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Le 9
juin 1885, par le traité de T'ien-tsin (un port chinois), la Chine renonce à ses droits
sur l'empire du Viêt-nam.
Elle reconnaît le protectorat de la république française sur les trois provinces du
pays, les trois Ky: le Tonkin au nord, traversé par le Fleuve rouge, l'Annam au
centre, essentiellement montagneux, et la Cochinchine au sud, constituée par le delta du
Mékong.
Deux ans plus tard, la France réunit ses possessions du Sud-Est asiatique dans une Union
indochinoise. A la Cochinchine, l'Annam, le Tonkin et le Cambodge s'ajoute en 1893 le
Laos.
Pour les Vietnamiens, c'est le début d'une longue parenthèse dans une histoire deux fois
millénaire.
Genèse d'un peuple
Il était une fois une immortelle qui s’unit avec un dragon. De leur union naquit la
première dynastie vietnamienne, celle des 18 rois Hung, de700 à 257 avant JC, et du
royaume de Van Lang, au nord de l’actuel Viêt-nam. C’est l’époque de la
civilisation du Dong Son, un âge du bronze fort raffiné.
En 111 avant JC, l’Empire du Milieu (la Chine) conquiert le Tonkin
d’aujourd’hui qui sera asservi pendant plus de mille ans. Les Chinois baptisent
le pays Annam en 679. Au sud, la Cochinchine actuelle voit s’épanouir le royaume
hindou du Champa, en relation étroite avec l’Inde.
En 938, Ngo Quyen triomphe de l’armée impériale. La Chine finit par reconnaître
son indépendance sous le nom de Dai Viet, moyennant le payement d’un tribut
triennal. Les dynasties se succèdent: Ngô, Dinh, Lê antérieurs, Ly, Tran, Hô
(1400-1407).
La société reste imprégnée de doctrine confucéenne, même si le bouddhisme se
répand. Le Dai Viet accroît son territoire vers le sud, aux dépens du Champa, en proie
à un long conflit avec le royaume khmer d’Angkor (1145-1220).
En 1413, les Chinois sont de retour. Le mouvement de résistance mené par Lê Loi libère
le delta du Fleuve rouge en 1426. Le vainqueur fonde en 1428 la dynastie des Lê
postérieurs. Elle règnera jusqu’en 1788.
Cette longue période de paix voit s’épanouir l’agriculture et se constituer
une société originale dotée d’une culture propre qui développe un vif sentiment
national.
A partir de 1524, la réalité du pouvoir échappe aux Lê. Le pays se déchire entre les
seigneurs Trinh, qui contrôlent le nord, et les Nguyen au sud.
Ceux-ci, installés à Huê, bénéficient d'abord de l’appui des Portugais, premiers
Européens à installer un comptoir, Hoi An.
Au cours du XVIIe siècle, les Nguyen absorbent définitivement l’ancien Champa et
étendent leur domination à tout le delta du Mékong et au Cambodge. C'en est fini de la
culture indienne dans le delta du Mékong.
La progression des Nguyen profite aux missionnaires français très actifs dans la
région. Les Vietnamiens se montrent très réceptifs à la christianisation et dès 1658,
on compte dans le pays pas moins de 300.000 catholiques.
Le père jésuite Alexandre de Rhodes va donner aux Vietnamiens un alphabet inspiré de
l'alphabet romain, le quoc ngu, en remplacement des idéogrammes chinois.
Interventions françaises
Chassé par une révolte et réfugié à Bangkok auprès de jésuites français, le prince
Nguyen Anh reconquiert son trône en 1801 avec l’appui armé du père Pigneau de
Béhaine, vicaire apostolique de la Cochinchine.
En 1802, il se proclame empereur de l’ensemble du pays sous le nom de Gia Long. Huê
est confirmée comme capitale de ce que l’on nomme désormais Viêt-nam (ou Viet
Nam).
Mais les successeurs de Gia Long adoptent une politique isolationniste et
persécutent les catholiques. Louis-Philippe 1er prend prétexte de ces persécutions pour
bombarder Da Nang en 1847. Napoléon III s’empare de Saigon en 1859.
Par le traité de Saigon, le 5 juin 1862, l'empereur Tu Duc cède à la France la
Cochinchine orientale. Napoléon III instaure peu après son protectorat sur le Cambodge
et annexe finalement toute la Cochinchine en 1867.
La IIIe République grignote la région du Fleuve rouge. Francis Garnier trouve la mort
peu après la prise de Hanoi. La situation des commerçants français du Tonkin reste
précaire.
Jules Ferry, président du Conseil, reprend la conquête en 1883. Par le traité de Hué
du 25 août 1883, il impose le protectorat de la France sur l'Annam et le Tonkin. Mais la
Chine refuse cet état de fait et ses irréguliers, les Pavillons noirs, mettent
à mal les troupes d'occupation.
Le désastre de Lang-son entraîne le 30 mars 1885 la chute du gouvernement de Jules
Ferry, surnommé par ses adversaires «Ferry-Tonkin».
Le protectorat n'est véritablement confirmé que par le traité de T'ien-tsin avec la
Chine, quelques mois plus tard.
La France coloniale modernise le pays. L’écriture chinoise est remplacée par le
quoc ngu (transcription latine) imaginée au XVIIe siècle par le missionnaire jésuite
Alexandre de Rhodes.
Les plantations d’hévéa sont prospères mais concurrencées par celles des Indes
néerlandaises et de Malaisie. Des instituts Pasteur voient le jour à Saigon et Nâ
Trang, sous l’impulsion du docteur Yersin, le découvreur du bacille de la peste.
Une voie ferrée est construite tout le long de la route impériale et s’enfonce dans
le Yunnan chinois vers les sources du Mékong.
Une partie notable de la population pratique le christianisme, et une nouvelle religion
syncrétique voit le jour, le Cao Dai. Cependant les humiliations imposées aux
indigènes par une administration tatillonne et profiteuse sont très mal acceptées.
Les mouvements insurrectionnels ne cesseront pas, d’abord sous une forme
traditionnelle, parfois appuyés par l’empereur aussitôt déposé et exilé. A
partir des années 1920, le mouvement bolchevique suscite des émules chez les
intellectuels du pays, en relation avec le Komintern et le Kuomintang.
Première guerre
d'indépendance
Alors que la première guerre mondiale n’avait pas affecté l’empire,
l’invasion allemande de 1940 ne pouvait manquer d’affecter l’Indochine. En
1941, l’armée japonaise impose une présence relativement légère mais
déterminante en termes de propagande anticolonialiste.
En parallèle avec la résistance chinoise aux Japonais, le mouvement Viêt-Minh
animé par Hô Chi Minh visait les occupants japonais mais aussi français.
En 1945, l’armée japonaise durcit sa présence et désarme les troupes françaises,
non sans de brutaux massacres. Après la défaite du Japon et la prise de pouvoir par Hô
Chi Minh, le général de Gaulle tente de restaurer l’autorité française.
Il envoie sur place un corps expéditionnaire sous le commandement du général Leclerc,
ainsi qu’une personnalité d’un autre âge pour représenter la France Libre, le
moine-amiral d’Argenlieu.
La rupture avec Hô Chi Minh survient rapidement. La première guerre d’Indochine va
durer neuf ans. Elle met en valeur le manque de détermination politique de la métropole,
les manœuvres des Américains, mais aussi le courage du corps expéditionnaire
commandé par le maréchal de Lattre de Tassigny.
Les maquis viet-minh dirigés magistralement par un ancien instituteur, le général Giap,
font preuve de courage, mais aussi d’organisation, de ruse, de flexibilité dans un
environnement difficile.
L’URSS et la Chine soutiennent énergiquement le mouvement insurrectionnel. La
capitulation de Dien Bien Phu, le 7 mai 1954, précède les accords de Genève qui
consacrent la division du pays.
Au nord du 17e parallèle, la république démocratique du Viêt-nam (capitale Hanoi)
instaure un gouvernement communiste à Hanoi.
Les Américains pris au
piège
Au sud, Ngo Dinh Diem doit faire face à une opposition de plus en plus virulente connue
sous le nom de Viêt-cong («communistes vietnamiens») et soutenue par le nord.
Il instaure un régime dictatorial brutal qui suscite la création , le 19 décembre 1960,
d’un mouvement insurrectionnel, le Front national de libération du Viêt-nam du sud
(FNL). Celui-ci est appuyé par des infiltrations de soldats communistes venus du nord.
Le président américain Kennedy envoie un corps expéditionnaire qui finira par atteindre
plus de 500.000 hommes et bénéficiera d’un matériel écrasant.
En 1964, son successeur, le président Johnson, prend prétexte de l’attaque de deux
navires américains dans le golfe du Tonkin pour bombarder le Nord-Vietnam et porter la
guerre au-delà du 17e parallèle.
Trois fois plus de bombes seront lâchées sur l’Indochine que pendant toute la
deuxième guerre mondiale. Des gaz défoliants toxiques seront utilisés sur une large
échelle pour «nettoyer» la jungle des combattants ennemis.
Laos et Cambodge se trouveront entraînés dans la guerre malgré eux. Avec les accords
signés à Paris en 1973, le président Richard Nixon devra admettre la première défaite
militaire de l’histoire des États-Unis.
Le régime de Saigon, dès lors en sursis, tombera le 30 avril 1975. Le pays est aussitôt
réunifié, et Saigon rebaptisée Hô Chi Minh-Ville, du nom du défunt leader communiste.
Un avenir souriant?
Le régime communiste, abasourdi par cette chère victoire, va se lancer dans des
interventions au Cambodge et au Laos qui se termineront par des retraits humiliants. Une
guerre de frontière contre la Chine tourne bientôt court.
Pendant ce temps, la dureté des temps, notamment pour les populations catholiques, et
l’esprit de revanche des Nordistes entraîne un exode massif des opposants et des
ressortissants d’origine chinoise.
On estime à un million de personnes les fugitifs qui se lancent au large dans des esquifs
de pêche, emportant tous leurs biens.
Ces «boat-people» se
retrouvent dans des camps tout autour de la mer de Chine lorsqu’ils réussissent à
échapper aux pirates et aux naufrages, à moins qu’ils ne réussissent à aborder un
navire occidental qui leur accordera parfois l’asile, surtout en France et aux
États-Unis.
Mais dans les années 1980, le régime procède à une ouverture connue sous le nom de «Doi Moi». Elle se traduit par une libéralisation progressive de
l’économie et l’apparition d’un néocapitalisme de plus en plus audacieux.
Les relations diplomatiques sont rétablies en 1995 avec les États-Unis et le président
américain Bill Clinton choisit même comme premier ambassadeur un ancien prisonnier du
Hanoi Hilton, la prison infâme où l’on retenait les aviateurs américains abattus:
le commandant Anderson.
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