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Tamerlan bat
le sultan Bajazet à Angora
Le conquérant turc Tamerlan remporte une victoire totale
sur le sultan Bajazet 1er, le 28 juillet 1402, à Angora
(il s'agit de l’actuelle Ankara, au cœur de l'Anatolie).
Tamerlan est un lointain héritier des conquérants turcs et mongols.
Il se présente comme le descendant de Gengis khan.
Son nom français est une déformation du turc Timur Leng
(pour Timour le Boîteux).
Tamerlan, conquérant
de l'inutile
Musulman convaincu, Tamerlan se forge un empire dans l'ancienne
province de Tranxoniane (l'Afghanistan actuel).
Au prix de grands massacres, il attaque ses voisins mongols
de la Horde d'Or, dont le joug pèse sur les habitants slaves
de la Moscovie.
Puis il se retourne contre le sultan de Delhi, qui règne sur
l'Inde du nord, et écrase son armée à Panipat
le 17 décembre 1398.
Après avoir bien ravagé le sultanat de Delhi, il s'en prend
avec la même sauvagerie aux Arabes de Damas et de Bagdad.
C'est ainsi qu'il contemple l'incendie de Damas, la sublime
capitale des califes ommeyyades,... en compagnie du célèbre
historien arabe Ibn Khaldoun, originaire de Tunisie.
Tamerlan détruit de même Bagdad, la capitale des califes abbassides,
sans négliger de violer et massacrer en règle la population.
Et pour finir, fier de l'œuvre accomplie, le conquérant se heurte
au sultan ottoman à Angora, à l'endroit précis où, longtemps
avant, en l'an 66 avant JC, le général romain Pompée avait affronté
le roi du Pont, Mithridate IV.
À Angora, Tamerlan dispose de trois corps d'armée, avec des
soldats originaires du Caucase (Géorgie, Arménie,...), d'Asie
centrale, des Indes, de Sibérie,... et même 50 éléphants de
guerre.
Face à lui, le sultan Bajazet dispose de troupes aussi diverses,
nombreuses et expérimentées, quoique moins expertes en viols
et pillages.
Notamment d'une fameuse milice de Janissaires et de 40.000 cavaliers
serbes commandés par le roi Étienne
(la religion n'empêche pas les hommes du Moyen Âge de servir
les chefs de leur choix et les Serbes, au demeurant, n'ont guère
le choix depuis leur défaite face aux Turcs à Kosovo Polié).
Plusieurs centaines de milliers d'hommes (un million?) vont
s'affronter le jour durant, dans la poussière et la chaleur.
Le sultan est vaincu et fait prisonnier malgré le bon comportement
de ses Janissaires et de ses cavaliers serbes.
Il mourra de dépit et de mauvais traitements le 9mars 1403,
au bout de huit mois de détention dans une cage en fer.
Son empire sera démantelé et ses fils se le disputeront pendant
dix ans.
Tamerlan, de son côté, n'aura guère l'occasion de poursuivre
ses ravages. Après avoir encore conquis la ville chrétienne
de Smyrne et décapité tous ses habitants, il s'en retournera
vers l'Est.
Il mourra le 18 février 1405, à près de 70 ans, sans guère laisser
de regrets. Partagé entre ses fils, son empire ne lui survivra
pas.
C'est seulement autour de la ville d'Hérat (Afghanistan), que
sa dynastie se perpétuera avec quelque éclat jusqu'à l'aube
du XVIe siècle.
Un lointain descendant, Babur Shah,
partira alors à la conquête de l'Inde. Dans une nouvelle bataille
de Panipat, le 21 avril 1526, il renversera définitivement le
sultanat de Delhi et instaurera l'empire des Moghols. Celui-ci
durera jusqu'à la conquête anglaise.
Bénéfice d'une bataille
Pour les chrétiens d'Europe, la bataille
d'Angora aura des conséquences insoupçonnées. En brisant pour longtemps le dynamisme
ottoman, elle va accorder un précieux sursis aux habitants des derniers lambeaux de
l'empire byzantin.
Constantinople, qui était sur le point d'être conquise
par Bajazet 1er, va survivre pendant encore un demi-siècle.
Ce supplément d'indépendance laissera le temps aux Occidentaux et en particulier aux
Italiens d'accueillir les savants et les artistes byzantins.
La Renaissance italienne, tout juste émergente, va tirer un immense profit de cette «fuite
des cerveaux».
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