Marie-Louise
et Napoléon unis devant Dieu
Le lundi 2 avril 1810, l'empereur Napoléon 1er (40 ans) épouse
l'archiduchesse d'Autriche Marie-Louise (18 ans).
Marie-Louise est la fille de l'empereur d'Autriche François 1er et la petite-nièce de la
reine Marie-Antoinette, guillotinée par les
révolutionnaires français.
L'union scandalise les nostalgiques de la révolution, y compris beaucoup de fidèles de
l'empereur.
Mais Napoléon voit dans ce remariage une ardente nécessité. En premier lieu pour
obtenir l'héritier que Joséphine, la première impératrice, a été inapte à lui
donner. En second lieu, pour unir sa dynastie naissante aux familles régnantes d'Europe.
Marie-Louise ne descend-elle pas de Louis XIV comme de Charles Quint?
L'empereur fait valoir que les arrangements dynastiques importent peu pourvu que les
Français et les peuples assujettis bénéficient du Code
Civil, principal héritage de la Révolution.
Un ventre, et vite!
Quelques mois plus tôt, Marie Walewska, la maîtresse polonaise de l'empereur, est
tombée enceinte de ses œuvres, le rassurant sur sa fertilité. L'enfant,
Alexandre, futur comte Walewski, naîtra le... 4 mai 1810.
Le 15 décembre 1809, sans perdre de temps, Napoléon 1er se résout à divorcer de sa
première épouse, Joséphine.
Mariée une première fois au comte de Beauharnais, cette jeune et belle créole née à
la Martinique avait épousé Bonaparte du temps qu'il était simple général de la
Révolution.
Plus âgée que son époux de six ans et déjà mère de deux enfants, Hortense et
Eugène, elle servit son mari avec finesse et efficacité mais n'eut pas la chance de lui
donner un héritier.
Au nom d'un reste de tendresse et en remerciement des services
rendus, Napoléon 1er ne se montra pas ingrat. Il accorda à l'ex-impératrice une
sompteuse retraite au château de Malmaison, à l'ouest de Paris.
Sitôt le divorce prononcé, l'empereur prospecte les cours européennes.
Son improbable allié, le jeune tsar Alexandre 1er, s'apprête à lui refuser sa plus
jeune soeur, Anne - encore impubère! - lorsqu'il reçoit opportunément une proposition
du prince de Metternich, ministre des Affaires étrangères d'Autriche.
Faute de mieux, Napoléon accepte l'offre de l'empereur d'Autriche, qu'il a contraint à
la paix après la difficile victoire de Wagram. «J'épouse un ventre!», dit-il
pour s'excuser.
La petite archiduchesse quitte Vienne le 13 mai, après un mariage conclu par procuration.
En amoureux transi, l'empereur ne se contient pas et va à la rencontre du carrosse à
Compiègne, le 27 mars. Le soir même, il initie sa jeune épouse à ses devoirs
conjugaux.
Le lendemain, béat, il glisse à son aide de camp Savary: «Mon cher, épousez
une Allemande, ce sont les meilleures femmes du monde, douces, bonnes, naïves et
fraîches comme des roses!»
Malgré un vieillissement précoce, Napoléon ne se départira plus de sa tendresse pour
sa «bonne Louise»!
Le mariage civil se déroule le 1er avril à Saint-Cloud. Le lendemain, enfin, le cardinal
Fesch, oncle de l'empereur, célèbre le mariage religieux dans le salon carré du
Louvre,... en l'absence de nombreux cardinaux, mécontents du mauvais traitement qu'endure
entretemps le pape.
Le cortège passe sous l'arc de triomphe de l'Etoile, en fait une maquette en toiles du
futur monument. Marie-Louise porte le somptueux manteau qui recouvrait les épaules de
Joséphine lors du sacre.
Napoléon triomphe. Moins d'un an plus tard, le 20 mars 1811, naîtra l'héritier tant
attendu.
Mais après l'effondrement de l'empire, l'«Aiglon» connaîtra à Vienne une fin
de vie douloureuse et une mort romantique qu'a su mettre en scène Edmond Rostand.
Toujours soumise à son père et à la raison d'État, Marie-Louise sera intronisée
grande-duchesse de Parme.
Elle prolongera avec un amant, Neipperg, les plaisirs découverts avec Napoléon et lui
donnera de nombreux enfants avant de l'épouser enfin.