Le prince
Eugène triomphe à Belgrade
par Gabriel Vital-Durand
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Le 22 août 1717,
le prince Eugène entre triomphalement à Belgrade à la tête de ses troupes
autrichiennes.
Le sultan d'Istanbul doit s'incliner. Par le traité de Passarowitz, signé l'année
suivante, le 21 juillet 1718, il confirme à l'Autriche la possession du banat de Temesvar
(Timisoara), la Valachie ainsi que la Serbie du nord avec Belgrade.
La frontière européenne de l'empire ottoman va désormais se stabiliser pour plus d'un
siècle.
Avec ce nouveau succès dans la guerre contre les Turcs ottomans, le prince Eugène se
range parmi les plus grands chefs de guerre de l'Histoire.
Victoire sur le destin
Le prince Eugène naquit à Paris, le 18 octobre 1663, d’Eugène-Maurice de
Savoie-Carignan, comte de Soissons, et d’Olympe Mancini, une nièce de Mazarin dont
Louis XIV avait apprécié dans sa jeunesse la compagnie et le charme.
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Le roi Louis XIV, dans ses jeunes années, était
tombé amoureux de Marie Mancini, l'une des cinq jolies nièces du Premier ministre
Mazarin. Il n'était pas non plus resté indifférent au charme de sa sœur
Olympe, la
future mère du prince Eugène, et certains historiens supputent que celui-ci fut
peut-être le fils naturel du roi !
En 1659, craignant une mésalliance, le cardinal et la
régente Anne d’Autriche prirent des dispositions pour détourner le roi des
sœurs Mancini et le marier au plus vite avec l’infante
Marie-Thérèse. Marie fut reléguée à Brouage tandis que sa sœur Olympe épousa le
comte de Soissons.
Plus tard, Olympe et sa sœur Marie-Anne se
compromirent dans la triste "affaire des poisons", ce qui leur enleva
l'affection du roi. Olympe et son fils durent alors quitter la Cour.
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Le jeune François-Eugène fréquentait le meilleur monde et était l’intime du jeune
François-Louis de Bourbon, prince de Conti. En tant que cadet de famille, il aurait dû
se destiner à une carrière religieuse, d’autant que sa santé était fragile et
qu’il était bossu et de modeste stature.
Une entrevue désastreuse
Mais le jeune Eugène, à 20 ans, ne rêvait que de combats. En juin 1683, il se présenta
en audience à Versailles parmi d’autres jeunes gens de bonne famille. Sa fortune ne
lui permettait pas de lever un régiment, mais il sollicitait la faveur d’une charge
qui lui permettrait de se distinguer au combat sous la protection d’un colonel.
Les guerres étaient continuelles et le royaume avait grand besoin de toutes les bonnes
volontés. Mais le roi, qui en voulait à sa mère pour son implication dans l'«affaire
des poisons», ne fit pas à Eugène l’accueil qu’il espérait.
Qu'à cela ne tienne, le jeune homme avait entendu que l’armée du grand vizir
approchait des murs de Vienne et que le pape avait lancé un appel à tous les princes
d’Europe à se porter au secours de la Maison de Habsbourg, dont les rois étaient
élevés régulièrement à la dignité d’empereur du Saint Empire Romain Germanique.
Quelques jours plus tard, Eugène et le prince de Conti franchirent le soir la porte
Saint-Denis sous un déguisement et s’éloignèrent au galop vers la frontière
d’Allemagne. Les gens du roi se lancèrent à leur poursuite dès le lendemain, mais
ne purent les joindre qu’à Francfort, en territoire étranger. Le jeune Bourbon se
laissa convaincre de rentrer à Paris, mais Eugène poursuivit son voyage et se mit
derechef au service de l’empereur Léopold Ier.
Premiers succès contre les
Turcs
Le pacha Kara Moustapha, grand vizir du sultan Mohamed IV, s’était allié au roi de
Hongrie Etienne Tokoly.
Il avait ainsi réuni des forces considérables pour l’époque et entrepris le siège
de Vienne.
Le maréchal-comte de Starhemberg tint un siège
héroïque de juillet à septembre 1683 et la famine était devenue effrayante. Soudain le
roi Jean III Sobieski de Pologne accourut à l’appel du pape et son intervention
sauva la ville.
Le duc Charles V de Lorraine avait offert à Eugène une position honorable dans
l’armée impériale qui lui donna l’occasion de faire ses preuves.
Les Turcs se retirèrent bientôt en désordre et les Viennois conservèrent en souvenir
de ce siège dramatique... les croissants et le café.
Les combats se poursuivirent au cours des années suivantes en Hongrie et Eugène reçut
un régiment dès 1784.
Le jeune colonel se distingua dans la prise de Belgrade en 1688. Il fut nommé maréchal
à 29 ans en 1692 et commandant en chef de l’armée impériale en Hongrie où il
remporta la victoire mémorable de Zenta sur une armée turque en déclin (1697).
Son étoile monta au zénith avec le traité de Karlowitz
(1699) consacrant les conquêtes immenses de l’Autriche en Hongrie et Transylvanie.
Toutefois, les intrigues de cour le desservaient quand il était en campagne. C’est
pourquoi il décida en 1703 de se rapprocher du trône, devenant membre du conseil privé
de l’empereur puis président du conseil de guerre.
Guerres européennes
Eugène mena brillamment les guerres de la Ligue d’Augsbourg et de Succession
d’Espagne en Allemagne et en Italie contre la France et les princes protestants.
L’armée de Louis XIV avait acquis la réputation d’être la plus redoutable
d’Europe. Le prince Eugène triompha néanmoins du maréchal de Catinat à Carpi
(1701) puis du duc de Villeroi à Crémone (1702).
En 1704, il se joignit au duc de Marlborough (ancetre de Winston Churchill) et contribua
à la victoire de Blenheim, en Bavière.
L’année suivante le retrouva en Italie, opposé à son cousin Louis Joseph de
Vendôme à Cassano. En 1707, il échoua dans sa tentative d’invasion en Provence que
Vauban avait remarquablement fortifié. La guerre n’était pas terminée malgré
l’épuisement du Trésor français qui poussa Louis XIV à envoyer son argenterie à
la fonte.
Les campagnes de Flandres lui valurent les victoires de Oudenaarde (1708) et Malplaquet
(1709). Paris était maintenant à sa portée. Mais le Roi-Soleil fit appel à son vieux
maréchal de Villars qui remporta la journée de Denain (1712) et redressa in extremis
la situation de la France.
Le traité d’Utrecht conclut la paix entre la France
et l’Angleterre mais les opérations continuèrent en Rhénanie. En 1714, Eugène fut
chargé par l'empereur Charles VI de négocier la paix de Rastadt avec une France
épuisée.
Le vieux maréchal fut alors nommé gouverneur des Pays-Bas autrichiens puis vice-roi
d’Italie. Ses dernières campagnes danubiennes lui valurent les victoires de
Petrovaradine et Belgrade (1717), assurant à l’Empire le traité de Passarowitz qui
attribuait à l’Autriche des gains inespérés en Europe Centrale et dans les Balkans
(1719).
Il prit encore le commandement suprême au cours de la guerre de Succession d’de
Pologne, quoiqu’avec moins de bonheur que dans sa jeunesse, avant de s’éteindre
à Vienne le 24 avril 1736.
Un prince
fastueux
Le prince Eugène de Savoie reste un des plus brillants chefs de guerre de
l’Histoire. Il ne se maria pas mais eut quelques aventures galantes comme il était
de coutume à l’époque.
Prince cosmopolite, plus européen d'esprit que la plupart de nos contemporains, Eugène
se faisait appeler Eugenio von de Savoie (trois langues pour un nom!). Son
allemand resta toujours grossier et c’est en français qu’il mena contre Louis
XIV un combat de 30 ans.
Promoteur inspiré de la «Vienna gloriosa», il fit construire sur une colline
des faubourgs de Vienne la fabuleuse résidence du Belvédère pour abriter des
collections fastueuses et des fêtes splendides. Les plans en furent dressés par Johann
Lukas Hldebrandt.
Son hôtel au centre-ville avait lui-aussi fort belle tenue. Homme de distinction, il
correspondait avec Voltaire et bien d’autres esprits du temps. En particulier
Leibnitz qui lui dédia sa Monadologie.
Mais il ne put remettre de sa vie les pieds à Paris et garda toujours une grande amertume
pour les Bourbons qui l’avaient humilié au temps de sa jeunesse.
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Mise à jour le 23 février 2003
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