8 février 1861

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Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

Le Sud des États-Unis proclame son indépendance

Avec l'aimable collaboration de Gabriel Vital-Durand

Photographie du président Abraham Lincoln

Les États-Unis d'Abraham Lincoln

2 mars 1820: compromis du Missouri

20 décembre 1860: sécession de la Caroline du Sud

8 février 1861: début de la guerre de Sécession

9 avril 1865: fin de la guerre de Sécession

14 avril 1865: assassinat d'Abraham Lincoln

18 décembre 1865: adoption du 13e amendement
 

Le 8 février 1861, à Montgomery, en Alabama, les onze États confédérés du sud des États-Unis proclament leur indépendance.

C'est le début de la plus terrible guerre qu'auront à subir les Américains: la guerre de Sécession, plus communément appelée en Amérique du Nord «Civil War» (guerre civile). 

Elle déchirera les États-Unis pendant 4 ans et fera 617.000 mort parmi les combattants, soit davantage qu'aucune autre des guerres qui ont impliqué le pays.

La guerre de Sécession s'achèvera par la ruine du Sud, l'abolition de l'esclavage… et la consolidation des institutions américaines.

Les origines du conflit

Depuis la naissance des États-Unis, près d'un siècle plus tôt , l'opposition entre le sud et le nord n'avait cessé de grandir.

Les États du Sud étaient assis sur un système de grandes plantations de tabac, de café, de sucre et de coton aux mains de riches familles patriarcales.

En 1793, l'invention d'une égreneuse avait donné un coup de fouet à la culture du coton et entraîné par voie de conséquence un très rapide développement de l'esclavage.

Dépendant de l'Europe pour leurs exportations, les planteurs du sud étaient partisans d'une réduction des droits de douane aux frontières.

Au contraire, les Nordistes, surnommés «Yankees», avaient assis leur prospérité sur l'agriculture vivrière et surtout l'industrie. Ils étaient partisans de droits de douane pour protéger celle-ci contre les importations européennes.

Les liens fédéraux, très lâches, étaient menacés par ces divergences d’intérêts comme l’avait montré en 1832 la tentative par la Caroline du Sud de faire usage de son droit de «nullification» pour rejeter une loi fédérale.

Les tensions s'accroissaient au fur et à mesure que progressait la colonisation des terres vierges du Far West. Chaque fois qu'un nouveau territoire demandait à se transformer en Etat, allait-on lui demander de se ranger parmi les États autorisant l'esclavage ou parmi ceux le prohibant («free states»)?

Le compromis du Missouri en 1820 et celui du Texas en 1850 permirent de surseoir aux choix de société inéluctables. L’acte d’union du Kansas et du Nebraska, en 1854, marqua la fin de ces tentatives avec l’apparition de bandes d’extrémistes désireux d’en découdre sur le terrain.

 < commerce d'esclaves en Georgie >L’adoption d’une loi fédérale obligeant à poursuivre les esclaves fugitifs (le «Fugitive Slave Act» de 1850) avait amené Harriet Beecher-Stowe, une jeune femme indignée, à publier en feuilleton un roman à thèse au succès prodigieux: Uncle Tom’s Cabin (La Case de l’Oncle Tom).

Le 6 novembre 1860, aux élections présidentielles, le parti démocrate se divisa sur la question de l’esclavage en présentant deux candidats. C’est ainsi que le candidat républicain Abraham Lincoln put l’emporter. Cet avocat autodidacte, d’une rigueur morale viscérale, apparaissait aux yeux de tous comme le champion de la cause nordiste.

Sécession

Le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud déclara son indépendance, aussitôt suivie par six États sudistes qui instaurèrent une Confédération. Le président sortant, le démocrate James Buchanan, sembla décontenancé et sa faiblesse encouragea les sécessionnistes du Sud. La question des forts tenus par l’armée fédérale dans la région de Charleston (Caroline du sud) devint explosive.

Abraham Lincoln voulait plus que tout préserver l'unité du pays. Il fit une ultime ouverture dans son discours d’investiture le 4 mars 1861, n'hésitant pas à permettre au Sud de maintenir l'esclavage sous certaines conditions. Mais son ouverture fut rejetée. La guerre civile devint dès lors quasiment inévitable.

Le Sud était uni dans la volonté de maintenir l'esclavage et plus encore les particularismes d'une société aristocratique menacée par l'affairisme industriel du Nord.

Le 22 février, la Confédération se donna pour président le palôt Jefferson Davis et pour capitale Richmond (Virginie). Son drapeau, la «Southern Cross» a été popularisé au cinéma par le film à grand spectacle Gone with the wind (Autant en emporte le vent).

L’armée confédérée mit le siège devant Fort Sumter et le général Pierre Beauregard ordonna l’assaut le 12 avril 1861. La petite garnison du major Robert Anderson se rendit deux jours plus tard, drapeau déployé. Le lendemain, le président Lincoln lança l'appel aux armes et leva 70.000 miliciens.

Ce fut le moment que choisirent quatre nouveaux États pour rejoindre la Confédération, qui compta désormais onze États : Alabama, Arkansas, Caroline du Sud, Caroline du Nord, Floride, Georgie, Louisiane, Mississipi, Tennessee, Texas, Virginie. Toutefois, l’Ouest de la Virginie était resté fidèle à l’Union nordiste et devint un nouvel État sous le nom de Virginie occidentale.

Succès sudistes

Les opérations débutèrent avec une attaque du général Mc Dowell, à la tête de l’armée fédérale, contre la capitale sudiste, Richmond. Ce fut un fiasco. Les troupes fédérales, fortes de 19.000 hommes, durent céder le terrain à 15.000 confédérés, à Bull Run, le 21 juillet 1861.

A la tête des troupes sudistes, le généralissime Robert Edward Lee se révéla dès cette date un stratège remarquable.

Il triompha du général Mc Clellan qui était parti de Washington en direction de Richmond. A Fair Oaks, une bataille de sept jours, du 26 juin au 2 juillet 1862, mit un terme à cette campagne dite de la «péninsule» (car elle se déroula entre les fleuves York et James, en Virginie). Elle valut à Mc Clellan de perdre une première fois son commandement.

Lee monta à son tour une campagne contre Washington en septembre 1862 mais fut repoussé à Antietam.

La guerre sévissait entretemps sur mer. Dans le port de Hampton Roads, le 8 mars 1862, des navires en bois furent pour la première fois attaqués par un cuirassé, le Merrimac. Il s'agissait d'une frégate de l'Union dont les confédérés s'étaient emparés et qu'ils avaient revêtue d'une carapace métallique et d'un éperon... Mais le lendemain, le Merrimac fut lui-même contraint à la retraite par un petit cuirassé nordiste construit à la hâte, le Monitor.

Au Sud, La Nouvelle-Orléans fut emportée par un corps expéditionnaire de marine dirigé par l’amiral Farragut le 28 avril 1862 et bénéficiant de l'appui des nouveaux cuirassés.

A l'Ouest, les Confédérés subirent leurs plus graves déconvenues. Leur adversaire, le général Ulysses Simpson Grant, un alcoolique non repenti, se rendit maître des bassins du Missouri et du Mississipi au cours des campagnes de 1862 et 1863, en tirant parti des flottilles de canonnières du Mississipi.

Le Sud prit néanmoins une revanche provisoire à Chancellorsville, entre les deux capitales, où s'affrontèrent pendant quatre jours, du 1er au 4 mai 1863, l'armée confédérée des généraux Lee et Jackson et l'armée du Potomac du général Joe Hoocker, surnommé «Fighting Joe» (Joe le Batailleur).

Les Sudistes remportèrent là leur plus grande bataille, malgré la mort de Jackson. Dans les rangs nordistes, désertions et vacances se multiplièrent. Les Noirs, rendus responsables de la guerre, furent même en butte à des accès de haine et victimes de lynchages.

Profitant de son succès, Lee monta jusqu'en Pennsylvanie, semant les destructions sur son passage. L'armée du Potomac, commandée par le général Meade, était sur ses talons.


 < Confédérés sur le champ de bataille de Gettysburg >

Le tournant de la guerre fut la bataille de Gettysburg, où s'affrontèrent à nouveau les deux armées.

Elle se déroula sur trois jours, du 1er au 3 juillet 1863. L'Union y perdit 23.000 hommes (tués, blessés ou capturés), soit un quart de ses effectifs, et le Sud 31.000, soit un tiers de ses effectifs. Quoiqu’indécise, cette bataille précipita la retraite de Lee.

Peu après, le général confédéré Bragg attira l’armée de Rosecrans dans l’anse de Chickamauga et seule la résistance du général Thomas empêcha une déroute complète de l’armée fédérale les 19 et 20 septembre 1863.

Mais inexorablement, l’avantage passa au Nord.

Au lendemain de la bataille de Gettysburg, le général Grant s'emparait de la ville de Vicksburg, sur les bords du Mississipi, replaçant le fleuve tout entier sous la souveraineté de Washington.

Un avant-goût du XXe siècle

Les Confédérés du Sud avaient bénéficié dès le début du conflit du ralliement d’excellents officiers, issus de l’aristocratie des planteurs, comme le généralissime Robert Edward Lee (un abolitionniste convaincu, c'est-à-dire partisan de l'abolition de l'esclavage!).

Ces hommes avaient le sentiment de défendre leur terre et leur culture et offraient peu de prise aux interférences politiques. Comme les opérations se déroulaient pour l’essentiel dans le Sud, ils pouvaient compter sur le soutien de la population et, malgré le blocus maritime, ils réussirent toujours à s’approvisionner en Europe. Mais leur défaite était inscrite dans les chiffres.

L’Union disposait en effet d’une confortable supériorité : 22 millions d’habitants contre 9 millions au Sud (dont 3,7 millions d’esclaves noirs), un budget militaire et des effectifs deux fois plus élevés, un équipement industriel et un réseau de transport développés, une marine puissante.

En 1862, le Congrès de Washington vota la mise en circulation de billets de banque en remplacement de la monnaie métallique. Ils furent surnommés «greenbacks» en raison de leur couleur verte.

Les progrès dans l’artillerie, la qualité des armes individuelles, et l’automatisation du tir consacrèrent le déclin de la cavalerie. La construction des premiers navires cuirassés et la mise en œuvre de sous-marins d’assaut impressionnèrent aussi les contemporains.

  < hôpital de campagne dans l'armée de l'Union >

A bien des égards, la guerre de Sécession ou «Civil War» prit des formes destinées à marquer les conflits à venir. Le blocus économique, la propagande, la conscription généralisée, les exécutions de prisonniers, les contraintes sur la population civile devinrent monnaie courante dans les deux camps.

L’apparition de la photographie (M. B. Brady) et du journalisme de reportage rapprochèrent le front de chaque citoyen. L’habeas corpus et les garanties juridiques furent suspendues et la censure introduite.

Guerre de propagande

La foi du président Lincoln en la justesse de sa cause cimenta la victoire du Nord.

Le président était contesté au sein-même du parti républicain par des modérés qui en tenaient pour l’autonomie des états en matière civile et se déclaraient disposés à un compromis avec la Confédération qui affichait les mêmes principes.

L’Angleterre de Palmerston se cantonnait dans un attentisme prudent. Celui-ci fut un moment compromis suite à l'arraisonnement par les fédéraux, le 8 novembre 1861, d'une goélette britannique, le Trent, qui transportait deux émissaires du gouvernement sudiste.

Quant à la France de Napoléon III, elle était au même moment empêtrée dans la guerre du Mexique et n'avait cure de se mêler des querelles civiles entre Américains.

Le 22 septembre 1862, le président de l’Union proclama l’émancipation des esclaves du territoire rebelle, avec effet au 1er janvier suivant.

Cette déclaration longuement mûrie eut une portée plutôt défavorable à l’intérieur où elle contribua à durcir les positions en présence, mais donna à l’Union un atout décisif vis-à-vis de l’opinion européenne, écartant le risque d’une reconnaissance de la Confédération par les grandes puissances.

En 1864, la nouvelle campagne présidentielle vit se déchaîner une série d’opposants à la politique de Lincoln jugée dogmatique et extrémiste. Le camp démocrate prétendit lui opposer le général destitué McClellan qui faisait figure de colombe... Lincoln força l’adhésion par sa détermination et sa réélection fut favorisée par la tournure favorable des opérations militaires.

Victoire de l’Union

En mars 1864, Grant devint lieutenant général, avec le commandement de toutes les armées fédérales.

Avec les 120.000 hommes de l'armée du Potomac, il marcha contre l’armée de Virginie du Nord, qui ne dépassait pas 60.000 combattants, sous le commandement du général Lee.

Une série d’engagements se poursuivirent au cours des mois de mai et juin 1864, causant des pertes énormes dans les deux camps, sans apporter d’issue décisive. Ce fut la campagne du désert («wilderness campaign»).

Le général confédéré Early menait une campagne de diversion mais fut arrêté par le général Philip H. Sheridan à Cedar Creek le 19 octobre 1864.

De son côté, le général nordiste William T. Sherman se rendait maître de la ville d’Atlanta et la réduisit en cendres le 2 septembre 1864.

Le général Thomas occupa Nashville les 15 et 16 décembre tandis que Sherman poursuivit son avance vers Savannah où il pénétra pour Noël.

De son côté, l’amiral Farragut s’était rendu maître de la plupart des ports sudistes et occupa Fort Fisher, en Caroline du Nord, en janvier 1865.

Sheridan poursuivit sa «marche à la mer» en détruisant tout sur son passage jusqu’à la capitale sudiste, Richmond, qui fut occupée le 3 avril 1865.

Se rendant à l’évidence, le général Lee accepta les termes de la reddition proposée par le général Grant au tribunal de Appomattox le 9 avril 1865 et les dernières troupes sudistes capitulèrent le mois suivant. Le président Davis prit la fuite vers le Mexique mais fut rattrapé par une colonne de cavalerie.

Au terme de cinq ans de guerre, les pertes humaines et matérielles étaient gigantesques. Les deux camps avaient mis sur pied près de quatre millions de combattants. Les combats firent 359.000 morts parmi les sudistes et 258.000 parmi les nordistes, à quoi s’ajoutent quelques centaines de milliers de victimes civiles.

La reconstruction, endeuillée par l'assassinat du président Lincoln, laissera des cicatrices durables dans le pays.

 

Mise à jour le 24 février 2003