23 novembre 1407

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Le Christ bénissant, par Duccio di Buoninsegna (Italie 1255-1318), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Assassinat dans la rue Vieille du Temple

Les grandes étapes de la guerre de Cent Ans:

7 octobre 1337: début des hostilités

26 août 1346: bataille de Crécy

3 août 1347: capitulation de Calais

19 septembre 1356: bataille de Poitiers

22 février 1358: la révolution manquée d'Étienne Marcel

21 mai 1358: les paysans se révoltent contre la noblesse

16 mai 1364: Du Guesclin bat le Mauvais à Cocherel

3 janvier 1383: la révolte fiscale des Maillotins

23 novembre 1407: meurtre de Louis d'Orléans à Paris

25 octobre 1415: bataille d'Azincourt

10 septembre 1419: meurtre de Jean sans Peur à Montereau

21 mai 1420: traité de Troyes

25 février 1429: Jeanne d'Arc rencontre le Dauphin à Chinon

8 mai 1429: prise d'Orléans par Jeanne d'Arc

30 mai 1431: Jeanne d'Arc brûlée vive à Rouen

17 juillet 1453: bataille de Castillon et fin de la guerre de Cent Ans
 

En cette année 1407, la France vit une «embellie». Elle se remet avec lenteur de son conflit avec l'Angleterre après les victoires de Du Guesclin et du roi Charles V le Sage.

Crime de brigands

< assassinat de Louis d'Orléans (gravure de Paul Lehugeur, 1880) >

Le 23 novembre 1407, le duc Louis d'Orléans est assassiné par une bande de malfrats masqués. Ses valets et ses gardes, qui l'escortent, sont impuissants à le protéger.

Le crime a lieu à Paris, rue Vieille du Temple, dans le quartier du Marais où se tiennent les hôtels et les palais des Grands du royaume et du roi lui-même.

 Charles VI et Isabeau de Bavière (miniature du XVe siècle)Louis d'Orléans est le frère cadet du roi Charles VI le Fou. Il trouve la mort en sortant de l'hôtel Barbette où réside la reine Isabeau de Bavière, sa belle-soeur.

Celle-ci, encore alerte et séduisante à 39 ans malgré une douzaine de grossesses, préside le Conseil de Régence qui gouverne le pays depuis que le roi a été frappé de folie, quinze ans plus tôt.

La victime participe à ce Conseil de même que son cousin, le duc de Bourgogne Jean sans Peur, et ses oncles, les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourbon.

Ces princes du sang profitent de la maladie du roi pour mettre le pays en coupe réglée.

Mais, comme dans un roman noir, leur connivence est troublée par la complicité de Louis d'Orléans avec la reine, qui fait craindre à certains que le frère du roi ne prenne le dessus au Conseil.

Les rivaux du duc d'Orléans ne se font pas faute de répandre des rumeurs sur l'inconduite d'Isabeau et sur ses relations coupables avec le séduisant Louis (les historiens du XIXe siècle, reprochant à la reine son origine allemande, iront  jusqu'à imaginer une conception adultérine du dauphin, le futur Charles VII le Victorieux).

On va découvrir sans surprise que les meurtriers du prince ont agi sur ordre du duc de Bourgogne Jean sans Peur. Il a 35 ans, comme sa victime, et doit son surnom à sa participation à la bataille de Nicopolis.

Les deux hommes se haïssaient ouvertement. Jean a ajouté une ortie au houblon qui figure sur ses armoiries. Au porc-épic qui illustre les siennes (le porc-épic a la réputation de pouvoir lancer ses épines contre ses ennemis), Louis a alors ajouté un bâton pour battre son adversaire. Jean a derechef introduit... un rabot dans ses armoiries!

La population parisienne, forte de 300.000 âmes, est secouée par le drame et le commanditaire du crime se fait d'abord discret.

Puis des rumeurs circulent. La veuve du duc d'Orléans, Valentine Visconti, fille du duc de Milan, n'inspire guère de confiance aux Parisiens. Le duc de Bourgogne est d'autre part très puissant et capable de beaucoup de choses imprévisibles.

C'est ainsi que la ville, peu à peu, en arrive à pardonner aux assassins par crainte de plus graves ennuis.

Le 8 mars 1408, dans la grande salle de l'hôtel Saint-Pol, au cœur du Marais, un docteur en Sorbonne justifie hypocriquement le meurtre de Louis d'Orléans, rangé au rang des tyrans et des adeptes en sorcellerie! Jean sans Peur peut ensuite avouer tranquillement son crime.

Armagnacs et Bourguignons

L'assassinat de la rue Vieille du Temple n'en a pas moins des conséquences dramatiques pour le royaume. Il tranforme en guerre ouverte les rivalités entre les factions du duc de Bourgogne et du duc d'Orléans.

Le fils de la victime, le poète Charles d'Orléans, demande appui au comte Bernard VII d'Armagnac, dont il a épousé la fille Bonne.

Bernard VII est un seigneur brutal et redouté. Il commande à une soldatesque nombreuse, originaire des pays de l'Adour et de la Garonne. Sans trop hésiter, il se met au service de son gendre.

Pour cette raison, les partisans de Charles d'Orléans se font connaître sous le nom d'Armagnacs et pendant des décennies, le malheureux royaume résonnera de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons.

La première manche est gagnée par Jean sans Peur, qui s'est acquis une grande popularité auprès du petit peuple de Paris.

Il impose sa domination sur la capitale en s'alliant à une faction populaire commandée par l'écorcheur Simon Caboche, d'où leur appellation de cabochiens ou écorcheurs. Les insurgés n'hésitent pas à attaquer la Bastille et à tuer le prévôt de Paris.

Les universitaires en profitent pour préparer une réforme administrative connue sous le nom d'ordonnance cabochienne et qui tend à brider le pouvoir du monarchique.

Le roi est obligé de convoquer les États généraux en janvier 1413 et de signer l'ordonnance. En signe d'acceptation, il coiffe même le capuchon des cabochiens.

Mais les exactions des Bourguignons et des cabochiens entraînent bientôt les habitants à se soulever.

Les cabochiens sont exterminés et le duc de Bourgogne doit céder la place aux Armagnacs.

Le comte Bernard VII se rend maître de Paris et se fait nommer connétable par la reine Isabeau de Bavière.

Triomphe des Anglais


Ces troubles n'ont pas échappé au nouveau roi d'Angleterre, Henri V de Lancastre. Celui-ci en profite pour reprendre la guerre contre la dynastie rivale des Valois après une interruption de plus de 35 ans. Il débarque en Normandie avec ses troupes.

Les Armagnacs se font battre avec toute la chevalerie française à Azincourt, le 25 octobre 1415. Leur chef, Charles d'Orléans, est fait prisonnier.

A Paris, cependant, le mécontentement gronde contre les gens de Bernard VII qui font régner la terreur (comme, avant eux, les Bourguignons).

Le 29 mai 1418, une violente émeute chasse les Armagnacs de Paris. Des milliers d'Armagnacs sont massacrés et le comte lui-même est découpé en rondelles.

Le dauphin Charles trouve moyen de s'enfuir grâce au prévôt de la capitale.

Prenant le titre de régent, il va poursuivre la lutte contre les Anglais à la tête de ce qui reste du parti armagnac.

Paris n'en a cure et se soumet une nouvelle fois aux Bourguignons. C'est le triomphe de Jean sans Peur et de ses amis anglais.

Le duc manoeuvre à sa guise le pitoyable roi de France, Charles VI le Fou, et sa femme, la reine Isabeau de Bavière.

En même temps, inquiet de la pression des Anglais, il tente une réconciliation avec le dauphin Charles.

Mais leur rencontre tourne au drame: Jean Sans Peur est assassiné à Montereau sous les yeux de Charles, le 10 septembre 1419.

Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, animé par le désir de vengeance, n'hésite plus à s'allier avec les Anglais. Par le traité de Troyes du 21 mai 1420, il leur livre le trône de France.

La guerre entre les Anglais et le roi Charles VII de Valois va désormais prendre le pas sur le reste. Elle se terminera avec la bataille de Castillon, près de Bordeaux, le 17 juillet 1453.

La querelle des Armagnacs et des Bourguignons trouvera son épilogue en 1435 avec le traité d'Arras.

La lutte reprendra une génération plus tard entre le roi de France Louis XI, fils de Charles VII, et la Bourgogne riche et puissante du duc Charles le Téméraire, fils de Philippe le Bon.

La mort pitoyable du duc en 1477 et l'annexion de son duché au royaume y mettront un terme définitif.

 

Mise à jour le 22 février 2003