Abolition du servage en Russie

  Le règne tragique du "tsar libérateur":

29/04/1818: naissance à Moscou du futur tsar Alexandre II

02/03/1855: avènement d'Alexandre II

30/03/1856: fin de la guerre de Crimée

03/03/1861: Alexandre II libère les serfs

14/01/1864: Alexandre II crée les "zemtsva"

04/04/1866: premier attentat contre le tsar

13/07/1866: début de la liaison du tsar avec Katia

03/03/1878: traité russo-turc de San Stefano

18/07/1880: mariage secret du tsar et de Katia

13/03/1881: assassinat du tsar
 

Le tsar Alexandre II abolit le servage dans toute la Russie le 3 mars 1861 (19 février selon le calendrier julien en vigueur en Russie).

A son avènement, en 1855, désappointé par l'humiliante défaite de la Russie dans la guerre de Crimée, le «tsar libérateur» décide rompre avec la politique réactionnaire de son précédesseur, Nicolas 1er.

L'empire russe compte alors près de 50 millions de paysans, ou «moujiks», sur une population totale de 60 millions d'habitants.

Tous les paysans sont des serfs. La moitié exploite les domaines de l'Etat, les autres survivent sur les domaines d'environ 100.000 familles nobles.

Chaque village forme une communauté, le «mir», qui alloue les terres aux différentes familles pour le compte du propriétaire. Chaque famille a le droit de cultiver aussi un lopin individuel.

Ce système propre à la Russie s'est constitué au cours du XVIIIe siècle, sous les règnes des tsars réformateurs de la dynastie des Romanov, Pierre 1er le Grand et Catherine II, à contre-courant du reste de l'Europe.

C'est ainsi que ces tsars ont octroyé la propriété des terres aux nobles pour s'attacher leurs services et leur fidélité. Ils ont progressivement limité la liberté de circulation des paysans afin de garantir aux nouveaux propriétaires une main-d'oeuvre docile et corvéable.

Le mir et le servage seront remis en vigueur plus tard par le régime communiste sous le nom de «kolkhoze». Ils se montreront aussi néfastes que sous le règne des premiers tsars de la dynastie des Romanov dans leurs conséquences sociales et économiques.

Une réforme habilement menée

Le tsar Alexandre II prend soin de convaincre la noblesse d'en finir avec le servage pour éviter un soulèvement général. Il a l'habileté de confier la réforme à un conservateur, son ministre de la Justice, Victor Panine.

Ce grand propriétaire terrien accepte de conduire une mesure qui heurte ses intérêts personnels parce qu'il se convainc de son utilité pour le bien général de la Russie et la survie du régime impérial. 

Avec la loi de libération des serfs, les paysans acquièrent le droit de racheter les 2/3 des domaines par l'intermédiaire du mir, avec des paiements échelonnés sur... 49 ans!

Ils gagnent un statut de citoyen libre mais restent attachés au mir. Dans les faits, leur sort matériel ne s'améliore guère avec la réforme. Le mécontentement perdure partout malgré la bonne volonté du tsar.

Alexandre II sera assassiné en 1881 par des révolutionnaires. Son échec consacrera l'immense difficulté de la Russie à se moderniser (hier comme aujourd'hui).

C'est seulement en 1906, à la veille de la Grande Guerre de 1914-1917, qu'un réformateur, le ministre Stolypine, donnera enfin aux paysans les moyens d'acquérir la pleine propriété de la terre.

Cette réforme décisive aura des effets bénéfiques immédiats mais elle viendra trop tard pour sauver le régime et la Russie elle-même de la catastrophe.

 

Mise à jour le 24 février 2003