1er juin 1885

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Portrait de femme, par Edouard Manet (France 1832-1883), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Hommage au poète disparu

Grandes heures de Victor Hugo:

26/02/1802: naissance à Besançon

25/02/1830: bataille d'Hernani

16/03/1831: publication de Notre-Dame de Paris

1er juin 1885: hommage au poète disparu
  

Le 1er juin 1885, la dépouille de Victor Hugo est conduite au Panthéon.

 Victor Hugo (portrait de Bonnat)Le poète est décédé dix jours plus tôt, à 83 ans, en l'avenue qui porte son nom. Murmurant sur son lit de mort: «Je crois en Dieu», il n'en a pas moins refusé la présence des Églises à ses funérailles.

Le 31 mai, son cercueil est exposé sous l'Arc de Triomphe drapé de noir et le lendemain, plus d'un million de personnes suivent le corbillard des pauvres dans lequel il a demandé à être conduit.

Le Panthéon, œuvre de l'architecte Soufflot, anciennement église Sainte-Geneviève, est réouvert à cette occasion et devient le mausolée des gloires nationales.

C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'un poète reçoit de pareils hommages.

Victor Hugo, il est vrai, a non seulement cumulé tous les talents (littérature, poésie, théâtre, dessin) mais aussi témoigné sa vie durant de convictions élevées, en harmonie avec son temps.

Un poète d'influence

Né le 26 février 1802, à Besançon, sous le Consulat («Ce siècle avait deux ans!...»), il rêve d'un destin à la Chateaubriand, à la fois écrivain et acteur politique.

 < Victor Hugo et son fils François-Victor, né en 1828 >Sa jeunesse se partage entre la nostalgie de l'Empire (son père était un général de Napoléon 1er) et le soutien à la Restauration monarchique.

A l'avènement du roi bourgeois Louis-Philippe 1er, il s'affiche en chef de file de la jeune génération de l'école romantique avec Notre-Dame de Paris et Hernani.

Il se fend de quelques vers patriotiques en l'honneur des victimes de la révolution des «Trois Glorieuses» en 1830:
«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie...» (1)

Académicien et pair de France, Victor Hugo devient un notable. Il fait figure de fossile auprès des nouvelles générations d'écrivains, Flaubert, Stendhal,...

Mais la mort tragique de sa fille Léopoldine, en 1843, le détourne de toute nouvelle publication. Il commence de s'engager en faveur du libéralisme politique et contre la peine de mort.

Victor Hugo plante un arbre de la Liberté sur la place Royale (place des Vosges), dessin de Julius VogelLa révolution républicaine de 1848 réveille sa conscience politique. Il se fait le champion de la «Révolution des peuples» et en appelle à la création des États-Unis d'Europe.

Le coup d'État du prince président Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, l'oblige à l'exil.

Paradoxalement, cette fuite de 20 ans vers Bruxelles, puis l'île de Jersey, enfin celle de Guernesey, lui vaut une seconde naissance, réalisant son souhait secret. «Je veux l'influence et non le pouvoir» avait-il écrit en 1848 (2).

De sa retraite solitaire, l'exilé lance des imprécations contre l'usurpateur, «Napoléon-le-Petit». Il reprend avec acharnement son travail littéraire et publie ses plus grands chefs-d'œuvre: Les Contemplations, La Légende des Siècles,...  Il devient pour les jeunes écrivains un maître incontournable et respecté.

Les Misérables, en 1862, lui valent une popularité dans tous les pays et toutes les classes sociales. On dit que des ouvriers se cotisent pour acheter l'œuvre et se la passer de main en main.

Enfants martyrs

Le poète est visionnaire comme le montre le poème suivant, qui n'a rien perdu de son actualité et de sa violence.
Comment mieux exprimer le drame des enfants martyrs du XIXe siècle européen ou du tiers monde actuel?

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules:
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
- Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas!
Ils semblent dire à Dieu: - Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes!-
Ô servitude infâme imposée à l'enfant!

(Melancholia, in Les Contemplations, 1856)
   

Victor Hugo ne consent à rentrer à Paris qu'au lendemain de la proclamation de la République, le 5 septembre 1871. Le vieillard traverse Paris au milieu d'une foule émue et reconnaissante.

Élu à la nouvelle assemblée, ses prestations sont décevantes. Plus percutants sont ses ultimes écrits. Il poursuit son combat contre la peine de mort, pour les États-Unis d'Europe, pour la justice sociale,...

Frappé d'apoplexie en 1879, le poète renonce à écrire et met à jour ses notes et ses écrits résiduels dont la publication se poursuivra jusqu'en 1902.

Le jour de ses 80 ans, Victor Hugo a la surprise de voir les Parisiens joncher de fleurs la portion d'avenue où il habite; le même jour, la municipalité donne son nom à cette même voie!

Aux côtés de son contemporain Louis Pasteur, le poète symbolise le triomphe de la République et la plus grande gloire de la culture française.

(1) Jean Orizet, Les plus beaux poèmes de Victor Hugo, Le Cherche Midi, 2002 [retour]

(2) Lettre à Paul Lacroix du 10 décembre 1848, cité par Franck Laurent, in Victor Hugo, Ecrits politiques, page 16, Le Livre de Poche, 2002 [retour]

 

Mise à jour le 23 février 2003