Le concile de Nicée condamne l'arianisme

Tandis que le christianisme commence tout juste à étendre son emprise sur l'empire romain, un prêtre d'Alexandrie nommé Arius se met à prêcher vers 320 une doctrine hétérodoxe qui divise gravement les théologiens.

Arius professe que Jésus, fils de Dieu, est subordonné à son créateur, de même que le Saint Esprit.

Il met ainsi en cause l'un des fondements de la religion chrétienne, à savoir l'union de trois personnes en une seule au sein de la Trinité: le Père, le Fils et le Saint Esprit.

La doctrine d'Arius ouvre la voie à un polythéisme de fait, avec plusieurs divinités de rang variable. Elle enlève aussi beaucoup de signification à l'incarnation, à la mort et à la résurrection de Jésus, dès lors que celui-ci n'est pas pleinement Dieu.

L'évêque d'Alexandrie, Athanase, s'élève contre Arius en rappelant que le Fils est l'égal du Père et partage avec lui et le Saint Esprit l'essence divine.

Arius est excommunié par l'évêque mais n'en continue pas moins sa prédication.

Dans son palais de Nicomédie, sur les bords du Bosphore, l'empereur Constantin 1er craint un schisme au sein de la nouvelle religion dominante qui mettrait à mal l'unité de l'empire.

Pour l'éviter, il convoque un concile (d'un mot grec qui signifie réunion) à Nicée. La ville est située sur la façade orientale du Bosphore, à 50 km de Bursa et non loin de la résidence impériale. Elle s'appelle aujourd'hui Iznik).

L'empereur met la poste impériale à la disposition des chefs élus de toutes les communautés chrétiennes, les évêques.

Naissance d'une organisation cléricale

Pour la première fois, à Nicée, plus de 220 évêques de toute la chrétienté se trouvent ainsi réunis... On note cependant plusieurs absents de marque dont l'évêque de Rome (auquel sera plus tard réservé l'appellation de pape), qui s'est fait représenter par deux légats.

Constantin 1er préside en personne à l'ouverture du concile le 20 mai 325 (bien que n'étant pas baptisé!).

Avec l'ouverture du premier concile œcuménique (ou universel) à Nicée, l'Église commence à se doter d'une organisation centralisée fondée sur une stricte hiérarchie du clergé.

 Premières communautés chrétiennes

Dans les trois premiers siècles de son existence et jusqu'au concile de Nicée, l'Église n'a pas de clergé institutionnel ni d'organisation centralisée. Dans les villes, chaque communauté se donne un évêque (du mot grec episkopos qui signifie surveillant). Si l'élu est marié, il conserve sa femme mais vit avec elle «comme avec une soeur».

A mesure que la communauté s'élargit, l'évêque désigne des personnes pour le seconder auprès des fidèles les plus éloignés. Il choisit ces personnes parmi des chrétiens âgés et réputés pour leur capacité à commenter les textes sacrés. Les impétrants sont désignés par le mot grec presbuteros qui signifie vieillard et qui donnera en français le mot prêtre.

En s'élargissant aux campagnes environnantes, les communautés placées sous l'autorité d'un évêque prennent le nom de diocèse, du grec dioikésis, qui signifie administration. Ces circonscriptions nées en Égypte en viennent en recouper les anciennes subdivisions administratives romaines.
 



Affermissement du dogme

À partir du 20 mai 325, le concile de Nicée réunit plus de 220 évêques de toute la chrétienté. Il donne lieu à des affrontements de très haute tenue philosophique entre Orientaux (Grecs) et Occidentaux (Latins).

Les partisans d'Arius considèrent qu'il ne peut y avoir d'équivalence entre Dieu le Père et son Fils Jésus-Christ.

Jésus-Christ apparaît à leurs yeux comme un relais existant de toute origine entre Dieu et l'humanité. C'est une explication philosophique assez rationnelle de l'Évangile, qui plaît aux théologiens de culture grecque.

Les Romains et leur porte-parole Marcel d'Ancyre font valoir la théorie de la «consubstantion». Ils signifient que le Fils est consubstantiel au Père (en grec homoousios, c'est-à-dire «fait du même métal»).

Comme les Romains forment la majorité au concile, c'est à eux que l'empereur accorde la victoire. Il ordonne l'exil d'Arius en Illyrie (d'où il le fera revenir dix ans plus tard!).

En intervenant dans les querelles théologiques et en ouvrant en personne le concile de Nicée, l'empereur inaugure le «césaropapisme». Ce terme désigne des relations très étroites entre pouvoir séculier et pouvoir religieux. Les chrétientés orientales en sont encore imprégnées.

La défaite de l'arianisme n'est pas définitive. Constantin lui-même se fait baptiser par l'évêque arien Eusèbe de Nicomédie sur son lit de mort, en 337.

Ses successeurs Constance et Valens se rallient à la doctrine d'Arius de même que la plupart des Barbares implantés dans l'empire romain.

La doctrine du concile de Nicée triomphe pour sa part dans les populations romanisées de l'Occident romain, sous l'impulsion de Hilaire de Poitiers.

C'est seulement en 380, au concile de Constantinople, que l'empereur Théodose établit le catholicisme comme religion d'État.

Au siècle suivant, au concile de Chalcédoine, les évêques renouvellent la condamnation de l'arianisme et y ajoutent une condamnation des doctrines opposées de Nestorius et du monophysisme égyptien.

Les Francs de Clovis sont les seuls Barbares qui ont le bon goût de se rallier au catholicisme. Tardivement christianisés, ils passent directement du paganisme au catholicisme avec le baptême de leur chef à Reims.

Plus proches de leurs sujets gallo-romains grâce à cette conversion au catholicisme, ils acquièrent un avantage politique sur les autres Barbares d'Occident.

Le Credo

La liturgie catholique conserve le souvenir des luttes entre théologiens. Les fidèles ont accès indifféremment à deux Credo («Je crois»), qui sont les résumés de leur foi.

Le premier, le plus ancien, est appelé Symbole des Apôtres. Il laisse planer une équivoque sur la nature du Fils de Dieu:

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant
créateur du ciel et de la terre
Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur
qui a été conçu du Saint Esprit,
est né de la Vierge Marie, (...
).

Le second, appelé Symbole de Nicée, est plus explicite. Il souligne à l'envi la nature consubstantielle du Père et de Fils:

Je crois en un seul Dieu,(...)
Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ,
le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles:
Il est Dieu, né de Dieu,(...)
Engendré, non pas créé, de même nature que le Père; (...).

 

Depuis le concile de Constantinople de 380, le Credo confirme la place du Saint Esprit dans la Sainte Trinité, aux côtés du Père et du Fils.

Dans sa version catholique, il précise qu'il «procède du Père et du Fils» et non «du Père par le Fils». Cet ajout, le Filioque, peu apprécié des évêques d'Orient, figurera bien plus tard parmi les griefs qui entraîneront la rupture entre l'Église catholique romaine et le patriarcat orthodoxe de Constantinople!

 

Mise à jour le 23 février 2003