9 juin 1885

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Les deux soeurs à la terrasse (détail), par Pierre-Auguste Renoir (France 1841-1919)
Ce jour-là...

 

Le Viêt-nam devient français

par Gabriel Vital-Durand

Les heures tragiques et héroïques du Viêt-nam:

Genèse d'un peuple

18/02/1859: la France occupe Saigon

19/11/1946: première guerre d'Indochine

03/02/1954: siège de Diên Biên Phu

21/07/1954: accords de Genève

29/06/1966: premiers raids US sur Hanoï

30/04/1975: chute de Saigon
 

Le 9 juin 1885, par le traité de T'ien-tsin (un port chinois), la Chine renonce à ses droits sur l'empire du Viêt-nam.

Elle reconnaît le protectorat de la république française sur les trois provinces du pays, les trois Ky: le Tonkin au nord, traversé par le Fleuve rouge, l'Annam au centre, essentiellement montagneux, et la Cochinchine au sud, constituée par le delta du Mékong.

Deux ans plus tard, la France réunit ses possessions du Sud-Est asiatique dans une Union indochinoise. A la Cochinchine, l'Annam, le Tonkin et le Cambodge s'ajoute en 1893 le Laos.

Pour les Vietnamiens, c'est le début d'une longue parenthèse dans une histoire deux fois millénaire.

Genèse d'un peuple

Il était une fois une immortelle qui s’unit avec un dragon. De leur union naquit la première dynastie vietnamienne, celle des 18 rois Hung, de700 à 257 avant JC, et du royaume de Van Lang, au nord de l’actuel Viêt-nam. C’est l’époque de la civilisation du Dong Son, un âge du bronze fort raffiné.

En 111 avant JC, l’Empire du Milieu (la Chine) conquiert le Tonkin d’aujourd’hui qui sera asservi pendant plus de mille ans. Les Chinois baptisent le pays Annam en 679. Au sud, la Cochinchine actuelle voit s’épanouir le royaume hindou du Champa, en relation étroite avec l’Inde.

En 938, Ngo Quyen triomphe de l’armée impériale. La Chine finit par reconnaître son indépendance sous le nom de Dai Viet, moyennant le payement d’un tribut triennal. Les dynasties se succèdent: Ngô, Dinh, Lê antérieurs, Ly, Tran, Hô (1400-1407).

La société reste imprégnée de doctrine confucéenne, même si le bouddhisme se répand. Le Dai Viet accroît son territoire vers le sud, aux dépens du Champa, en proie à un long conflit avec le royaume khmer d’Angkor (1145-1220).

En 1413, les Chinois sont de retour. Le mouvement de résistance mené par Lê Loi libère le delta du Fleuve rouge en 1426. Le vainqueur fonde en 1428 la dynastie des Lê postérieurs. Elle règnera jusqu’en 1788.

Cette longue période de paix voit s’épanouir l’agriculture et se constituer une société originale dotée d’une culture propre qui développe un vif sentiment national.

A partir de 1524, la réalité du pouvoir échappe aux Lê. Le pays se déchire entre les seigneurs Trinh, qui contrôlent le nord, et les Nguyen au sud.

Ceux-ci, installés à Huê, bénéficient d'abord de l’appui des Portugais, premiers Européens à installer un comptoir, Hoi An.

Au cours du XVIIe siècle, les Nguyen absorbent définitivement l’ancien Champa et étendent leur domination à tout le delta du Mékong et au Cambodge. C'en est fini de la culture indienne dans le delta du Mékong.

La progression des Nguyen profite aux missionnaires français très actifs dans la région. Les Vietnamiens se montrent très réceptifs à la christianisation et dès 1658, on compte dans le pays pas moins de 300.000 catholiques.

Le père jésuite Alexandre de Rhodes va donner aux Vietnamiens un alphabet inspiré de l'alphabet romain, le quoc ngu, en remplacement des idéogrammes chinois.

Interventions françaises

Chassé par une révolte et réfugié à Bangkok auprès de jésuites français, le prince Nguyen Anh reconquiert son trône en 1801 avec l’appui armé du père Pigneau de Béhaine, vicaire apostolique de la Cochinchine.

En 1802, il se proclame empereur de l’ensemble du pays sous le nom de Gia Long. Huê est confirmée comme capitale de ce que l’on nomme désormais Viêt-nam (ou Viet Nam).

Mais les successeurs de Gia Long adoptent une politique isolationniste et persécutent les catholiques. Louis-Philippe 1er prend prétexte de ces persécutions pour bombarder Da Nang en 1847. Napoléon III s’empare de Saigon en 1859.

Par le traité de Saigon, le 5 juin 1862, l'empereur Tu Duc cède à la France la Cochinchine orientale. Napoléon III instaure peu après son protectorat sur le Cambodge et annexe finalement toute la Cochinchine en 1867.

La IIIe République grignote la région du Fleuve rouge. Francis Garnier trouve la mort peu après la prise de Hanoi. La situation des commerçants français du Tonkin reste précaire.

Jules Ferry, président du Conseil, reprend la conquête en 1883. Par le traité de Hué du 25 août 1883, il impose le protectorat de la France sur l'Annam et le Tonkin. Mais la Chine refuse cet état de fait et ses irréguliers, les Pavillons noirs, mettent à mal les troupes d'occupation.

Le désastre de Lang-son entraîne le 30 mars 1885 la chute du gouvernement de Jules Ferry, surnommé par ses adversaires «Ferry-Tonkin».

Le protectorat n'est véritablement confirmé que par le traité de T'ien-tsin avec la Chine, quelques mois plus tard.

La France coloniale modernise le pays. L’écriture chinoise est remplacée par le quoc ngu (transcription latine) imaginée au XVIIe siècle par le missionnaire jésuite Alexandre de Rhodes.

Les plantations d’hévéa sont prospères mais concurrencées par celles des Indes néerlandaises et de Malaisie. Des instituts Pasteur voient le jour à Saigon et Nâ Trang, sous l’impulsion du docteur Yersin, le découvreur du bacille de la peste.

Une voie ferrée est construite tout le long de la route impériale et s’enfonce dans le Yunnan chinois vers les sources du Mékong.

Une partie notable de la population pratique le christianisme, et une nouvelle religion syncrétique voit le jour, le Cao Dai. Cependant les humiliations imposées aux indigènes par une administration tatillonne et profiteuse sont très mal acceptées.

Les mouvements insurrectionnels ne cesseront pas, d’abord sous une forme traditionnelle, parfois appuyés par l’empereur aussitôt déposé et exilé. A partir des années 1920, le mouvement bolchevique suscite des émules chez les intellectuels du pays, en relation avec le Komintern et le Kuomintang.

Première guerre d'indépendance

Alors que la première guerre mondiale n’avait pas affecté l’empire, l’invasion allemande de 1940 ne pouvait manquer d’affecter l’Indochine. En 1941, l’armée japonaise impose une présence relativement légère mais déterminante en termes de propagande anticolonialiste.

En parallèle avec la résistance chinoise aux Japonais, le mouvement Viêt-Minh animé par Hô Chi Minh visait les occupants japonais mais aussi français.

En 1945, l’armée japonaise durcit sa présence et désarme les troupes françaises, non sans de brutaux massacres. Après la défaite du Japon et la prise de pouvoir par Hô Chi Minh, le général de Gaulle tente de restaurer l’autorité française.

Il envoie sur place un corps expéditionnaire sous le commandement du général Leclerc, ainsi qu’une personnalité d’un autre âge pour représenter la France Libre, le moine-amiral d’Argenlieu.

La rupture avec Hô Chi Minh survient rapidement. La première guerre d’Indochine va durer neuf ans. Elle met en valeur le manque de détermination politique de la métropole, les manœuvres des Américains, mais aussi le courage du corps expéditionnaire commandé par le maréchal de Lattre de Tassigny.

Les maquis viet-minh dirigés magistralement par un ancien instituteur, le général Giap, font preuve de courage, mais aussi d’organisation, de ruse, de flexibilité dans un environnement difficile.

L’URSS et la Chine soutiennent énergiquement le mouvement insurrectionnel. La capitulation de Dien Bien Phu, le 7 mai 1954, précède les accords de Genève qui consacrent la division du pays.

Au nord du 17e parallèle, la république démocratique du Viêt-nam (capitale Hanoi) instaure un gouvernement communiste à Hanoi.

Les Américains pris au piège

Au sud, Ngo Dinh Diem doit faire face à une opposition de plus en plus virulente connue sous le nom de Viêt-cong («communistes vietnamiens») et soutenue par le nord.

Il instaure un régime dictatorial brutal qui suscite la création , le 19 décembre 1960, d’un mouvement insurrectionnel, le Front national de libération du Viêt-nam du sud (FNL). Celui-ci est appuyé par des infiltrations de soldats communistes venus du nord.

Le président américain Kennedy envoie un corps expéditionnaire qui finira par atteindre plus de 500.000 hommes et bénéficiera d’un matériel écrasant.

En 1964, son successeur, le président Johnson, prend prétexte de l’attaque de deux navires américains dans le golfe du Tonkin pour bombarder le Nord-Vietnam et porter la guerre au-delà du 17e parallèle.

Trois fois plus de bombes seront lâchées sur l’Indochine que pendant toute la deuxième guerre mondiale. Des gaz défoliants toxiques seront utilisés sur une large échelle pour «nettoyer» la jungle des combattants ennemis.

Laos et Cambodge se trouveront entraînés dans la guerre malgré eux. Avec les accords signés à Paris en 1973, le président Richard Nixon devra admettre la première défaite militaire de l’histoire des États-Unis.

Le régime de Saigon, dès lors en sursis, tombera le 30 avril 1975. Le pays est aussitôt réunifié, et Saigon rebaptisée Hô Chi Minh-Ville, du nom du défunt leader communiste.

Un avenir souriant?

Le régime communiste, abasourdi par cette chère victoire, va se lancer dans des interventions au Cambodge et au Laos qui se termineront par des retraits humiliants. Une guerre de frontière contre la Chine tourne bientôt court.

Pendant ce temps, la dureté des temps, notamment pour les populations catholiques, et l’esprit de revanche des Nordistes entraîne un exode massif des opposants et des ressortissants d’origine chinoise.

On estime à un million de personnes les fugitifs qui se lancent au large dans des esquifs de pêche, emportant tous leurs biens.

Ces «boat-people» se retrouvent dans des camps tout autour de la mer de Chine lorsqu’ils réussissent à échapper aux pirates et aux naufrages, à moins qu’ils ne réussissent à aborder un navire occidental qui leur accordera parfois l’asile, surtout en France et aux États-Unis.

Mais dans les années 1980, le régime procède à une ouverture connue sous le nom de «Doi Moi». Elle se traduit par une libéralisation progressive de l’économie et l’apparition d’un néocapitalisme de plus en plus audacieux.

Les relations diplomatiques sont rétablies en 1995 avec les États-Unis et le président américain Bill Clinton choisit même comme premier ambassadeur un ancien prisonnier du Hanoi Hilton, la prison infâme où l’on retenait les aviateurs américains abattus: le commandant Anderson.

 

Mise à jour le 23 février 2003