29 septembre 1399

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Le Christ bénissant, par Duccio di Buoninsegna (Italie 1255-1318), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Richard II abdique

Le 29 septembre 1399, les barons anglais contraignent le roi Richard II (32 ans) à abdiquer, mettant fin à un règne aussi troublé que fascinant

Richard II est le fils du Prince Noir, Edouard, celui-là même qui vainquit les Français à Poitiers mais mourut avant d'avoir pu régner.

Richard II succède donc en 1377 à son grand-père, Edouard III, le vainqueur de Crécy. La situation est critique. Sous l'effet des contre-offensives victorieuses de Du Guesclin, l'Angleterre a perdu la plupart des provinces qu'elle avait conquises en France pendant la première période de la guerre de Cent Ans. Cela fait beaucoup de revenus en moins pour la noblesse. 

Le nouveau roi n'a que dix ans à son avènement et doit laisser la régence à son oncle, Jean de Gand, un baron avide et détesté du peuple, qui va lever de nouvelles taxes pour pallier à l'appauvrissement de la noblesse (à la même époque, en France, le jeune roi Charles VI est aussi placé sous la détestable tutelle de ses oncles).  

La révolte paysanne de Wat Tyler 

A l'été 1381, dans le Kent, dans le Sussex et dans d'autres régions d'Angleterre, les paysans se soulèvent pour différentes raisons (taxe inique, oppression seigneuriale,...).

Ils se répètent les vers d'un poète révolutionnaire ô combien en avance sur son temps, John Ball. Celui-ci écrit en particulier ces propos séditieux:

«Quand Adam bêchait et Eve filait
Qui était le gentilhomme?»
 

«When Adam delved and Eve span,
Who was then a gentleman?»
 

Un soldat du Kent dénommé Wat Tyler prend la tête des paysans. Londres est assiégée et pillée après bien d'autres villes. Mais le jeune roi joue d'astuce. Richard II rencontre Wat Tyler dans la prairie de Mile End le 14 juin 1381 et s'engage tout à la fois à affranchir les derniers serfs du royaume et accorder des hausses de salaires aux manouvriers. Il promet en sus une amnistie aux insurgés.

Le lendemain cependant, des insurgés reprennent les pillages. Les représentants du roi demandent un nouveau rendez-vous à Wat Tyler pour s'en expliquer. Le chef rebelle se fait insolent. Il est alors tué par le maire de Londres, sir William Walworth.

La révolte va dès lors tourner court. Une dizaine de jours plus tard, l'ordre seigneurial aura été rétabli. John Ball sera exécuté à Saint Adams le 15 juillet 1381.

La révolution culturelle de Wyclif

Portrait anonyme de John Wycliff (1320-1384), King's CollegeComme si les révoltes sociales ne suffisaient pas, l'establishment anglais doit aussi supporter la contestation religieuse. Celle-ci vient d'un vénérable docteur en théologie d'Oxford, John Wyclif.

Dans ses prédications, il n'hésite pas à contester la présence effective du Christ dans l'hostie lors de la communion eucharistique. Il s'interroge aussi sur le sacrement de la pénitence et la pratique des indulgences.

John Wyclif finira ses jours en paix en 1384 grâce à des protecteurs haut placés. Mais ses idées qui sentent l'hérésie à plein nez seront condamnées à titre posthume en 1415 au concile de Constance. Trop tard. L'entourage tchèque de la reine Anne de Bohême, première épouse du roi Richard II, aura déjà véhiculé ces idées à Prague où elles auront inspiré un autre prédicateur de talent, Jan Hus.

Hus, moins chanceux que Wyclif, sera brûlé vif mais un siècle plus tard, l'allemand Martin Luther marchera sur ses traces avec beaucoup plus de succès, provoquant la scission définitive de l'Eglise catholique.

Pouvoir absolu

Le règne de Richard II est marqué par des événements plus souriants comme la publication des «Contes de Cantorbery», un ouvrage grivois inspiré par le Decameron de l'italien Boccace. L'auteur est Geoffrey Chaucer, un immense écrivain qui va donner à la langue anglaise ses lettres de noblesse. Il mourra en 1400 (comme Richard II) et sera le premier homme de lettres inhumé à l'abbaye de Westminster.

Fort de son succès face à Wat Tyler, le jeune Richard II ne tarde pas à se séparer de Jean de Gand et à gouverner par lui-même. Tout paraît lui sourire. Mais il a le tort de mal s'entourer et se laisse griser par le succès. Plusieurs barons menés par Thomas de Woodstock, duc de Gloucester, lui imposent de se séparer de ses favoris en 1388.

Mais en 1396, après son remariage avec Isabelle de France, la fille du roi Charles VI, Richard II se débarrasse de la tutelle des barons et du Parlement. Il fait exécuter plusieurs barons dont le duc de Gloucester. Il dépouille aussi de son héritage le fils de Jean de Gand, son cousin Henri Bolongbroke, duc de Lancastre, et à le condamner à l'exil.

Richard II n'hésite pas à brusquer l'opinion publique en se rapprochant de la France et en levant de nouveaux impôts en vue de conquérir l'Irlande. C'est pendant une expédition militaire en Irlande que son cousin Henri Bolingbroke revient d'exil à la tête d'une armée.

Richard II est fait prisonnier par traîtrise et livré à son rival. Celui-ci le contraint à remettre son abdication au Parlement avant de l'interner à la Tour de Londres.

Henri de Lancastre devient roi sous le nom de Henri IV. Son avènement, en-dehors de toute règle dynastique, porte un coup fatal au prestige de la monarchie et ouvre la voie à de nouveaux troubles, au siècle suivant.

Richard II, pour sa part, mourra en captivité l'année suivante dans le château de Pontefract, sans doute assassiné sur ordre de son successeur. Shakespeare lui consacrera une tragédie, Richard II où il mettra en scène l'enchaînement fatal qui l'entraîna dans le malheur.

 

Mise à jour le 23 février 2003