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Le 8 février
1861, à Montgomery, en Alabama, les onze États confédérés du sud des États-Unis
proclament leur indépendance.
C'est le début de la plus terrible guerre qu'auront à subir
les Américains: la guerre de Sécession, plus communément appelée en Amérique du
Nord «Civil War» (guerre civile).
Elle déchirera les États-Unis pendant 4 ans et fera 617.000 mort parmi les combattants,
soit davantage qu'aucune autre des guerres qui ont impliqué le pays.
La guerre de Sécession s'achèvera par la ruine du Sud,
l'abolition de l'esclavage… et la consolidation des institutions américaines.
Les origines du conflit
Depuis la naissance des États-Unis, près d'un siècle
plus tôt , l'opposition entre le sud et le nord n'avait cessé de grandir.
Les États du Sud étaient assis sur un système de grandes plantations de tabac, de
café, de sucre et de coton aux mains de riches familles patriarcales.
En 1793, l'invention d'une égreneuse avait donné un coup de fouet à la culture du
coton et entraîné par voie de conséquence un très rapide développement de
l'esclavage.
Dépendant de l'Europe pour leurs exportations, les planteurs du sud étaient partisans
d'une réduction des droits de douane aux frontières.
Au contraire, les Nordistes, surnommés «Yankees», avaient assis leur
prospérité sur l'agriculture vivrière et surtout l'industrie. Ils étaient partisans de
droits de douane pour protéger celle-ci contre les importations européennes.
Les liens fédéraux, très lâches, étaient menacés par ces divergences
d’intérêts comme l’avait montré en 1832 la tentative par la Caroline du Sud
de faire usage de son droit de «nullification»
pour rejeter une loi fédérale.
Les tensions s'accroissaient au fur et à mesure que progressait la colonisation des
terres vierges du Far West. Chaque fois qu'un nouveau territoire demandait à se
transformer en Etat, allait-on lui demander de se ranger parmi les États autorisant
l'esclavage ou parmi ceux le prohibant («free states»)?
Le compromis du Missouri en 1820 et celui du Texas en 1850
permirent de surseoir aux choix de société inéluctables. L’acte d’union du
Kansas et du Nebraska, en 1854, marqua la fin de ces tentatives avec l’apparition de
bandes d’extrémistes désireux d’en découdre sur le terrain.
L’adoption
d’une loi fédérale obligeant à poursuivre les esclaves
fugitifs (le «Fugitive Slave Act» de 1850) avait amené
Harriet Beecher-Stowe, une jeune femme indignée, à publier en
feuilleton un roman à thèse au succès prodigieux: Uncle
Tom’s Cabin (La Case de l’Oncle Tom).
Le 6 novembre 1860, aux élections présidentielles, le parti démocrate se divisa sur la
question de l’esclavage en présentant deux candidats. C’est ainsi que le
candidat républicain Abraham Lincoln put l’emporter.
Cet avocat autodidacte, d’une rigueur morale viscérale, apparaissait aux yeux de
tous comme le champion de la cause nordiste.
Sécession
Le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud déclara son
indépendance, aussitôt suivie par six États sudistes qui instaurèrent une
Confédération. Le président sortant, le démocrate James Buchanan, sembla
décontenancé et sa faiblesse encouragea les sécessionnistes du Sud. La question des
forts tenus par l’armée fédérale dans la région de Charleston (Caroline du sud)
devint explosive.
Abraham Lincoln voulait plus que tout préserver l'unité du pays. Il fit une ultime
ouverture dans son discours d’investiture le 4 mars 1861, n'hésitant pas à
permettre au Sud de maintenir l'esclavage sous certaines conditions. Mais son ouverture
fut rejetée. La guerre civile devint dès lors quasiment inévitable.
Le Sud était uni dans la volonté de maintenir l'esclavage et plus encore les
particularismes d'une société aristocratique menacée par l'affairisme industriel du
Nord.
Le 22 février, la Confédération se donna pour président le palôt
Jefferson Davis et pour capitale Richmond (Virginie). Son drapeau,
la «Southern Cross» a été popularisé
au cinéma par le film à grand spectacle Gone with the wind
(Autant en emporte le vent).
L’armée confédérée mit le siège devant Fort Sumter et le général Pierre
Beauregard ordonna l’assaut le 12 avril 1861. La petite garnison du major
Robert Anderson se rendit deux jours plus tard, drapeau déployé. Le lendemain, le
président Lincoln lança l'appel aux armes et leva 70.000 miliciens.
Ce fut le moment que choisirent quatre nouveaux États pour rejoindre la Confédération,
qui compta désormais onze États : Alabama, Arkansas, Caroline du Sud, Caroline du Nord,
Floride, Georgie, Louisiane, Mississipi, Tennessee, Texas, Virginie. Toutefois,
l’Ouest de la Virginie était resté fidèle à l’Union nordiste et devint un
nouvel État sous le nom de Virginie occidentale.
Succès sudistes
Les opérations débutèrent avec une attaque du général Mc Dowell, à la tête de
l’armée fédérale, contre la capitale sudiste, Richmond. Ce fut un fiasco. Les
troupes fédérales, fortes de 19.000 hommes, durent céder le terrain à 15.000
confédérés, à Bull Run, le 21 juillet 1861.
A la tête des troupes sudistes, le généralissime Robert Edward Lee se révéla dès
cette date un stratège remarquable.
Il triompha du général Mc Clellan qui était parti de Washington en direction de
Richmond. A Fair Oaks, une bataille de sept jours, du 26 juin au 2 juillet 1862, mit un
terme à cette campagne dite de la «péninsule» (car elle se déroula
entre les fleuves York et James, en Virginie). Elle valut à Mc Clellan de perdre une
première fois son commandement.
Lee monta à son tour une campagne contre Washington en septembre 1862 mais fut repoussé
à Antietam.
La guerre sévissait entretemps sur mer. Dans le port de Hampton
Roads, le 8 mars 1862, des navires en bois furent pour la première fois attaqués par un
cuirassé, le Merrimac. Il s'agissait d'une frégate de l'Union dont les
confédérés s'étaient emparés et qu'ils avaient revêtue d'une carapace métallique et
d'un éperon... Mais le lendemain, le Merrimac fut lui-même contraint à la
retraite par un petit cuirassé nordiste construit à la hâte, le Monitor.
Au Sud, La Nouvelle-Orléans fut emportée par un corps expéditionnaire de marine dirigé
par l’amiral Farragut le 28 avril 1862 et bénéficiant de l'appui des nouveaux
cuirassés.
A l'Ouest, les Confédérés subirent leurs plus graves déconvenues. Leur adversaire, le
général Ulysses Simpson Grant, un alcoolique non repenti, se rendit maître des bassins
du Missouri et du Mississipi au cours des campagnes de 1862 et 1863, en tirant parti des
flottilles de canonnières du Mississipi.
Le Sud prit néanmoins une revanche provisoire à Chancellorsville, entre les deux
capitales, où s'affrontèrent pendant quatre jours, du 1er au 4 mai 1863, l'armée
confédérée des généraux Lee et Jackson et l'armée du Potomac du général Joe
Hoocker, surnommé «Fighting Joe» (Joe le Batailleur).
Les Sudistes remportèrent là leur plus grande bataille, malgré la mort de Jackson. Dans
les rangs nordistes, désertions et vacances se multiplièrent. Les Noirs, rendus
responsables de la guerre, furent même en butte à des accès de haine et victimes de
lynchages.
Profitant de son succès, Lee monta jusqu'en Pennsylvanie, semant les destructions sur son
passage. L'armée du Potomac, commandée par le général Meade, était sur ses talons.

Le tournant de la guerre fut la bataille de Gettysburg, où
s'affrontèrent à nouveau les deux armées.
Elle se déroula sur trois jours, du 1er au 3 juillet 1863. L'Union y perdit 23.000
hommes (tués, blessés ou capturés), soit un quart de ses effectifs, et le Sud 31.000,
soit un tiers de ses effectifs. Quoiqu’indécise, cette bataille précipita la
retraite de Lee.
Peu après, le général confédéré Bragg attira l’armée de Rosecrans dans
l’anse de Chickamauga et seule la résistance du général Thomas empêcha une
déroute complète de l’armée fédérale les 19 et 20 septembre 1863.
Mais inexorablement, l’avantage passa au Nord.
Au lendemain de la bataille de Gettysburg, le général Grant s'emparait de la ville de
Vicksburg, sur les bords du Mississipi, replaçant le fleuve tout entier sous la
souveraineté de Washington.
Un avant-goût du XXe
siècle
Les Confédérés du Sud avaient bénéficié dès le début du conflit du ralliement
d’excellents officiers, issus de l’aristocratie des planteurs, comme le
généralissime Robert Edward Lee (un abolitionniste convaincu, c'est-à-dire
partisan de l'abolition de l'esclavage!).
Ces hommes avaient le sentiment de défendre leur terre et leur culture et offraient peu
de prise aux interférences politiques. Comme les opérations se déroulaient pour
l’essentiel dans le Sud, ils pouvaient compter sur le soutien de la population et,
malgré le blocus maritime, ils réussirent toujours à s’approvisionner en Europe.
Mais leur défaite était inscrite dans les chiffres.
L’Union disposait en effet d’une confortable supériorité : 22 millions
d’habitants contre 9 millions au Sud (dont 3,7 millions d’esclaves noirs), un
budget militaire et des effectifs deux fois plus élevés, un équipement industriel et un
réseau de transport développés, une marine puissante.
En 1862, le Congrès de Washington vota la mise en circulation de billets de banque en
remplacement de la monnaie métallique. Ils furent surnommés «greenbacks» en
raison de leur couleur verte.
Les progrès dans l’artillerie, la qualité des armes individuelles, et
l’automatisation du tir consacrèrent le déclin de la cavalerie. La construction des
premiers navires cuirassés et la mise en œuvre de sous-marins d’assaut
impressionnèrent aussi les contemporains.

A bien des égards, la guerre de Sécession
ou «Civil War» prit des formes destinées à marquer
les conflits à venir. Le blocus économique, la propagande, la
conscription généralisée, les exécutions de prisonniers, les
contraintes sur la population civile devinrent monnaie courante
dans les deux camps.
L’apparition de la photographie (M. B. Brady) et du journalisme
de reportage rapprochèrent le front de chaque citoyen. L’habeas
corpus et les garanties juridiques furent suspendues et
la censure introduite.
Guerre
de propagande
La foi du président Lincoln en la justesse de sa cause cimenta
la victoire du Nord.
Le président était contesté au sein-même du parti républicain
par des modérés qui en tenaient pour l’autonomie des états
en matière civile et se déclaraient disposés à un compromis
avec la Confédération qui affichait les mêmes principes.
L’Angleterre de Palmerston se cantonnait dans un attentisme
prudent. Celui-ci fut un moment compromis suite à l'arraisonnement
par les fédéraux, le 8 novembre 1861, d'une goélette britannique,
le Trent, qui transportait deux émissaires du
gouvernement sudiste.
Quant à la France de Napoléon III, elle était au même moment
empêtrée dans la guerre du Mexique et n'avait cure de se mêler
des querelles civiles entre Américains.
Le 22 septembre 1862, le président de l’Union proclama
l’émancipation des esclaves du territoire rebelle, avec
effet au 1er janvier suivant.
Cette déclaration longuement mûrie eut une portée plutôt défavorable
à l’intérieur où elle contribua à durcir les positions
en présence, mais donna à l’Union un atout décisif vis-à-vis
de l’opinion européenne, écartant le risque d’une
reconnaissance de la Confédération par les grandes puissances.
En 1864, la nouvelle campagne présidentielle vit se déchaîner
une série d’opposants à la politique de Lincoln jugée dogmatique
et extrémiste. Le camp démocrate prétendit lui opposer le général
destitué McClellan qui faisait figure de colombe... Lincoln
força l’adhésion par sa détermination et sa réélection
fut favorisée par la tournure favorable des opérations militaires.
Victoire
de l’Union
En mars 1864, Grant devint lieutenant général, avec le commandement
de toutes les armées fédérales.
Avec les 120.000 hommes de l'armée du Potomac, il marcha contre
l’armée de Virginie du Nord, qui ne dépassait pas 60.000
combattants, sous le commandement du général Lee.
Une série d’engagements se poursuivirent au cours des mois
de mai et juin 1864, causant des pertes énormes dans les deux
camps, sans apporter d’issue décisive. Ce fut la campagne
du désert («wilderness campaign»).
Le général confédéré Early menait une campagne de diversion
mais fut arrêté par le général Philip H. Sheridan à Cedar Creek
le 19 octobre 1864.
De son côté, le général nordiste William T. Sherman se rendait
maître de la ville d’Atlanta et la réduisit en cendres
le 2 septembre 1864.
Le général Thomas occupa Nashville les 15 et 16 décembre tandis
que Sherman poursuivit son avance vers Savannah où il pénétra
pour Noël.
De son côté, l’amiral Farragut s’était rendu maître
de la plupart des ports sudistes et occupa Fort Fisher, en Caroline
du Nord, en janvier 1865.
Sheridan poursuivit sa «marche à la mer» en détruisant
tout sur son passage jusqu’à la capitale sudiste, Richmond,
qui fut occupée le 3 avril 1865.
Se rendant à l’évidence, le général Lee accepta les termes
de la reddition proposée par le général Grant au tribunal de
Appomattox le 9 avril 1865 et
les dernières troupes sudistes capitulèrent le mois suivant.
Le président Davis prit la fuite vers le Mexique mais fut rattrapé
par une colonne de cavalerie.
Au terme de cinq ans de guerre, les pertes humaines et matérielles
étaient gigantesques. Les deux camps avaient mis sur pied près
de quatre millions de combattants. Les combats firent 359.000
morts parmi les sudistes et 258.000 parmi les nordistes, à quoi
s’ajoutent quelques centaines de milliers de victimes civiles.
La reconstruction,
endeuillée par l'assassinat du président Lincoln, laissera des
cicatrices durables dans le pays.
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