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«Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne»
Il n'est pas besoin de recommander aux hommes de s'enrichir. A part quelques ascètes,
tous ont cette préoccupation en tête. Le propos de François Guizot, principal ministre
du roi Louis-Philippe 1er, le «roi bourgeois» par excellence, est intéressant
en cela qu'il définit l'attitude de la bourgeoisie du XIXe siècle vis-à-vis de la
richesse. Celle-ci ne doit en aucune façon résulter de la spéculation, du vol ou de
quelconques trafics. Elle doit être exclusivement la récompense d'un effort.
En encensant le travail et l'épargne, par opposition à l'oisiveté et à la tricherie,
le protestant François Guizot donne raison au sociologue allemand Max Weber qui montrera
en 1920, dans un essai célèbre, «L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme»,
que le capitalisme a pu naître et se développer en s'appuyant sur les vertus
individuelles prônées par Luther et les protestants.
| Henri Lacordaire |
(1802-1861) |
«Entre le fort et le faible, entre le riche et le
pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui
affranchit. » (45e conférence de Notre-Dame)
Religieux dominicain, avocat de formation puis prêtre, Henri Lacordaire tente de
concilier le christianisme et le libéralisme politique. Ses conférences de Notre-Dame
ont un vif retentissement chez les jeunes gens de l'école romantique. Elu député de
gauche à l'Assemblée constituante en 1848, Lacordaire démissionne après les émeutes
ouvrières de mai.
«Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!»
(traduction française)
Cette formule figure en exergue du «Manifeste du parti communiste», un opuscule
publié en 1848 par le philosophe Karl Marx et son riche ami Friedrich Engels.
Karl Marx consacrera le reste de sa vie à développer la
thèse présentée dans ledit Manifeste. Selon cette thèse, l'Histoire est jusqu'à ce
jour fondée sur la lutte des classes: esclaves contre maîtres, serfs contre seigneurs,
ouvriers contre patrons; heureusement, les ouvriers doivent mettre un terme à cette
fatalité grâce à leur révolte sous l'égide des communistes.
Marx publiera peu avant sa mort son oeuvre majeure en trois épais volumes, «Das
Kapital». Cette oeuvre touffue sera autant commentée que peu lue. C'est ainsi que
Louis Althusser, auteur de «Lire le Capital», a reconnu dans son autobiographie
posthume («L'Avenir dure longtemps», 1992) n'en avoir lu que le Livre I.
| Aristide Boucicaut |
(1810-1877) |
«Chez Boucicaut, on livre à domicile aussi loin qu'un
cheval peut aller dans Paris»
Aristide Boucicaut était fils d'un chapelier de l'Orne. Il commença à vendre des laines
et cretonnes puis se rendit à Paris où il fut calicot «Au Petit Saint Thomas».
Il fit connaissance d'une jeune crémière du nom de Marguerite Guérin qu'il épousa et
associa dès lors à toutes ses affaires.
Reprenant une petite enseigne de la rue du Bac, «Le Bon Marché», il la
développa en appliquant des idées révolutionnaires (produits en exposition, prix
affichés et non négociés, etc). Ce fut le premier des Grands Magasins parisiens,
témoignages de l'incroyable essor économique et industriel de la France sous le Second
Empire.
Boucicaut posa en 1869 la première pierre d'une «cathédrale du commerce pour un
peuple de clients» selon le mot d'Emile Zola. Dans «Au bonheur des dames»,
le romancier met en scène ce théâtre de la consommation, en contrepoint à la vie
obscure des serveuses et modistes du temps.
Mais Boucicaut fut aussi le promoteur d'idées et de réalisations sociales très en
avance sur son temps. Son personnel l'avait d'ailleurs surnommé «Le Juste». Il
est le fondateur de l'hôpital parisien qui porte son nom. (G V-D).
| Maréchal de Mac-Mahon |
(1808-1893) |
«J'y suis, j'y reste!»
Réponse légendaire du général Maurice de Mac-Mahon à l'émissaire de son allié, le
général en chef anglais, le 8 septembre 1855.
Le général français venait de conquérir la tour Malakoff, qui défendait la citadelle
russe de Sébastopol, en Crimée.
Plus tard, ayant gagné son bâton de maréchal, Mac-Mahon fut fait prisonnier avec son
armée et son empereur à Sedan. Après la chute du Second
Empire, il fut désigné par l'Assemblée nationale pour succéder à Adolphe Thiers comme
Président de la République. Légitimiste, royaliste et conservateur, Mac-Mahon était
aussi d'une insondable naiveté. On cite volontiers son exclamation devant une inondation
dans la vallée de la Garonne: «Que d'eau! Que d'eau!»
Incapable d'imposer à l'Assemblée un gouvernement de son choix et sommé de «se
soumettre ou se démettre», il choisit la première solution, réduisant la fonction
présidentielle à l'impuissance.
«Nous l'acceptons le coeur léger...»
Émile Ollivier est l'un des premiers républicains élus au Corps législatif en 1857, sous le Second Empire. Le jeune député se rallie au principe d'un empire parlementaire et cela lui vaut d'être appelé à la tête du gouvernement par Napoléon III le 2 janvier 1870.
L'avenir lui sourit quand survient la déclaration
de guerre à la Prusse.
Obligé de défendre l'initiative de Napoléon
III devant les députés le 15 juillet 1870, il s'embrouille:
«Oui, de ce jour commence pour les ministres, mes collègues,
et pour moi, une grande responsabilité...Nous l'acceptons le coeur
léger...»
Sous les huées, l'orateur tente de se reprendre: «Oui, d'un coeur léger... Je veux dire d'un coeur que le remords n'alourdit pas, d'un coeur confiant,...»
Mais rien n'y fait et le mot désormais lui collera à la peau. Obligé de démissionner le 9 août suite aux premiers échecs militaires, il ne reviendra plus à la politique.
«Trochu, participe passé du verbe trop choir»
Ce mot de potache est de Victor Hugo. Le poète fait allusion aux échecs à répétition
du général Trochu, président du gouvernement de la défense nationale et gouverneur
militaire de Paris, pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et le siège de la capitale. Le 5 janvier 1871, le général
publiait un ordre du jour présomptueux: «Le gouverneur de Paris ne capitulera pas!»
Mais une ultime tentative de percer les lignes prussiennes à Buzenval allait échouer
lamentablement le 20 janvier et entraîner sa mise à l'écart. Une semaine plus tard
était signé l'armistice (G V-D).
«Dr. Livingstone, I presume?» (en anglais)
«Vous êtes sans doute le Dr Livingstone?» (traduction française)
Apostrophe laconique de Henry Morton Stanley à l'adresse de David Livinstone, le 10
novembre 1871, à Ujiji, un petit village de la rive orientale du lac Tanganyika.
Le missionnaire David Livingstone (1813-1873), qui
explorait l'Afrique orientale, n'avait pas rencontré d'Européen depuis plus de cinq ans
et passait pour disparu... quand il fut retrouvé par Stanley, de son vrai nom John
Rowlands (G V-D).
| Henri, comte de Chambord |
(1820-1883) |
«Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard
d'Henri IV, de François 1er et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité
nationale... Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe... Français!
Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV»
Par ce manifeste en date du 6 juillet 1871, le comte
de Chambord exprime son refus d'accéder au trône si la France ne veut pas de son
côté adopter le drapeau blanc en remplacement du drapeau tricolore bleu-blanc-rouge.
Les exigences de l'héritier des Bourbons ruinent les
espoirs des légitimistes en une prochaine restauration de la monarchie.
| Alexandre Gortchakov |
(1798-1883) |
«La Turquie est l'homme malade de l'Europe»
(traduction française)
Formule du prince Alexandre Gorchakov, chancelier d'Empire et ambassadeur
du tsar lors du traité de San Stefano (près d'Istanbul) qui clôt
la guerre russo-turque le 3 mars 1878.
L'Empire russe acquiert à cette occasion la Dobroudja et une partie
de l'Arménie, pendant que la Serbie et le Monténégro gagnent du
terrain. Le déséquilibre ainsi créé est tel que l'Angleterre de
Disraeli prend des mesures contre la Russie.
Bismarck va se poser en médiateur lors du congrès de Berlin où l'Angleterre
obtiendra Chypre à son profit (juillet 1878) avant d'imposer bientôt
son protectorat sur l'Egypte en 1882 (G V-D).
«Never complain, never explain!» (en anglais)
«Pas de jérémiades, pas d'excuses!» (traduction française)
Paroles de la reine Victoria d'Angleterre à son fils, le
Prince de Galles, alors âgé d'une dizaine d'années. Le futur Edouard VII (1841-1910) ne
partageait pas le goût de ses parents pour l'austérité. Sa bonhomie et sa joie de vivre
allaient plus tard illuminer les cercles parisiens de la Belle Epoque. (G V-D).
| Heinrich Schliemann |
(1822-1890) |
«Seriez-vous assez aimable pour découvrir une jeune
fille aux cheveux noirs, jolie et pauvre mais assez instruite pour trouver de l'intérêt
à lire Homère ?» (traduction française)
Lettre de Heinrich Schliemann à son correspondant à Colone (Attique) début 1869. Il
épousa Sophia Engastromenou (16 ans) le 23 septembre suivant. Le ménage vécut heureux
et eut deux enfants baptisés Andromaque et Agamemnon.
Le jeune Schliemann était fils d'un pasteur luthérien du Mecklembourg. Né en 1822, il
dut interrompre ses études secondaires pour devenir garçon de courses chez un négociant
d'Amsterdam. Il révéla rapidement des dispositions exceptionnelles pour le commerce et
fit fortune en vendant de l'indigo à Saint-Pétersbourg.
Son premier mariage avec Ekaterina Lichine tourna au désastre et il décida en 1868 de se
tourner vers l'archéologie afin de réaliser un rêve d'enfant. Ayant appris de
nombreuses langues modernes puis le grec ancien, il se mit à la recherche du site de
Troie que les archéologues contemporains qualifiaient d'imaginaire.
C'est ainsi qu'il fixa son choix sur le tumulus d'Hissarlik (Asie mineure) et découvrit
avec son équipe neuf niveaux de ruines superposées où il reconnut l'ancienne Ilion
(1871-80).Il mit encore à jour les sites de Mycènes, Ithaque, Orchomène et Tyrinthe. Il
se construisit un palais à Athènes et un tombeau digne des héros de l'Antiquité.
Schliemann mourut à Naples en 1890. Il offrit le magnifique «trésor d'Agamemnon»
découvert à Mycènes au Pergamon (musée d'archéologie de Berlin), d'où il fut enlevé
par l'Armée rouge en 1945 (G V-D).
| Thomas Alva Edison |
(1847-1931) |
«A quoi sert un bébé?» (traduction française)
C'est la réponse que fit le célèbre inventeur à
quelqu'un qui lui demandait à quoi pouvaient servir ses travaux sur l'électricité.
Belle réponse pleine d'humilité. Elle exprime la similitude entre le don de la vie et la
création intellectuelle ou artistique. Dans tous les cas, le fruit de la création
échappe à ses géniteurs et suit sa propre voie, généralement imprévisible.
«L'oubli et même l'erreur historique sont un facteur
essentiel de la création d'une nation» (conférence prononcée en 1882 à Paris)
Ernest Renan, issu d'une famille traditionnelle de Bretagne, perdit la foi en
suivant les cours du séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Poursuivant des études de
philosophie et de lettres, il élabora un système de pensée rationaliste qu'il exposa
dans «L'avenir de la science», en 1848.
Il fit scandale en 1862 avec sa leçon inaugurale au Collège de France, au cours de
laquelle il présenta Jésus comme simplement un «homme incomparable». Il
publia ensuite plusieurs ouvrages d'histoire religieuse qui lui valurent une renommée
sulfureuse, notamment une «Vie de Jésus» (1863).
Affecté par la défaite de 1870, il prit figure
tutélaire avec Victor Hugo sous la 3e République. Il publia plusieurs ouvrages
philosophiques et sur la fin de sa vie, des réflexions sur sa jeunesse («Souvenirs
d'enfance et de jeunesse», 1883). Sa personnalité originale combine une
sensibilité de poète avec une rigueur de rationaliste et un humour de philosophe (G
V-D).
«Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai! Il
faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races
inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a
un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures»
Jules Ferry, grande figure de la gauche républicaine sous les débuts de la IIIe
République, est connu pour son action comme ministre de l'Instruction publique dans les
années 1879-1882. A ces fonctions, il développa un enseignement primaire laïc pour
concurrencer les congrégations religieuses, très actives dans le domaine de
l'instruction depuis la loi Falloux votée en 1850 sous la... IIe République.
Dans les années 1880, comme président du Conseil, Jules Ferry se fit le promoteur de l'expansion coloniale de la France en Tunisie, au Tonkin, à
Madagascar et en Afrique centrale. Il justifia sa politique devant l'Assemblée, le 28
juillet 1885, en prononçant les paroles ci-dessus, très représentatives de la pensée
progressiste de l'époque.
«En premier lieu je crois en l'Empire britannique, et
en second lieu je crois en la race britannique. Je crois que la race britannique est la
plus grande des races impériales que le monde ait connues. Je dis cela non comme une
vaine vantardise, mais comme une chose prouvée à l'évidence par les succès que nous
avons remporté en administrant les vastes possessions reliées à ces petites îles, et
je crois donc qu'il n'existe pas de limite à son avenir» (traduction française)
Quand Joseph Chamberlain, ministre des colonies du Royaume-Uni, prononça ce discours
devant le Parlement en 1895, tout souriait à la reine Victoria
et aux responsables de l'Empire britannique.
Celui-ci pesait dans le monde autant que les Etats-Unis aujourd'hui, d'un point de vue
économique, politique et également démographique (environ 1 homme sur 20 était alors
britannique, de même qu'aujourd'hui, 1 homme sur 20 est américain).
Pourtant, déjà à l'horizon pointaient les orages du XXe siècle: soulèvement des Boers d'Afrique du sud, concurrence militaire et économique
de l'Allemagne... Le déclin était proche.
| Rudyard Kipling |
(1865-1936) |
«Take up the White Man's burden
«The savage wars of peace
«Fill full the mouth of Famine,
«And bid the sickness cease; » (texte anglais, 3e strophe)
«Assumez le fardeau de l’homme blanc
«Les sauvages guerres de la paix
«Nourrissez la bouche de la famine
«Et faites que cesse la misère;» (traduction française)
Le célèbre poème de l'écrivain Rudyard Kipling (prix Nobel 1907) est paru en février
1899, dans McLure's Magazine, à un moment critique où l'expansion coloniale de
l'Occident touchait à ses limites. La pensée de l'écrivain traduit l'esprit du temps,
tel qu'il s'exprimait dans l'action de Jules Ferry ou de Joseph Chamberlain (voir plus
haut).
Elle n'est pas dépourvue de générosité, loin s'en faut, et le poème ci-dessus
pourrait parfaitement être repris par les militants tiers-mondistes d'aujourd'hui, les
médecins sans frontières, les organisations non-gouvernementales... Il n'y aurait besoin
que de changer le mot «blanc» par «riche» ou «développé»,
qui lui sont, en ce début du XXIe siècle, peu ou prou équivalents.
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