31 octobre 1517

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Portrait de jeune homme, par Raphaël (Italie 1483-1520), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

Les 95 thèses de Luther

Le 31 octobre 1517, sur la porte de l'église du château de Wittenberg, en Saxe, un moine allemand affiche 95 thèses où il dénonce les scandales de l'Église de son temps.

Sans s'en douter, Martin Luther jette ainsi les bases du protestantisme.

Animé par un génie certain et une grande intégrité morale, Luther puise son inspiration dans l'enseignement de Jan Hus, un réformateur tchèque brûlé à Prague un siècle plus tôt (en 1415). Jan Hus lui-même avait été attentif aux sermons d'un contemporain anglais, John Wycliff.

Les uns et les autres sont révoltés par une hiérarchie catholique divisée et profondément corrompue, qui est devenue dédaigneuse au plus haut point du message de l'Évangile.

Ni les uns ni les autres n'entendent se séparer de l'Église catholique mais ils souhaitent seulement la ramener dans le droit chemin.

Ce sera chose faite avec le concile de Trente, qui réformera le catholicisme sous la pression des protestants. Mais le concile viendra trop tard pour éradiquer les différents courants du protestantisme, de Luther (Allemagne) à Calvin (Genève) en passant par Zwingli (Zurich).

La Réforme de Luther

Portrait de Martin Luther, d'après Lucas Cranach L'AncienLe premier des scandales que dénonce Luther est l'abus qui est fait des indulgences.

Il s'agit des aumônes que le clergé catholique a pris l'habitude de récolter contre la promesse d'un allègement des peines qui attendaient les pécheurs au Purgatoire, dans l'attente du Paradis.

Ces collectes ont d'abord pour but de reconstruire Saint-Pierre de Rome dans le goût fastueux de la Renaissance italienne.

Comme les rois de France et d'Espagne, François 1er et le futur Charles Quint se sont aussi portés candidat au titre impérial, les indulgences sont aussi mises à profit pour rembourser les dépenses considérables qui servent à acheter les votes des sept princes électeurs d'Allemagne.

Luther dénie à l’Église le pouvoir d'effacer les peines dans l'au-delà et il formule là-dessus une doctrine de la grâce divine en rupture avec la pratique catholique.

Considérant que les chrétiens n'ont pas besoin d'intermédiation pour aimer Dieu, il condamne la fonction cléricale et la vie monastique. Des pasteurs mariés peuvent suffire pour guider le peuple dans la lecture des Saintes Ecritures.

Entre autres choses, Martin Luther réclame pour l'ensemble des fidèles et pas seulement pour les prêtres le droit de communier sous les deux espèces, le pain et le vin.

Victoire amère des protestants

Occupés par l'élection impériale, les princes allemands et le Saint-Siège font traîner en longueur le procès de Luther. Pendant ce temps, ses idées se répandent comme une traînée de poudre dans le peuple et dans l'élite allemandes.

Lorsqu'enfin, le 15 juin 1520, le pape Léon X le condamne par la bulle Exsurge Domine et fait brûler ses 95 thèses, Luther est en mesure de résister.

Tandis que le légat du pape demande sa convocation à Rome, le jeune empereur Charles Quint obtient qu'il soit d'abord entendu par la Diète, c'est-à-dire l'assemblée représentative de l'empire allemand.

Le 17 avril 1521, Martin Luther comparaît devant la Diète réunie à Worms, sur le Rhin, en présence de l'empereur. Il expose sa doctrine et refuse de se rétracter.

Le moine s'attend à être arrêté et brûlé comme Jean Hus, un siècle plus tôt, mais il est autorisé à quitter Worms. 


 < Albert le Magnanime entre Martin  Luther et Philippe Melanchton, par Lucas Cranach l'Ancien >

L'empereur obtient le 26 mai sa mise au ban de l'Empire mais il ne peut pas empêcher Luther de se rendre en Saxe, sous la haute protection de l'Électeur, justement nommé Frédéric le Sage. 

Dans son repaire de la Wartburg, il va définir peu à peu le cadre d'une nouvelle religion. Il va aussi consolider son emprise sur l'Allemagne par un «Appel à la noblesse chrétienne de la Nation allemande».

Très vite, la noblesse pauvre de haute Allemagne est attirée par la prédication de Luther. Elle voit dans sa Réforme la possibilité de s'enrichir à bon compte en s'emparant des biens d'Église.

À la Diète d'Augsbourg, en 1530, l'empereur Charles Quint propose un arbitrage car il a besoin de toute la noblesse allemande pour lutter contre les Turcs et le sultan Soliman 1er. Ces derniers n'ont pas hésité à faire le siège de Vienne.

Craignant pour sa vie, Martin Luther envoie à la Diète Philippe Melanchton présenter sa profession de foi, connue sous le nom de «Confession de foi d'Augsbourg». Malgré sa modération doctrinale, les représentants catholiques de la noblesse allemande la rejettent.

Les luthériens émettent une protestation solennelle. D'où le nom de «protestants» qui sera donné dès lors à l'ensemble des chrétiens qui se détourneront de l'ancienne foi catholique.

Menacés par les armées impériales, les princes protestants forment la ligue de Smalkade et appellent à leur secours le grand rival de Charles Quint, le roi de France François 1er, bon catholique au demeurant.

La nouvelle religion va obtenir sa reconnaissance définitive par le compromis d'Augsbourg du 25 septembre 1555. Elle va se répandre dans le nord de l'Europe, non sans déchirer profondément le continent et l'Allemagne en particulier.

Pour l'Allemagne, la Réformation (ou Réforme) introduite par Luther est l'équivalent de ce que fut la Révolution de 1789 en France, par ses conséquences mentales, sociales et politiques.

Fête de la Réformation

Le 31 octobre est encore commémoré par les protestants sous le nom de Fête de la Réformation. Quand à la «Confession de foi d'Augsbourg», elle fédère encore 65 millions de fidèles des églises luthériennes (encore appelés évangéliques car partisans d'un retour à la pureté de l'Évangile), principalement en Allemagne, en Scandinavie et dans les régions américaines d'immigration allemande.

 

Mise à jour le 24 février 2003


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