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Le
1er juin 1885, la dépouille de Victor Hugo est conduite au Panthéon.
Le poète est
décédé dix jours plus tôt, à 83 ans, en l'avenue qui porte son nom. Murmurant sur son
lit de mort: «Je crois en Dieu», il n'en a pas moins refusé la présence des
Églises à ses funérailles.
Le 31 mai, son cercueil est exposé sous l'Arc de Triomphe drapé de noir et le lendemain,
plus d'un million de personnes suivent le corbillard des pauvres dans lequel il a demandé
à être conduit.
Le Panthéon, œuvre de l'architecte Soufflot, anciennement église Sainte-Geneviève,
est réouvert à cette occasion et devient le mausolée des gloires nationales.
C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'un poète reçoit de pareils
hommages.
Victor Hugo, il est vrai, a non seulement cumulé tous les talents (littérature, poésie,
théâtre, dessin) mais aussi témoigné sa vie durant de convictions élevées, en
harmonie avec son temps.
Un poète d'influence
Né le 26 février 1802, à Besançon, sous le Consulat («Ce
siècle avait deux ans!...»), il rêve d'un destin à la Chateaubriand, à la fois
écrivain et acteur politique.
Sa
jeunesse se partage entre la nostalgie de l'Empire (son père était un général de
Napoléon 1er) et le soutien à la Restauration
monarchique.
A l'avènement du roi bourgeois Louis-Philippe 1er, il s'affiche en chef de file de la
jeune génération de l'école romantique avec Notre-Dame de Paris et Hernani.
Il se fend de quelques vers patriotiques en l'honneur des victimes de la révolution des «Trois
Glorieuses» en 1830:
«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie...» (1)
Académicien et pair de France, Victor Hugo devient un notable. Il fait figure de fossile
auprès des nouvelles générations d'écrivains, Flaubert, Stendhal,...
Mais la mort tragique de sa fille Léopoldine, en 1843, le
détourne de toute nouvelle publication. Il commence de s'engager en faveur du
libéralisme politique et contre la peine de mort.
La révolution républicaine de 1848
réveille sa conscience politique. Il se fait le champion de la «Révolution des
peuples» et en appelle à la création des États-Unis d'Europe.
Le coup d'État du prince président Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851,
l'oblige à l'exil.
Paradoxalement, cette fuite de 20 ans vers Bruxelles, puis l'île de Jersey, enfin celle
de Guernesey, lui vaut une seconde naissance, réalisant son souhait secret. «Je
veux l'influence et non le pouvoir» avait-il écrit en 1848 (2).
De sa retraite solitaire, l'exilé lance des imprécations contre l'usurpateur, «Napoléon-le-Petit».
Il reprend avec acharnement son travail littéraire et publie ses plus grands
chefs-d'œuvre: Les Contemplations, La Légende des Siècles,...
Il devient pour les jeunes écrivains un maître incontournable et respecté.
Les Misérables, en 1862, lui valent une popularité dans tous les pays et toutes
les classes sociales. On dit que des ouvriers se cotisent pour acheter l'œuvre et se
la passer de main en main.
Enfants martyrs
Le poète est visionnaire comme le montre le poème
suivant, qui n'a rien perdu de son actualité et de sa violence.
Comment mieux exprimer le drame des enfants martyrs du XIXe siècle européen ou du tiers
monde actuel?
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules:
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
- Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas!
Ils semblent dire à Dieu: - Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes!-
Ô servitude infâme imposée à l'enfant!
(Melancholia, in Les
Contemplations, 1856)
Victor Hugo ne consent à rentrer à Paris qu'au
lendemain de la proclamation de la République, le 5
septembre 1871. Le vieillard traverse Paris au milieu d'une foule émue et reconnaissante.
Élu à la nouvelle assemblée, ses prestations sont décevantes. Plus percutants sont ses
ultimes écrits. Il poursuit son combat contre la peine de mort, pour les États-Unis
d'Europe, pour la justice sociale,...
Frappé d'apoplexie en 1879, le poète renonce à écrire et met à jour ses notes et ses
écrits résiduels dont la publication se poursuivra jusqu'en 1902.
Le jour de ses 80 ans, Victor Hugo a la surprise de voir les Parisiens joncher de fleurs la
portion d'avenue où il habite; le même jour, la municipalité donne son nom à cette
même voie!
Aux côtés de son contemporain Louis Pasteur, le poète
symbolise le triomphe de la République et la plus grande gloire de la culture française.
(1) Jean Orizet, Les plus beaux poèmes de Victor Hugo,
Le Cherche Midi, 2002 [retour]
(2) Lettre à Paul Lacroix du 10 décembre 1848, cité par
Franck Laurent, in Victor Hugo, Ecrits politiques, page 16, Le Livre de Poche,
2002 [retour]
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