5 septembre 1798

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Le temps des Révolutions (1688-1848)
Ce jour-là...

Naissance du service militaire

Le 18 fructidor An V (5 septembre 1798), à l'assemblée des Cinq-Cents, le député Jean-Baptiste Jourdan fait voter une loi qui institue la conscription et le service militaire obligatoire. L'article premier de la loi Jourdan énonce : «Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie».

Avec la loi Jourdan, la guerre n'est plus réservée à des professionnels comme sous l'Ancien Régime, quand les souverains recrutaient les soldats parmi les vagabonds et les officiers parmi les jeunes nobles en mal d'aventures et de gloire.

«C'en est fini des armées de métier, formées de nobles et de mercenaires. Le peuple entier est appelé à mourir sur les champs de bataille. La Révolution égalitariste banalise un privilège jusqu'alors réservé à quelques-uns. Elle démocratise la gloire et le trépas» (René Sédillot, Le coût de la Révolution française).

La conscription puise ses origines dans le règlement militaire instauré en 1733 par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume 1er. Ce règlement permit au «Roi-Sergent» d'étoffer les effectifs de son armée en recrutant des cantonistes dans chaque canton en fonction des besoins.

La conscription entre dans les mœurs

Très impopulaire en France comme ailleurs, la conscription est réprouvée dans son principe par les cahiers de doléances de 1789.

En 1792, face à l'invasion étrangère, les chefs jacobins proclament la «Patrie en danger» et lancent un vibrant appel aux volontaires.

Ces «volontaires de l'An II»remportent la victoire de Valmy aux côtés des vétérans de l'ancienne armée royale. Mais ils ne suffisent pas à apporter la paix.

La guerre s'éternisant et les bonnes volontés s'épuisant, l'assemblée de la Convention recourt le 24 février 1793 à la levée en masse de 300.000 hommes, recrutés par les départements de la manière qui leur convient (tirage au sort, désignation,...).
À la suite de quoi les Vendéens se soulèvent contre les révolutionnaires.

À Fleurus, la Révolution française est une nouvelle fois sauvée par l'armée de Sambre-et-Meuse que commande le général Jean-Baptiste Jourdan, celui-là qui siègera plus tard à à l'extrême-gauche de l'assemblée des Cinq-Cents et instaurera la conscription obligatoire.

Avec la chute de Robespierre et l'avènement du Directoire, la Révolution prend un tour conservateur. Les anciens conventionnels se montrent par-dessus tout soucieux de jouir de leurs richesses fraîchement acquises. Pour sortir la France de ses difficultés économiques, ils ne trouvent rien de mieux que de s'engager dans des guerres de conquêtes.

C'est alors que le Directoire, par la loi Jourdan, oblige tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans à s'inscrire sur les registres communaux pour faire face à la menace d'une deuxième coalition européenne.

Cette «conscription» a pour objet de faciliter une levée en masse. Les citoyens sont appelés sous les drapeaux sur ordre ou par tirage au sort, avec possibilité pour les plus fortunés de se trouver un remplaçant.

Les conscrits se disposent à un service de cinq ans. Ils sont répartis en 5 classes et chaque année sont appelées une ou plusieurs classes en fonction des besoins militaires.

La loi Jourdan suscite encore plus de réticences que la levée en masse de 93. Il y a beaucoup de réfractaires et le Directoire a le plus grand mal à recruter les effectifs souhaités.

Napoléon Bonaparte néglige d'abroger la loi Jourdan après la paix d'Amiens et il prend ensuite l'habitude d'y recourir pour compléter les effectifs de la Grande Armée.

Le bel avenir de la conscription

La loi Jourdan est abolie par le roi Louis XVIII après la chute de l'Empire, au grand soulagement de l'opinion.

Au cours du XIXe siècle, les besoins militaires imposent le recours à une conscription allégée, laissant une grande place aux exemptions et aux remplacements.

C'est seulement le 21 mars 1905, sous le gouvernement de Maurice Rouvier qu'est instauré le service militaire obligatoire pour tous les citoyens mâles et pour une durée de deux ans.

En pleine guerre religieuse, l'opinion républicaine se réjouit de voir les «curés sac au dos».

Disposant avec la conscription d'armées nombreuses et de soldats non professionnels, les généraux sont incités à multiplier les offensives meurtrières jusqu'à l'hécatombe de la Grande Guerre de 1914-1918.

Cette tragédie entraîne certains officiers à repenser le service militaire. En 1934, le colonel Charles de Gaulle dénonce les effets nocifs de la conscription et préconise la création d'une armée mécanisée et formée de professionnels éprouvés (Vers l'armée de métier, Berger-Levrault).

Seules, les deux principales démocraties du monde, le Royaume-Uni et les États-Unis, persistent toujours à ignorer la conscription permanente. Elles n'instaurent le service militaire obligatoire qu'à titre provisoire, pendant les grandes crises diplomatiques.

À l'encontre des idées convenues qui voient dans les armées de conscrits un rempart contre la tyrannie, toutes les dictatures du XXe siècle, de Lénine à Pinochet, s'appuient sur de telles armées.

Une disparition très douce

En France, la conscription a été, par-delà tous ses défauts, un outil essentiel d'intégration de l'ensemble des populations vivant sur le sol français.

Grâce au service militaire... et au combat au coude à coude dans les tranchées, des jeunes d'horizons très différents et ne parlant pas la même langue maternelle ont appris à se reconnaître les uns et les autres comme Français et à s'estimer.

Le 28 mai 1996, le président de la République française, Jacques Chirac, a annoncé la fin du service militaire obligatoire. Les derniers conscrits fêteront la «quille» en 2002, soit plus de deux siècles après le vote de la loi Jourdan.

La France s'aligne sur les démocraties à l'anglo-saxonne (Royaume-Uni, États-Unis, Pays-Bas,...), en se satisfaisant d'une armée de métier et en se réservant de revenir à la conscription en cas de crise grave.

La suppression de la conscription a été annoncée au détour d'une allocution télévisée et elle a été spontanément acceptée par les éditorialistes, la classe politique et l'opinion publique.

Avec un peu de recul, cette réforme n'en apparaît pas moins comme la plus importante de toutes celles qui auront été engagées sous la présidence de Jacques Chirac (mis à part la suppression du franc, programmée de longue date par le traité de Maastricht).

Avec le renoncement à la souveraineté monétaire et l'abolition de la conscription, Jacques Chirac et son prédécesseur, François Mitterrand, auront plus que quiconque contribué à l'effacement de l'Etat national.

 

Mise à jour le 23 février 2003