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Le 21 février 1916, à 7h30, un déluge de
feu s'abat sur les forts de Verdun et sur les tranchées où sont tapies trois divisions
françaises.
L'artillerie allemande mobilise 1300 obusiers en tous genres.
Pendant neuf heures, sur un front de quinze kilomètres, elle déverse un feu roulant avec
une intensité jamais encore connue.
Un total de deux millions d'obus ravagent la zone. C'est au point que, par exemple, la
fameuse cote 304 va perdre 7 mètres de hauteur et ne plus culminer qu'à 297 mètres!
Au milieu de l'après-midi, un grand silence tombe sur le champ de bataille.
A 16H 45, l'infanterie allemande monte à l'assaut des lignes françaises. Certains
soldats sont équipés d'un lance-flammes. C'est la première fois qu'est employée cette
arme terrible.
Ainsi commence la première bataille de l'ère industrielle, avec du matériel en
quantité et l'objectif d'exterminer l'adversaire.
Verdun, sur la Meuse, en Lorraine, est un camp retranché qui pénètre comme un coin dans
les lignes allemandes.
Ses fortifications sont réputées les meilleures d'Europe. C'est pourquoi l'état-major
français a négligé d'y mettre des troupes en nombre suffisant, au grand désespoir du
commandant de la région, le général Philippe Pétain.
Saigner l'adversaire
C'est à Verdun que le chef d'état-major allemand a décidé de porter une offensive
décisive.
Erich von Falkenhayn veut en finir avec une guerre de positions qui dure depuis la
bataille de la Marne, dix-huit mois plus tôt. Il projette de «saigner l'armée
française» par des bombardements intensifs. C'est une innovation en matière
guerrière.
Le chef d'état-major prépare son offensive dans le plus grand secret. Il fait creuser
des tunnels en béton au plus près des tranchées françaises et aux six divisions
allemandes présentes, il en ajoute deux.
Comme trop souvent, les services de renseignements français, qui ont vent de ces
préparatifs, ne sont pas pris au sérieux par l'état-major.
Mais l'offensive allemande ayant été d'abord programmée pour le 11 février, le
général Joffre a accepté quelques jours avant d'y envoyer quelques renforts.
Ils seront à pied d'oeuvre pour le jour effectif de l'offensive, celle-ci ayant été
différée en raison du mauvais temps.
Heureusement, les poilus résistent héroïquement au premier choc, en dépit de
la perte du fort de Douaumont. Très vite, le commandant de la IIe Armée, Philippe
Pétain, organise la riposte. Il met en place une liaison avec Bar-le-Duc, à l'arrière.
En 24 heures, 6.000 camions montent vers le front en empruntant cette «Voie sacrée».
L'assaut allemand est repoussé et la brèche colmatée.
Mais les attaques vont se renouveler pendant plusieurs mois, sans cesse contenues. Le 6
mars, les Allemands lancent une nouvelle attaque de grande ampleur à Mort-Homme, un
hameau justement nommé.
«On les aura!» écrit Pétaindans le célèbre ordre du jour du 10 avril... peu
avant d'être éloigné.
Naissance du mythe Pétain
IIe Armée
Etat-major
3e Bureau
Le 9 avril est une journée glorieuse pour nos armées; les assaut furieux des armées du
Kronprinz ont été partout brisés: Fantassins, artilleurs, sapeurs, aviateurs de la IIe
Armée ont rivalisé d'héroïsme.
Honneur à tous!
Les Allemands attaqueront sans doute encore, que chacun travaille et veille pour obtenir
le même succès qu'hier!
Courage!... On les aura!...
Ph. Pétain
[ordre du jour N° 94 du 10 avril 1916]
Le 22 juin apparaissent les terrifiantes bombes au
phosgène, un gaz mortel en quelques secondes.
Le 1er juillet, l'état-major anglais, tard intervenu dans le conflit, lance une grande
offensive plus au nord, sur la Somme, pour soulager le front de Verdun.
Le 24 octobre, enfin, à Verdun, l'armée française entame une contre-offensive et
reprend le fort de Douaumont en quatre heures.
A la fin de l'année 1916, l'avantage reste aux Français mais c'est au prix d'une
terrible hécatombe.
Verdun est le tournant de la Grande Guerre et pour les poilus, le symbole de toutes ses
horreurs. C'est que, par rotations successives, toute l'armée française a connu l'enfer
de la bataille.
Il vaut la peine de lire Les croix de bois de Roland Dorgelès pour s'en faire
une idée.
On peut aussi visiter l'ossuaire de Douaumont, qui conserve les restes d'environ 150.000
combattants non identifiés.
Le bilan humain de la bataille
Voici un relevé des pertes françaises à Verdun, du 21 février au 15 décembre 1916,
d'après le Service Historique des Armées (sous la cote 12 N 3):
Pertes françaises
Tués: 61269 (1925 officiers,
59324 sous-officiers et hommes)
Disparus: 101151 (1858 officiers, 99243 sous-officiers et hommes)
Blessés: 216337 (5055 officiers, 211282 sous-officiers et hommes)
Total: 378 777 morts, disparus ou blessés
Du côté allemand, le total des pertes (morts,
blessés et disparus) est évalué à 335.000.
La bataille de Verdun est la plus meurtrière des batailles de la Grande Guerre de
1914-1918 derrière l'offensive de la Somme.
Remerciements à Christophe Simonin, de l'Association 1914-1918
et de l'Association nationale du souvenir de la bataille de Verdun, pour les chiffres
qu'il a bien voulu communiquer.
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