11 septembre 910

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 Joyeuse, l'épée du sacre des rois de France
Ce jour-là...

Fondation de l'abbaye de Cluny

Le 11 septembre 910, le duc d’Aquitaine Guillaume Ier, dit «le Pieux», cède un bout de lande à un groupe de douze moines bénédictins venus de Baume, dans le Jura.

L'endroit s'appelle Cluny. Situé non loin de la Saône, il est appelé à devenir la plus illustre et la plus grande abbaye du monde occidental, en partie grâce à sa situation géographique, sur la ligne de partage du droit coutumier germanique et du droit écrit romain, de la langue d'oïl et de la langue d'oc.

La fondation de la nouvelle abbaye est importante pour les contemporains du roi carolingien Charles le Simple. La charte en a été rédigée en 909, aux assises de Bourges, en présence de l'archevêque de cette ville ainsi que de nombreux seigneurs et prélats, dont les évêques de Nevers et de Clermont.

Elle stipule que Guillaume, comte d'Auvergne, de Velay, de Mâcon, de Bourges et Duc d'Aquitaine, soucieux du salut de son âme, cédait aux apôtres Pierre et Paul, autrement dit à Rome, sa «villa de Cluni et toutes possessions attenantes: villages et chapelles, serfs des deux sexes, vignes et champs, prés et forêts, eaux courantes et fariniers, terres cultivées et incultes», à charge pour Bernon, abbé de Baume et de Gigny en Jura, co-signataire de la charte, d'y fonder un monastère.

Cette charte, modèle de prévoyance et de lucidité politique, comporte quatre décisions capitales:
- le strict respect de la règle de saint Benoît (alternance du travail et de la prière,...),
- l'exemption de toute sujétion temporelle, de la part des rois et des seigneurs ainsi que spirituelle, de la part des évêques, hormis celle du pape,
- la garde des apôtres Pierre et Paul et la défense du souverain Pontife,
l'obligation expresse de s'adonner avec le zèle le plus ardent «selon l'opportunité et les possibilités du lieu, aux œuvres quotidiennes de la miséricorde envers les pauvres, les indigents, les étrangers, les voyageurs».

 
 < Charte de Cluny (B.N.F., Collection de Bourgogne, volume 76, n°5) >
Signature de Guillaume 1er et de son épouse
au bas de la Charte de la fondation de Cluny
(B.N.F., Collection de Bourgogne, volume 76, n°5)

Une abbaye prestigieuse

En stipulant que les moines éliront librement leur abbé et ne relèveront que de la juridiction du pape, la charte octroyée par le duc Guillaume fait oeuvre révolutionnaire.

Grâce à son indépendance, l'abbaye se développe sans cesser de respecter la règle bénédictine. Cluny se donne ainsi des abbés de très grande qualité humaine qui font rayonner l'ordre dans tout l'Occident.

Des moines issus de Cluny relèvent de nombreux monastères en déconfiture, comme Saint-Benoît-sur-Loire ou Saint-Maur-des-Fossés, et en créent de nouveaux. On compte bientôt plus de mille communautés clunisiennes en Europe.

L'abbaye bourguignonne devient très vite le centre d'une congrégation, c'est-à-dire d'un ensemble d'abbayes-filles dont les abbés obéissent à celui de Cluny.

Vers la réforme de l'Église

Dès avant l'An Mil, les abbés de Cluny inspirent les papes et les grands de ce monde.

Ils sont à la pointe de la grande réforme grégorienne qui va adoucir les moeurs féodales de l'Occident chrétien et imposer l'indépendance de l'autorité spirituelle vis-à-vis du pouvoir séculier, celui des seigneurs et des souverains.

Le principal promoteur de cette réforme majeure est lui-même un moine de Cluny, Hildebrand, élu à la papauté sous le nom de Grégoire VII.

Né à Châtillon-sur-Marne sous le nom de Odon de Lagery, le pape Urbain II, qui poursuivit et approfondit la réforme grégorienne avant de prêcher la première Croisade, séjourna également à l'abbaye de Cluny.

Des hommes d'influence

 < L'abbaye de CLuny aujourd'hui (doc Lucien Jallamion) >La grandeur de Cluny et son rôle majeur dans la naissance et le développement de l'Europe moderne doivent beaucoup à la qualité de ses premiers abbés. Parmi eux, Odon, successeur de Bernon; Mayeul, Odilon et Hugues.

Odon, issu d'une famille noble de Touraine, est à la fois un ascète et un homme d’action.

Moine à Baume quand Bernon en était l'abbé, Odon arrive à Cluny avec sa bibliothèque personnelle, cent volumes, impressionnante pour l'époque. Il a appris de Virgile le latin et de Rémi d'Auxerre la musique qui jouera un rôle primordial dans sa vie et orientera pour des siècles le chant sacré clunisien et sa tonalité particulière commune à toute l'obédience.

Écrivain, on lui doit un abrégé du traité de saint Grégoire le Grand sur le livre de Job, les «collationnes», tableau effrayant du monde en trois parties, des hymnes, des séquences, des antiennes et des psaumes, une vie de saint Géraud, des sermons, un poème intitulé «occupatio»  ou méditation de 5500 vers en sept chapitres sur l'histoire du monde, etc...

Odon emploie une violente éloquence pour lutter contre l’esprit d’orgueil et de luxure, selon lui à l’origine de tous les maux, réforme les monastères et fait prospérer son ordre de Cluny. Il se montre par ailleurs le partisan énergique de la royauté, dont il attend l’ordre et la paix, et qu’il appuie de tout son prestige contre les féodaux.

En mars 931, le pape autorise l'abbé à placer sous son autorité les monastères qu'il a l'occasion de réformer. Sous l'abbatiat d'Odon affluent les donations. Cluny affirme sa primauté sur d'autres monastères et d'innombrables prieurés tels Romainmôtier, Saint Géraud d'Aurillac, Charlieu, Fleury, Saint Benoît-sur-Loire,...

Mais tandis que le prestige de Cluny et celui d'Odon s'accroissent, Rome, à l'inverse, sombre dans le vice. A la demande du seul pape normal de cette époque, Léon VII, qu'à trois reprises, Odon doit se rendre à Rome pour y réconcilier le prince Albéric avec son gendre, Hugues, roi des Lombards. Ses rapports avec les autorités temporelles sont un modèle du genre.

Son constant souci de régénération de l'Église, sa distinction de la culture et des arts sont autant de principes qui, triomphant avec lui, feront la fortune de Cluny.

Mayeul, originaire de Forcalquier, en Provence, étudie au monastère de l'Ile-Barbe, sur la Saône, au nord de Lyon. Il entre à Cluny où il devient d'abord armarius (bibliothécaire) puis archiviste et défenseur des biens de l'abbaye. Il est élu abbé en 954, après le bref abbatiat d'Aymar. Mayeul va enrichir l'institution et étendre son rayonnement à l'ensemble de l'Occident. On lui doit l'achèvement de l'église abbatiale commencée par l'abbé Aymar.

En 972, Mayeul est pris en otage par les Sarrasins établis à La Garde-Freinet, près de l'actuel port de Saint-Tropez, dans le massif des Maures. Aussitôt, les guerriers de Provence s'unissent derrière le comte Guillaume II pour délivrer le moine. Par la même occasion, ils chassent les musulmans de Provence.

L'impératrice Adélaïde et Othon 1er le Grand, son mari, lui confient la réforme des grands monastères en terre d'empire: Ravenne, Pavie, Payerne, Parme. Refusant la tiare papale, Mayeul reste à la mort d'Othon 1er, l'ami et le conseiller d'Othon II puis d'Othon III. Ami de Gerbert d'Aurillac, qui deviendra pape sous le nom de Sylvestre II, il s'attire lui-même un grand prestige.

Mayeul meurt en 994, à 84 ans. La dévotion populaire perdurera sur son tombeau, du Puy-en-Velay à Souvigny, jusqu'à la Révolution.

Le successeur de Mayeul, Odilon, a 29 ans tout juste quand il devient abbé. Il contribue plus qu'aucun autre abbé à l'expansion de l'ordre clunisien. Celui-ci devient une véritable puissance politique et, bien sûr, spirituelle.

Odilon instaure la «trêve de Dieu». Cette convention passée avec les seigneurs permet de limiter les dommages causés par les guerres féodales et d'améliorer la sécurité des campagnes. L'abbé, diplomate affirmé, sait aussi se montrer proche des humbles. Pendant une terrible famine, en 1006, il vend ses ornements et se fait lui-même mendiant parmi les mendiants.

Hugues a 25 ans quand il succède à Odilon, en 1049. Comme ses prédécesseurs, il voyage beaucoup, conseille les grands et s'entremet dans leurs querelles.

Il assiste à l'entrevue mémorable du pape Grégoire VII et de l'empereur allemand Henri IV, à Canossa. Il est aussi auprès du pape Urbain II quand celui-ci vient en France en 1095 pour prêcher la première Croisade.

A la mort de son sixième abbé, en 1109, Cluny peut se flatter d'avoir changé l'Église et l'Occident.

 

Mise à jour le 23 février 2003