Mots d'Histoire

Etoile

L'Apogée de l'Europe (1848-1898)

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François Guizot

(1787-1874)

«Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne»

Il n'est pas besoin de recommander aux hommes de s'enrichir. A part quelques ascètes, tous ont cette préoccupation en tête. Le propos de François Guizot, principal ministre du roi Louis-Philippe 1er, le «roi bourgeois» par excellence, est intéressant en cela qu'il définit l'attitude de la bourgeoisie du XIXe siècle vis-à-vis de la richesse. Celle-ci ne doit en aucune façon résulter de la spéculation, du vol ou de quelconques trafics. Elle doit être exclusivement la récompense d'un effort.

En encensant le travail et l'épargne, par opposition à l'oisiveté et à la tricherie, le protestant François Guizot donne raison au sociologue allemand Max Weber qui montrera en 1920, dans un essai célèbre, «L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme», que le capitalisme a pu naître et se développer en s'appuyant sur les vertus individuelles prônées par Luther et les protestants.

Henri Lacordaire

(1802-1861)

«Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » (45e conférence de Notre-Dame)

Religieux dominicain, avocat de formation puis prêtre, Henri Lacordaire tente de concilier le christianisme et le libéralisme politique. Ses conférences de Notre-Dame ont un vif retentissement chez les jeunes gens de l'école romantique. Elu député de gauche à l'Assemblée constituante en 1848, Lacordaire démissionne après les émeutes ouvrières de mai.

Karl Marx

(1818-1883)

«Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!» (traduction française)

Cette formule figure en exergue du «Manifeste du parti communiste», un opuscule publié en 1848 par le philosophe Karl Marx et son riche ami Friedrich Engels.

Karl Marx consacrera le reste de sa vie à développer la thèse présentée dans ledit Manifeste. Selon cette thèse, l'Histoire est jusqu'à ce jour fondée sur la lutte des classes: esclaves contre maîtres, serfs contre seigneurs, ouvriers contre patrons; heureusement, les ouvriers doivent mettre un terme à cette fatalité grâce à leur révolte sous l'égide des communistes.

Marx publiera peu avant sa mort son oeuvre majeure en trois épais volumes, «Das Kapital». Cette oeuvre touffue sera autant commentée que peu lue. C'est ainsi que Louis Althusser, auteur de «Lire le Capital», a reconnu dans son autobiographie posthume («L'Avenir dure longtemps», 1992) n'en avoir lu que le Livre I.

Aristide Boucicaut

(1810-1877)

«Chez Boucicaut, on livre à domicile aussi loin qu'un cheval peut aller dans Paris»

Aristide Boucicaut était fils d'un chapelier de l'Orne. Il commença à vendre des laines et cretonnes puis se rendit à Paris où il fut calicot «Au Petit Saint Thomas». Il fit connaissance d'une jeune crémière du nom de Marguerite Guérin qu'il épousa et associa dès lors à toutes ses affaires.

Reprenant une petite enseigne de la rue du Bac, «Le Bon Marché», il la développa en appliquant des idées révolutionnaires (produits en exposition, prix affichés et non négociés, etc). Ce fut le premier des Grands Magasins parisiens, témoignages de l'incroyable essor économique et industriel de la France sous le Second Empire.

Boucicaut posa en 1869 la première pierre d'une «cathédrale du commerce pour un peuple de clients» selon le mot d'Emile Zola. Dans «Au bonheur des dames», le romancier met en scène ce théâtre de la consommation, en contrepoint à la vie obscure des serveuses et modistes du temps.

Mais Boucicaut fut aussi le promoteur d'idées et de réalisations sociales très en avance sur son temps. Son personnel l'avait d'ailleurs surnommé «Le Juste». Il est le fondateur de l'hôpital parisien qui porte son nom. (G V-D).

Maréchal de Mac-Mahon

(1808-1893)

«J'y suis, j'y reste!»

Réponse légendaire du général Maurice de Mac-Mahon à l'émissaire de son allié, le général en chef anglais, le 8 septembre 1855.

Le général français venait de conquérir la tour Malakoff, qui défendait la citadelle russe de Sébastopol, en Crimée.

Plus tard, ayant gagné son bâton de maréchal, Mac-Mahon fut fait prisonnier avec son armée et son empereur à Sedan. Après la chute du Second Empire, il fut désigné par l'Assemblée nationale pour succéder à Adolphe Thiers comme Président de la République. Légitimiste, royaliste et conservateur, Mac-Mahon était aussi d'une insondable naiveté. On cite volontiers son exclamation devant une inondation dans la vallée de la Garonne: «Que d'eau! Que d'eau!»

Incapable d'imposer à l'Assemblée un gouvernement de son choix et sommé de «se soumettre ou se démettre», il choisit la première solution, réduisant la fonction présidentielle à l'impuissance.

Émile Ollivier

(1825-1913)

«Nous l'acceptons le coeur léger...»

Émile Ollivier est l'un des premiers républicains élus au Corps législatif en 1857, sous le Second Empire. Le jeune député se rallie au principe d'un empire parlementaire et cela lui vaut d'être appelé à la tête du gouvernement par Napoléon III le 2 janvier 1870.

L'avenir lui sourit quand survient la déclaration de guerre à la Prusse.

Obligé de défendre l'initiative de Napoléon III devant les députés le 15 juillet 1870, il s'embrouille: «Oui, de ce jour commence pour les ministres, mes collègues, et pour moi, une grande responsabilité...Nous l'acceptons le coeur léger...»

Sous les huées, l'orateur tente de se reprendre: «Oui, d'un coeur léger... Je veux dire d'un coeur que le remords n'alourdit pas, d'un coeur confiant,...»

Mais rien n'y fait et le mot désormais lui collera à la peau. Obligé de démissionner le 9 août suite aux premiers échecs militaires, il ne reviendra plus à la politique.

Louis Trochu

(1815-1896)

«Trochu, participe passé du verbe trop choir»

Ce mot de potache est de Victor Hugo. Le poète fait allusion aux échecs à répétition du général Trochu, président du gouvernement de la défense nationale et gouverneur militaire de Paris, pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et le siège de la capitale. Le 5 janvier 1871, le général publiait un ordre du jour présomptueux: «Le gouverneur de Paris ne capitulera pas!» Mais une ultime tentative de percer les lignes prussiennes à Buzenval allait échouer lamentablement le 20 janvier et entraîner sa mise à l'écart. Une semaine plus tard était signé l'armistice (G V-D).

Henri Morton Stanley

(1841-1904)

«Dr. Livingstone, I presume?» (en anglais)
«Vous êtes sans doute le Dr Livingstone?»
(traduction française)

Apostrophe laconique de Henry Morton Stanley à l'adresse de David Livinstone, le 10 novembre 1871, à Ujiji, un petit village de la rive orientale du lac Tanganyika.

Le missionnaire David Livingstone (1813-1873), qui explorait l'Afrique orientale, n'avait pas rencontré d'Européen depuis plus de cinq ans et passait pour disparu... quand il fut retrouvé par Stanley, de son vrai nom John Rowlands (G V-D).

Henri, comte de Chambord

(1820-1883)

«Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François 1er et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale... Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe... Français! Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV»

Par ce manifeste en date du 6 juillet 1871, le  comte de Chambord exprime son refus d'accéder au trône si la France ne veut pas de son côté adopter le drapeau blanc en remplacement du drapeau tricolore bleu-blanc-rouge.

Les exigences de l'héritier des Bourbons ruinent les espoirs des légitimistes en une prochaine restauration de la monarchie.

Alexandre Gortchakov

(1798-1883)

«La Turquie est l'homme malade de l'Europe» (traduction française)

Formule du prince Alexandre Gorchakov, chancelier d'Empire et ambassadeur du tsar lors du traité de San Stefano (près d'Istanbul) qui clôt la guerre russo-turque le 3 mars 1878.

L'Empire russe acquiert à cette occasion la Dobroudja et une partie de l'Arménie, pendant que la Serbie et le Monténégro gagnent du terrain. Le déséquilibre ainsi créé est tel que l'Angleterre de Disraeli prend des mesures contre la Russie.

Bismarck va se poser en médiateur lors du congrès de Berlin où l'Angleterre obtiendra Chypre à son profit (juillet 1878) avant d'imposer bientôt son protectorat sur l'Egypte en 1882 (G V-D).

Victoria

(1819-1901)

«Never complain, never explain!» (en anglais)
«Pas de jérémiades, pas d'excuses!» (traduction française)

Paroles de la reine Victoria d'Angleterre à son fils, le Prince de Galles, alors âgé d'une dizaine d'années. Le futur Edouard VII (1841-1910) ne partageait pas le goût de ses parents pour l'austérité. Sa bonhomie et sa joie de vivre allaient plus tard illuminer les cercles parisiens de la Belle Epoque.  (G V-D).

Heinrich Schliemann

(1822-1890)

«Seriez-vous assez aimable pour découvrir une jeune fille aux cheveux noirs, jolie et pauvre mais assez instruite pour trouver de l'intérêt à lire Homère ?» (traduction française)

Lettre de Heinrich Schliemann à son correspondant à Colone (Attique) début 1869. Il épousa Sophia Engastromenou (16 ans) le 23 septembre suivant. Le ménage vécut heureux et eut deux enfants baptisés Andromaque et Agamemnon.

Le jeune Schliemann était fils d'un pasteur luthérien du Mecklembourg. Né en 1822, il dut interrompre ses études secondaires pour devenir garçon de courses chez un négociant d'Amsterdam. Il révéla rapidement des dispositions exceptionnelles pour le commerce et fit fortune en vendant de l'indigo à Saint-Pétersbourg.

Son premier mariage avec Ekaterina Lichine tourna au désastre et il décida en 1868 de se tourner vers l'archéologie afin de réaliser un rêve d'enfant. Ayant appris de nombreuses langues modernes puis le grec ancien, il se mit à la recherche du site de Troie que les archéologues contemporains qualifiaient d'imaginaire.

C'est ainsi qu'il fixa son choix sur le tumulus d'Hissarlik (Asie mineure) et découvrit avec son équipe neuf niveaux de ruines superposées où il reconnut l'ancienne Ilion (1871-80).Il mit encore à jour les sites de Mycènes, Ithaque, Orchomène et Tyrinthe. Il se construisit un palais à Athènes et un tombeau digne des héros de l'Antiquité. Schliemann mourut à Naples en 1890. Il offrit le magnifique «trésor d'Agamemnon» découvert à Mycènes au Pergamon (musée d'archéologie de Berlin), d'où il fut enlevé par l'Armée rouge en 1945 (G V-D).

Thomas Alva Edison

(1847-1931)

«A quoi sert un bébé?» (traduction française)

C'est la réponse que fit le célèbre inventeur à quelqu'un qui lui demandait à quoi pouvaient servir ses travaux sur l'électricité.

Belle réponse pleine d'humilité. Elle exprime la similitude entre le don de la vie et la création intellectuelle ou artistique. Dans tous les cas, le fruit de la création échappe à ses géniteurs et suit sa propre voie, généralement imprévisible.

Ernest Renan

(1823-1892)

«L'oubli et même l'erreur historique sont un facteur essentiel de la création d'une nation» (conférence prononcée en 1882 à Paris)

Ernest Renan, issu d'une famille traditionnelle de Bretagne, perdit la foi en   suivant les cours du séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Poursuivant des études de philosophie et de lettres, il élabora un système de pensée rationaliste qu'il exposa dans «L'avenir de la science», en 1848.

Il fit scandale en 1862 avec sa leçon inaugurale au Collège de France, au cours de laquelle il présenta Jésus comme simplement un «homme incomparable». Il publia ensuite plusieurs ouvrages d'histoire religieuse qui lui valurent une renommée sulfureuse, notamment une «Vie de Jésus» (1863).

Affecté par la défaite de 1870, il prit figure tutélaire avec Victor Hugo sous la 3e République. Il publia plusieurs ouvrages philosophiques et sur la fin de sa vie, des réflexions sur sa jeunesse («Souvenirs d'enfance et de jeunesse», 1883). Sa personnalité originale combine une sensibilité de poète avec une rigueur de rationaliste et un humour de philosophe (G V-D).

Jules Ferry

(1832-1893)

«Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures»

Jules Ferry, grande figure de la gauche républicaine sous les débuts de la IIIe République, est connu pour son action comme ministre de l'Instruction publique dans les années 1879-1882. A ces fonctions, il développa un enseignement primaire laïc pour concurrencer les congrégations religieuses, très actives dans le domaine de l'instruction depuis la loi Falloux votée en 1850 sous la... IIe République.

Dans les années 1880, comme président du Conseil, Jules Ferry se fit le promoteur de l'expansion coloniale de la France en Tunisie, au Tonkin, à Madagascar et en Afrique centrale. Il justifia sa politique devant l'Assemblée, le 28 juillet 1885, en prononçant les paroles ci-dessus, très représentatives de la pensée progressiste de l'époque.

Chamberlain

(1836-1914)

«En premier lieu je crois en l'Empire britannique, et en second lieu je crois en la race britannique. Je crois que la race britannique est la plus grande des races impériales que le monde ait connues. Je dis cela non comme une vaine vantardise, mais comme une chose prouvée à l'évidence par les succès que nous avons remporté en administrant les vastes possessions reliées à ces petites îles, et je crois donc qu'il n'existe pas de limite à son avenir» (traduction française)

Quand Joseph Chamberlain, ministre des colonies du Royaume-Uni, prononça ce discours devant le Parlement en 1895, tout souriait à la reine Victoria et aux responsables de l'Empire britannique.

Celui-ci pesait dans le monde autant que les Etats-Unis aujourd'hui, d'un point de vue économique, politique et également démographique (environ 1 homme sur 20 était alors britannique, de même qu'aujourd'hui, 1 homme sur 20 est américain).

Pourtant, déjà à l'horizon pointaient les orages du XXe siècle: soulèvement des Boers d'Afrique du sud, concurrence militaire et économique de l'Allemagne... Le déclin était proche.

Rudyard Kipling

(1865-1936)

«Take up the White Man's burden
«The savage wars of peace
«Fill full the mouth of Famine,
«And bid the sickness cease; »
(texte anglais, 3e strophe)

«Assumez le fardeau de l’homme blanc
«Les sauvages guerres de la paix
«Nourrissez la bouche de la famine
«Et faites que cesse la misère;»
(traduction française)

Le célèbre poème de l'écrivain Rudyard Kipling (prix Nobel 1907) est paru en février 1899, dans McLure's Magazine, à un moment critique où l'expansion coloniale de l'Occident touchait à ses limites. La pensée de l'écrivain traduit l'esprit du temps, tel qu'il s'exprimait dans l'action de Jules Ferry ou de Joseph Chamberlain (voir plus haut).

Elle n'est pas dépourvue de générosité, loin s'en faut, et le poème ci-dessus pourrait parfaitement être repris par les militants tiers-mondistes d'aujourd'hui, les médecins sans frontières, les organisations non-gouvernementales... Il n'y aurait besoin que de changer le mot «blanc» par «riche» ou «développé», qui lui sont, en ce début du XXIe siècle, peu ou prou équivalents.

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Mise à jour le 24 février 2003