Champollion
vient à bout des hiéroglyphes
Le 27 septembre 1822,
Jean-François Champollion (32 ans) arrive au terme de ses travaux sur les hiéroglyphes,
l'écriture des anciens Égyptiens.
Hiéroglyphe (du grec hieratikos, sacré, et gluphein,
graver) est le mot par lequel les Grecs de l'Antiquité désignaient les caractères
gravés sur les monuments pharaoniques, qu'ils prenaient pour des signes sacrés.
Jean-François Champollion informe de sa découverte le président de l'Académie
des Inscriptions et des Belles Lettres, M. Dacier, dans une Lettre à M. Dacier
relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques.
Né le 23 décembre 1790 à Figeac, dans le département du Lot, Jean-François est un
surdoué qui apprend très tôt de nombreuses langues anciennes, dont le copte d'Égypte.
Il se prend de passion pour la civilisation des pharaons, mise à la mode par les savants
qui ont participé à l'expédition d'Égypte, en
1798-1799, aux côtés du général Bonaparte, futur Napoléon 1er.
Victime de l'intolérance politique du temps de la Restauration qui lui a fait perdre son
poste de professeur d'histoire à Grenoble, Jean-François Champollion connaît la misère
mais il peut heureusement poursuivre ses recherches grâce au soutien dévoué de son
frère aîné, un archéologue connu.
Jean-François se fera plus tard appeler Champollion le Jeune pour se distinguer
de son frère et bienfaiteur.
La pierre de Rosette
En 1798, les savants conduits en
Égypte par Bonaparte avaient découvert à Rosette, dans le delta du Nil, une pierre en
basalte noir avec un texte qui rapporte une déclaration des prêtres de Memphis du temps
d'un pharaon de l'époque hellénistique,
Ptolémée V.
Ce texte a l'intérêt d'être rédigé en trois versions: la première en grec ancien, la
deuxième en démotique, une écriture égyptienne tardive, la troisième en
hiéroglyphes, l'écriture sacrée des premiers pharaons.
La pierre est très vite dérobée aux Français par les Anglais de l'amiral Nelson (elle
figure en bonne place au British Museum).
Mais elle excite la curiosité des savants dont le jeune Champollion et un physicien
anglais Thomas Young, de quinze ans son aîné, qui veut aussi découvrir le secret des
hiéroglyphes.
Thomas Young déchiffre la version démotique de la pierre de Rosette et découvre que les
cartouches en hiéroglyphes contiennent les noms de pharaons.
Champollion arrive à se procurer une reproduction de la pierre de Rosette et peut lui
aussi comparer les trois versions du texte (la version grecque étant pour lui aisée à
lire).
Jean-François va plus loin que son rival britannique grâce à sa familiarité avec la
culture pharaonique et à sa maîtrise de la langue copte, assez proche, paraît-il, de
celle des anciens Égyptiens.
Il observe ainsi que le texte hiéroglyphique de Rosette contient trois fois plus de
signes que le texte grec ne comptait de mots.
Il en déduit que les hiéroglyphes ne sont pas seulement des idéogrammes, contrairement
aux préjugés ambiants. Ils peuvent aussi dans un même texte servir de signe phonétique
comme nos lettres de l'alphabet.
En appliquant son intuition à une transcription extraite d'un temple, il repère le nom
de Cléopâtre. Le 22 septembre 1822, ayant reçu des dessins d'un archéologue, il
obtient confirmation de la justesse de sa découverte en reconnaissant les noms de Ramsès
et Thoutmosis.
L'émotion et le surmenage le font alors sombrer dans un état d'inconscience. C'est
seulement cinq jours plus tard qu'il est en état de révéler sa découverte.
Le duc de Blacas s'intéresse au savant et le fait connaître au vieux roi Louis XVIII. Il
lui permet aussi de visiter les collections égyptiennes de Turin et, enfin, de parcourir
le pays de ses rêves, l'Égypte.
Jean-François Champollion mourra à 42 ans, le 4 mars 1832, au milieu des honneurs, sans
avoir eu le temps d'achever sa Grammaire égyptienne et son Dictionnaire
égyptien.
Champollion va inspirer de nombreuses vocations d'égyptologues
en France, dont le plus célèbre sera Auguste Mariette, qui
découvrira au milieu du siècle la fameuse statuette du scribe accroupi, aujourd'hui au
Louvre, et mettra au jour l'allée des sphinx de Memphis. Il créera aussi le musée du
Caire.
Un siècle plus tard, la fabuleuse découverte de la tombe de Toutânkhamon
complètera notre connaissance de la civilisation égyptienne, la première et l'une des
plus belles qui fût jamais.