| |
Vatel, maître d'hôtel méconnu
Le Grand Siècle
de Louis XIV reviendrait-il à la mode? Roland Joffé a présenté au festival de Cannes 2000 un film à grand
spectacle sur le maître d'hôtel François Vatel, avec Gérard
Depardieu dans le rôle-titre.
Aurions-nous conservé son
souvenir si la marquise de Sévigné n'avait consacré deux Lettres à
sa mort hors
du commun?
Pour le savoir, rien ne vaut
de se plonger dans la biographie publiée en octobre 1999 chez
Fayard. Intitulé Vatel ou la naissance de la gastronomie,
l'ouvrage est l'œuvre d'une historienne de la cuisine, Dominique
Michel, disciple de Jean-Louis Flandrin.
Disons tout de
suite que le personnage de Vatel ne mérite pas la notoriété qu'il
s'est acquise au fil du temps. Dominique Michel montre le
curieux détour qui a fait passer ce maître d'hôtel pour un chef de
cuisine.
Même la comtesse de Ségur et
Marcel Proust s'y sont trompés et il est encore courant d'employer
Vatel comme synonyme de maître-queux alors que le personnage n'a
aucune recette à son actif.
Sa vie tient en deux fêtes.
Celle du 17 août 1661, à Vaux-le-Vicomte, vit la disgrâce du maître
des lieux, le surintendant Fouquet, et
celle du 23 avril 1671, à Chantilly, consacra le retour en faveur du
Grand Condé après sa participation à la Fronde. «Ainsi Vatel, par un
cheminement curieux, a servi deux hommes accusés de crime de
lèse-majesté pour des raisons diverses et plus ou moins
fondées», note Dominique Michel.
Autour de ce léger
argument, l'historienne a brossé un portrait très bien documenté de
la vie de cour à l'époque du Roi-Soleil ainsi que des deux
personnages centraux de la vie de Vatel, Fouquet et
Condé.
Le texte est agréable à lire
et l'on croit voir les personnages s'animer sous nos yeux.
[On relèvera simplement une malencontreuse erreur en page
84 qui fait passer la veuve de Scarron pour Mme de Montespan!
Françoise d'Aubigné, veuve Scarron, eût l'occasion de servir la
maîtresse du roi avant de la remplacer dans les bras de Louis XIV
sous le titre de Mme de Maintenon.]
L'histoire
événementielle est complétée par un très riche aperçu sur les arts
de la table, la littérature culinaire et la gastronomie au XVIIe
siècle.
Patrick Rambourg, chef de
cuisine et historien, a complété l'ouvrage avec un bel ensemble de
recettes du XVIIe siècle, détaillées dans la langue d'aujourd'hui et
qu'il aurait lui-même essayées. On y retrouve des recettes somme
toute assez proches des nôtres, jusqu'au «vin des Dieux» qui n'est pas sans évoquer
notre sangria.
Rappelons deux autres titres
remarquables sur le même thème: La sensibilité gastronomique de
l'Antiquité à nos jours, un festin en paroles (Jean-François
Revel, Editions Suger, 1985), Histoire naturelle & morale de
la nourriture (Maguelonne Toussaint-Samat, Bordas,
1987). |
|
Le Grand Siècle en fête
17 août 1661: les Fâcheux
à Vaux-le-Vicomte
6-13 mai 1664: les Plaisirs
de l'île enchantée
14 octobre 1670: le Bourgeois
gentilhomme
23 avril 1671: bal tragique à Chantilly
Le Nôtre
et Vatel, ordonnateurs des plaisirs princiers
Le
Nôtre, jardinier heureux
Le plus délicieux et le plus jeune de nos
académiciens s'est fendu d'un petit livre sur... André Le Nôtre,
jardinier du Roi-Soleil.
Tout est dans le titre:
Histoire d'un homme heureux, André Le Nôtre (1613-1700).
L'auteur a été attiré par un personnage qui avait sans
hâte forgé sonœuvre dans l'ombre et sous la protection du monarque,
loin des batailles, des polémiques et des grands héros du siècle.
Y aurait-il vu une parenté avec lui-même?
Fils
et petit-fils d'un jardinier des Tuileries, le jeune André Le Nôtre
suit des cours d'art dans l'atelier du peintre Simon Vouet avant de
prendre la succession de la charge paternelle. Dans la lettre
d'accréditation du 26 janvier 1637 signée de Louis XIII, le roi lui
donne du «cher et bien-aimé», preuve que le jeune jardinier
connaissait déjà les manières de la Cour.
Comme Vatel et la
plupart des hommes de talent du Grand Siècle, c'est au service du
surintendant Fouquet que Le Nôtre va révéler son art. Sa
grandeœuvre sera Vaux-le-Vicomte, entre Melun et Fontainebleau.
A la fin des années 1650, il va créer en pleine forêt un
surprenant agencement de parterres et de fontaines, tirant
parti des courbures du relief et des filets d'eau pour animer le
site.
Après la chute du
surintendant, Le Nôtre aura le loisir de transposer ses inventions à
Versailles, Marly et Chantilly. Le jardinier ne se souciera jamais
d'exposer ses principes. C'est un jeune homme né en 1680 qui s'en
chargera, théorisant le fameux «jardin à la française» dans différents
traités aux titres savoureux.
Avouons d'emblée que le
personnage de Le Nôtre nous laisse sur notre faim. Dans le portrait
succinct qu'en donne son biographe, il est loin de présenter le
charme et la finesse d'esprit que l'on prête à Erik Orsenna.
De Le Nôtre, Erik Orsenna nous apprend somme toute peu de
chose. Ce créateur hors normes et fantaisiste se révèle dans la vie
privée avide de richesses, dur en affaires, conformiste en amour.
Rien d'euphorisant.
Mais le biographe tire parti
de sa documentation pour évoquer la naissance de la perspective, le
culte du nombre d'or ou encore la magie des mathématiques... Autant
d'aperçus intéressants mais très (trop) rapides.
Gardons de ce petit livre sans prétention l'inestimable
plaisir de savourer le style léger et paresseux d'Erik
Orsenna.
Et replongeons-nous dans les
biographies de Mme de Maintenon (L'Allée du Roi) et du
jeune Louis XIV (Petit Louis, dit XIV) pour voir comment
des romanciers, Françoise Chandernagor et Claude Duneton, peuvent
donner vie à des personnages méconnus.
|
|