour parfaire sa panoplie !)

Le monde maçonnique « irrégulier » (dont un bon nombre d’Obédiences travaillent  plus régulièrement que celles portant ce titre), privé de « reconnaissance », risque de ne pas attendre un changement dans le système  pour rencontrer les autres. Le mouvement  du regroupement européen est lancé et on ne l’arrêtera plus. De son côté, la Grande Loge Unie d’Angleterre, à la suite de la Franc-maçonnerie américaine , a déjà reconnu 19 Grandes Loges de Prince Hall  en plus des 49 Grandes Loges existantes aux Etats Unis.

En ce début du troisième millénaire, si les Grandes Loges régulières du monde ne procèdent pas au retrait de la reconnaissance de la GLNF, on doit résolument envisager  le développement d’une nouvelle organisation de la Franc-Maçonnerie  universelle  (l’ancienne organisation aura vécu sa fin de vie en 2001 !).

Notre vénérable Institution s’y prépare donc.

(  texte extrait de  l' EPITOME de  mars 2002 )