Ce jour-là... Les heures dramatiques de
la Vendée mlitaire:
10/03/1793: les Vendéens se soulèvent contre la
Convention
17/10/1793: défaite des Vendéens à Cholet
19/01/1794: les "colonnes infernales" de Turreau
25/06/1795: le coup de folie de Charette
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Le 10 mars 1793,
l'assemblée de la Convention crée le Tribunal révolutionnaire pour pourchasser les
ennemis de la Révolution (ou prétendus tels).
Le même jour, un dimanche, commence dans tout le pays la levée en masse de 300.000
hommes en vertu du décret du 24 février.
C'est l'étincelle qui va mettre le feu à la Vendée pour de longues années.
Des registres sont ouverts dans chaque commune pour l'inscription des volontaires et si
ceux-ci font défaut, les autorités se disposent à faire un tirage au sort parmi tous
les jeunes hommes célibataires.
Conscription insupportable
Danton, le 31 janvier 1793, a proclamé devant la Convention le dogme des «frontières naturelles»: «Les
limites de la France sont marquées par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre
points: à l'Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées».
Ce programme impérialiste de la gauche révolutionnaire sous-entend la conquête des
Pays-Bas et de la Belgique.
Les puissances européennes soucieuses d'équilibre ne peuvent pas le tolérer. Elles
forment une coalition à l'instigation de l'Angleterre.
C'est pour y faire face et suppléer au manque de combattants volontaires que la
Convention organise une réquisition autoritaire.
Le nombre d'appelés n'est pas très important au regard de la population totale (28
millions d'habitants) mais le principe de la réquisition révulse les paysans.
Les refus de «tirer au sort» s'étendent des Flandres aux Pyrénées, de la
Bourgogne à l'Orléanais et à la Vendée. Dans le Massif central, des zones entières
échappent à l'autorité révolutionnaire. Mais le plus grave survient au sud de la
Loire.
La Vendée prend les armes
Dans le bocage vendéen, les paysans sont déjà échaudés par la mort du roi et les mesures antireligieuses des révolutionnaires
parisiens. Ils n'ont reçu d'autre instruction que les leçons de leur catéchisme, les
conseils de leurs parents et l'expérience de la vie.
Ils pratiquent leur religion comme le leur ont appris les
disciples du père Louis-Marie Grignion de Monfort,
décédé en 1716 et inhumé à Saint-Laurent-sur-Sèvre.
Au cours du siècle des Lumières, les Montfortains ont prêché de nombreuses missions au
sud de la Loire et revivifié les pratiques religieuses dans ces régions alors qu'elles
régressaient dans le reste de la France.
La réquisition du 10 mars 1793 est l'étincelle qui
embrase la région. Le jour même, les paysans se rebellent et assaillent les autorités
municipales dans les Mauges, le Choletais, le bocage vendéen, le marais de Challans et le
pays de Retz (toute une région du sud de la Loire qui prendra bientôt le nom de Vendée
militaire).
Le lendemain se produit l’affreux massacre de Machecoul, en Loire-Inférieure
(aujourd'hui Loire-Atlantique). Les habitants massacrent sauvagement des prêtres
constitutionnels et 300 sympathisants de la Convention.
C'est le début des guerres de Vendée. Les combattants sont des paysans, c'est-à-dire
des gens du pays. La moitié sont des artisans, les autres des laboureurs ou des gens de
la terre. Ils choisissent leurs chefs dans leurs rangs. Ainsi Jacques Cathelineau,
colporteur voiturier au Pin-en-Mauges, Stofflet, garde-chasse des Colbert à Maulévrier.
Mais ils manquent d'expérience militaire et les paysans vont bientôt quérir en
complément des chefs plus expérimentés: d'Elbée, lieutenant de cavalerie, Charette,
ancien officier de marine, Bonchamps, d'Autichamp, Lescure, Sapinaud, Talmond... Ces
aristocrates se montrent au départ assez réticents à prendre la tête d'une armée de
paysans mais ils ne tardent pas à faire la preuve de leur sincérité militante.

Le plus hardi de ces chefs nobles est le jeune Henri du
Vergier, comte de la Rochejaquelein (20 ans).
Ce sous-lieutenant de cavalerie, issu d'une famille de haute noblesse, avertit ceux qui
viennent le solliciter: «Allons chercher l'ennemi: si je recule, tuez-moi; si
j'avance, suivez-moi; si je meurs, vengez-moi».
Armés de faux et de fourches, résolus et enthousiastes, les insurgés chassent les «Bleus»
(les soldats de la République étaient ainsi nommés en raison de leur uniforme) et
rétablissent le culte catholique dans leurs villages.
Le 19 mars, une colonne républicaine de 3000 hommes conduite par le général Marcé
s'engage dans un défilé, au Pont-Charrault, près de Saint-Vincent. Attaqués depuis les
hauteurs, les soldats se débandent et s'enfuient contre toute attente.
La Convention prend le même jour un décret punissant de mort les personnes arborant la
cocarde blanche du roi. Qu'à cela ne tienne, les Vendéens ont désormais le champ libre.
Dans les villes de la région, à Beaupréau, à Vihiers, à Cholet le 17 mars, Chemillé
le 11 avril, Bressuire le 12 mai, Thouars le 5, Fontenay le 25, Saumur le 9 juin, ils
trouvent les fusils et les canons qui leur manquent.
Prenant de l'assurance, ils constituent une «armée catholique et royale».
Cette armée est formée d'environ 40.000 hommes indisciplinés et sans expérience
militaire à l'exception d'une dizaine de milliers d'anciens soldats. La plupart ne se
privent pas de rentrer chez eux quand cela leur chante ou sitôt que le danger est passé.
Cette armée va néanmoins aller de succès en succès jusqu'à conquérir Angers le 18
juin. Face à elle, il est vrai, les 40.000 à 70.000 Bleus n'ont dans l'ensemble
guère plus d'expérience militaire. Ce sont pour la plupart des volontaires issus des
différentes régions du pays.
Cathelineau, le général en chef vendéen, échoue devant Nantes le 29 juin. Blessé, il
est transporté à Saint-Florent et y meurt le 14 juillet 1793. D'Elbée le remplace comme
généralissime.
Le 14 août, l'armée «armée catholique et royale» défait les républicains
dans la plaine de Luçon. En deux jours, plus de cent villages de l'Ouest se
rebellent. Dès la fin du mois, 20.000 insurgés se rendent maîtres de la région et en
excluent ou massacrent les républicains. Ils menacent de marcher sur Paris.
Prenant la mesure du péril, la Convention envoie en Vendée 100.000 hommes, dont les
invincibles «Mayençais», des soldats d'élite qui ont capitulé avec honneur
à Mayence, sur le Rhin. Ils sont placés sous les ordres de Kléber et Haxo.
Du 19 au 22 septembre, les royalistes remportent encore cinq victoires en cinq jours, à
Torfou, le Pont-Barré, Montaigu, Clisson et Saint-Fulgent. Ils mettent les républicains
en déroute.
Mais les chefs vendéens commencent à se disputer. C'est ainsi que, le 17 octobre 1793,
ils éprouvent à Cholet leur premier revers grave.
Ce n'est que le début de longues épreuves qui feront au total plus de cent mille
victimes. Par leur férocité, les guerres vendéennes n'auront rien à envier aux guerres
étrangères de la Révolution.
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