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Grandes heures des Croisades:
19 août 1071: les
Turcs vainqueurs à Malazgerd
27 novembre 1095: Urbain
II et la première Croisade
15 juillet 1099: les croisés prennent Jérusalem
25 novembre 1174: entrée de Saladin
à Damas
03 juillet 1187: victoire de Saladin à Hattîn
12 avril 1204: les Croisés prennent Byzance
10 février 1258: les Mongols
détruisent Bagdad
25 juillet 1261: Michel VIII entre à Byzance
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Le 27 novembre 1095, le pape Urbain
II prêche la Croisade au concile de Clermont, en Auvergne.
Il invite les chevaliers à prendre la croix pour délivrer le tombeau
du Christ et leur accorde l'indulgence plénière, c'est-à-dire la rémission
de tous leurs péchés, en contrepartie de leur sacrifice.
La Palestine est occupée en effet depuis quelques décennies par les
Turcs Seldjoukides et les pèlerins sont empêchés
de faire leurs dévotions à Jérusalem.
Le pèlerinage
En Occident, la tradition des pèlerinages remonte au lendemain du
règne de l'empereur romain Julien l'Apostat (IVe siècle): les fidèles
désirent se rendre sur les lieux où Jésus a vécu et partent à pied
sans se soucier du temps qu'ils mettront.
En 638, lorsque les musulmans s'emparent de Jérusalem, les pèlerinages
continuent comme si de rien n'était. Il est vrai qu'ils sont source
de revenus pour les Orientaux.
Les choses se gâtent sous le règne des califes abbassides de Bagdad,
et des monastères relais se multiplient sur les routes des pèlerins
pour apporter aide et secours à ceux-ci.
Les paysans se déplacent en nombre, mais aussi les nobles, comme Robert
le Diable, duc de Normandie, Béranger II, comte de Barcelone,...
En 1054, par exemple, on a décompté 3000 pèlerins venant rien que
de Picardie et de Flandre, n'hésitant pas à affronter les multiples
dangers de la route et les attaques des Bédouins.
Le 19 août 1071, enfin, la situation se transforme du tout au tout
avec la victoire des Turcs sur les armées byzantines à Malazgerd.
Le basileus Romain Diogène est fait prisonnier.
En dix ans, tirant parti des dissensions au sein des troupes chrétiennes,
les Turcs enlèvent l'Asie mineure aux Byzantins. La capitale de l'empire
orthodoxe, Constantinople, n'est pas loin de tomber entre leurs mains.
Mais l'Occident accourt à l'aide des chrétiens orientaux et le désastre final est repoussé à beaucoup plus tard.
Enthousiasme
pour la Croisade
L'appel du pape tombe à pic. Il obtient un écho inespéré.
Depuis dès avant l'An Mil, en effet,
la chrétienté occidentale vit une grande époque de renouveau
religieux. Les guerriers codifient leurs combats et respectent les
trêves de Dieu avec plus ou moins de bonne grâce. Bénéficiant d'une
meilleure sécurité, les paysans améliorent leurs conditions de vie.
La population se met à croître rapidement.
Dans les familles, les cadets reçoivent l'appel du pape avec un enthousiasme
d'autant plus débordant qu'ils entrevoient un champ d'aventures à
la mesure de leurs frustrations.
Echec
de la Croisade populaire
Les paysans partent les premiers, par milliers, sans autres armes
que leur foi. Ils suivent un apôtre d'Amiens, Pierre l'Ermite, et
un simple chevalier, Gautier-sans-Avoir. Certains égarés, sous la
conduite de chefs moins recommandables, se livrent à des massacres
de juifs en Rhénanie, malgré la défense des évêques, et commettent
des pillages jusqu'en Hongrie.
La croisade populaire n'en arrive pas moins à Constantinople le 1er
août 1096. L'empereur Alexis Commène recommande à Pierre l'Ermite
d'attendre la croisade seigneuriale et installe les pélerins de l'autre
côté du Bosphore, sur la rive asiatique, pour prévenir les débordements.
Désobéissant à leurs chefs, les croisés se remettent en route mais
leur périple tourne court et ils ne tardent pas à être massacrés ou
capturés par les Turcs.
Les
Croisés tentés par le pouvoir
Les guerriers, quant à eux, prennent le temps de se préparer, et attendent
le 15 août 1096 pour se mettre en route. Leur expédition est placée
sous la direction du légat pontifical Adhémar de Monteil.
Elle comprend quatre armées. Les Français du nord se placent sous
le commandement de Hugues de Vermandois, les Allemands et les Lorrains
sont dirigés par le comte Godefroi de Bouillon et le comte Baudouin
de Flandres. Les Français du midi suivent le comte de Toulouse, Raimon IV de Saint-Gilles. Enfin, d'Italie
méridionale part une armée commandée par Bohémond de Tarente. Celui-ci
est le fils de Robert Guiscard, l'un des seigneurs normands qui règnent
sur la Sicile et l'Italie du sud.

Les trois armées venues de
France se rejoignent à Constantinople. Godefroi de Bouillon
consent à s'agenouiller devant l'empereur et promet de lui restituer
tous les territoires qui seront repris aux Turcs et qui avaient
naguère appartenus aux Byzantins.
Les Croisés traversent le détroit du Bosphore. Après la prise
de Nicée, ils franchissent le défilé du Taurus et débouchent
dans les plaines de Cilicie. Beaucoup sont alors gagnés par
la tentation du pouvoir. C'est ainsi que Baudouin attaque la
ville d'Edesse pour son compte.
Entretemps, la quatrième armée, venue d'Italie méridionale,
a débarqué à Constantinople. Bohémond de Tarente s'empare
non sans mal de la ville d'Antioche le 2 juin 1098 et en devient
le prince.
De tous les principaux seigneurs de la Croisade, seul Raimon
de Saint-Gilles résiste à la tentation du pouvoir. Il mène ses
troupes jusqu'à Jérusalem, sans faillir en dépit de la soif
et de la chaleur.
La ville est enlevée aux musulmans le 15 juillet 1099. Le pape
Urbain II meurt sans avoir la satisfaction d'apprendre la réussite
de sa croisade. Le succès des Francs est entaché par le massacre
des habitants musulmans et juifs de la Ville Sainte.
Contrairement aux attentes, la Ville Sainte revient à Godefroi
de Bouillon et non à Raimon IV. Par humilité, le seigneur lorrain
refuse le titre de roi pour celui d'avoué du Saint-Sépulcre.
Le 12 août 1099, Godefroy de Bouillon complète son succès en
écrasant l'armée égyptienne à Ashkelon (ou Ascalon). De cette
ville, les Croisés ramèneront en Occident... l'échalote.
Pendant un à deux siècles, les croisades donneront lieu à des
guerres, des pillages et des massacres sans nombre. Mais ces
premières expéditions outre-mer seront aussi à l'origine d'échanges
féconds entre l'Orient et l'Occident. Elles aideront les Européens
à bâtir la plus grande civilisation qu'ait sans doute connue
l'humanité.
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