7 novembre 1659

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Portrait de jeune homme, par Raphaël (Italie 1483-1520), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

La paix des Pyrénées

Avec l'aimable collaboration de Jean Brillet

Le 7 novembre 1659, un traité inespéré met fin à l'interminable guerre qui oppose depuis le siècle précédent la dynastie française des Bourbons et la dynastie espagnole des Habsbourg. Il consacre la prééminence de la France en Europe.

         < Rencontre de Louis XIV et de Philippe IV à l'occasion du traité (tableau de Laumosnier) >

Le traité des Pyrénées est l'oeuvre de Mazarin, Premier ministre du jeune Louis XIV, soucieux de réconcilier les deux principales puissances d'Europe.

Il sera couronné par le mariage de l'infante Marie-Thérèse et du roi de France, tous deux âgés de 21 ans.

Les négociations de paix avaient commencé en juillet 1656 à Madrid à l'initiative de Hugues de Lionne et don Luis de Haro. Mais elles avaient buté sur la mauvaise volonté du roi d'Espagne, Philippe IV.

Pour lever les réticences de Philippe IV au mariage de sa fille, l'habile Mazarin fait croire à son intention de marier Louis XIV à sa cousine Marguerite de Savoie. Il se rend même à Lyon pour la présentation de la fiancée. 

Dans le même temps, il poursuit en secret les négociations en vue de marier le roi de France à la fille de Philippe IV.

Ce dernier, apprenant le projet de mariage savoyard, se serait exclamé: «Esto no puedo ser y no sera!» (cela ne peut être et ne sera pas). Il dépêche aussitôt à Lyon son secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, Antonio Pimentel.

Le messager traverse le territoire ennemi incognito et brave le danger pour apporter enfin à Mazarin l'accord du roi d'Espagne. Le ministre annule sans plus de façons le mariage savoyard.

Le traité avec l'Espagne est enfin signé sur l'île des Faisans, au milieu de la rivière Bidassoa qui sépare les deux pays.

L'île des Faisans et l'île voisine de la Conférence ont une superficie d'environ 3000 m2. Les communautés de pêcheurs locales avaient coutume de s'y retrouver pour conclure des accords de «faceries» (d'où le mot faisans) sur la pêche au saumon dans la Bidassoa. 

Aujourd'hui encore, ces îles sont un condominium de droit international sur lequel les autorités françaises et espagnoles exercent le droit de police à tour de rôle tous les six mois.

Un mariage lourd de conséquences

Les futurs époux se rencontreront l'année suivante à Saint-Jean-de-Luz. Leur mariage sera célébré le 9 juin 1660 par l'évêque de Bayonne dans une atmosphère de liesse. Il se soldera par six naissances... et d'innombrables infidélités du Roi-Soleil.

Selon les termes du traité, l'Espagne apporte à la France le Roussillon, la Cerdagne, l'Artois et plusieurs places fortes en Flandre et en Lorraine: Gravelines, Thionville, Montmédy et Philippeville. Le duché de Lorraine, amputé, est occupé par des garnisons françaises.

A noter que le Grand Condé, qui a combattu Louis XIV, retrouve ses titres et ses biens grâce à la protection de Philippe IV.

Selon les termes du traité, Marie-Thérèse renonce pour elle et ses descendants à ses droits sur la couronne d'Espagne «moyennant» le paiement d'une dot confortable de 500.000 écus.

Or, l'habile Mazarin sait que l'Espagne n'aura jamais les moyens de payer cette dot.

Quelques années plus tard, le roi Louis XIV prendra prétexte de cet impayé pour revendiquer ses droits sur la succession espagnole.

Ce sera la guerre de «Dévolution», ainsi nommée d'après un terme de droit privé d'une vieille coutume du Brabant qui stipulait que les filles d'un premier mariage recueillaient l'héritage foncier avant les enfants d'un second mariage du défunt.

Louis XIV, dont la légitimité remontait à une prétendue loi salique qui donnait la primauté aux héritiers mâles, eut le front d'utiliser cet argument dans son «Traité des droits de la reine très-chrétienne sur divers États de la monarchie espagnole», pour revendiquer des régions au nord et à l'est de son royaume.

La France au pinacle

Avec le traité des Pyrénées, la France s'affirme comme la première puissance européenne.

Quant à l'Espagne, épuisée, elle entame un irrésistible déclin, victime de l'absolutisme royal, de l'Inquissition et de la richesse trop facile que lui ont amené les galions d'Amérique, une richesse qui l'a dissuadée de mettre en valeur son territoire.

 

Mise à jour le 24 février 2003